À Saint-Guénolé, sur la pointe de Penmarc’h, une tour de pierre se dresse dans le quartier de Saint-Guénolé. C’est tout ce qui reste d’une église achevée en 1488, et elle n’a jamais reçu sa flèche.
Le constat vient du ministère de la Culture, dont la notice est explicite : la tour inachevée est l’unique reste de l’église achevée en 1488. Le répertoire du diocèse de Quimper ajoute la précision qui fait la singularité du lieu, en écrivant qu’elle n’a jamais été couronnée d’une flèche.
Deux institutions distinctes, donc, pour deux moitiés du même fait : ce qui subsiste, et ce qui n’a jamais existé. Le répertoire diocésain est une source de seconde main, qui s’appuie sur des ouvrages antérieurs, et nous le signalons. Il est seul à écrire que la tour n’a jamais été couronnée d’une flèche ; le ministère dit seulement qu’elle est inachevée.
Une tour sans flèche, seul vestige d’une église dont tout le reste a disparu.
L’arrêté ne classe que la tour
La protection de 1916 mérite d’être lue mot à mot, parce qu’elle est plus étroite qu’on ne le croit. Selon la notice, qui reprend les termes de l’arrêté du 7 février 1916 (nous n’avons pas lu l’arrêté lui-même), la tour de Saint-Guénolé est classée avec sa référence cadastrale, et rien d’autre n’y est nommé.
Cette formule ne nomme ni la nef disparue, ni les abords, ni l’emprise de l’ancienne église. Le texte ne désigne que la tour, et il serait faux d’en déduire que l’ancienne église entière est classée. Les abords d’un monument classé relèvent d’un régime de protection distinct, que nous n’avons pas examiné.
La chronologie de la ruine de l’église, elle, vient du diocèse : l’église est en ruines au dix-huitième siècle, et le culte y est interdit le 23 avril 1722. Entre l’achèvement de 1488 et cette interdiction, un peu plus de deux siècles, dont les sources que nous avons lues ne disent presque rien.
| Élément | Ce qui est établi | Source |
|---|---|---|
| Église | achevée en 1488 | notice du ministère de la Culture |
| Ce qui subsiste | la tour ouest, seule | même notice |
| Flèche | jamais réalisée | répertoire du diocèse de Quimper |
| Culte | interdit le 23 avril 1722 | même répertoire |
| Protection | la tour seule, arrêté du 7 février 1916 | export national, notice PA00090159 |
| Cause de l’inachèvement | aucune des sources lues ne la donne | notice du ministère, répertoire diocésain, dossier d’inventaire de Saint-Nonna |
Deux tours du même atelier, deux chantiers arrêtés
L’élément le plus éclairant du dossier vient de l’inventaire régional de Bretagne, qui rattache la tour de Saint-Guénolé et celle de Saint-Nonna, dans le bourg, à un même atelier de constructeurs. Et il écrit que l’une et l’autre resteront inachevées.
Pour Saint-Nonna, le même inventaire propose une explication : l’arrêt du chantier suit le déclin du port, qu’il situe dans le deuxième tiers du seizième siècle. Pour Saint-Guénolé, ce dossier ne propose rien.
Ce que nous refusons d’écrire : que la tour de Saint-Guénolé est restée sans flèche à cause du déclin du port. Aucune source ne l’établit. L’église est achevée en 1488, et l’inventaire situe le déclin du port plusieurs décennies plus tard. Transposer l’explication d’une tour à l’autre serait fabriquer une causalité que les sources ne donnent pas, et ce serait d’autant plus tentant que les deux tours sont du même atelier.
Reste que l’inachèvement est bien le point commun. Sur une même commune, à la charnière des quinzième et seizième siècles, deux clochers prévus et deux clochers restés inachevés : voilà ce que l’on voit encore depuis le ciel, deux tours de pierre dans un paysage sans relief.
Plus d’un navire sur quatre à Arnemuiden
Pour comprendre ce que fut ce port, on peut se tourner vers les entrées d’un port étranger. Pour les années 1533 et 1534, un historien de la région donne deux cent soixante-dix navires de Penmarc’h sur neuf cent quatre-vingts entrés au port d’Arnemuiden, dans l’actuelle Zélande. Plus d’un navire sur quatre.
Un article de la revue Septentrion, revue française de culture néerlandaise, évoque pour les mêmes années un tiers des navires bretons, lesquels représentaient quatre cinquièmes du total. Les deux textes s’appuient probablement sur les mêmes registres d’Arnemuiden, ce que nous n’avons pas pu vérifier : l’ordre de grandeur est donc tenu par deux publications, pas par deux observations indépendantes, et le décompte exact ne vient que du premier auteur.
L’inventaire régional écrit que la pêche et le commerce maritime ont considérablement enrichi le doyenné du Cap-Caval, dont le territoire se couvre de nouveaux sanctuaires entre 1470 et 1530. Il lie le déclin du port à l’arrêt du chantier de la tour de Saint-Nonna, et à elle seule : il ne dit rien de la cause pour Saint-Guénolé.
- L’église Saint-Nonna, fortifiée par les habitants, a été prise par le capitaine La Fontenelle en 1595 selon l’inventaire régional ; l’historien régional date le siège de Penmarc’h de 1596 : nous ne tranchons pas.
- La chapelle Notre-Dame-de-la-Joie est datée de la fin du quinzième siècle par le diocèse et du seizième par le ministère.
- La chapelle Saint-Pierre a été raccourcie vers 1792 selon la notice du ministère, bien avant l’allumage du premier phare en 1835.
Le piège des hauteurs, sur une pointe couverte de feux
La pointe porte plusieurs feux, et c’est l’occasion d’une mise en garde utile, car plusieurs grandeurs différentes y circulent sous le même mot de hauteur. Pour le grand phare, la notice du ministère donne soixante mètres au-dessus de la mer et 64,80 mètres de taille générale, tandis qu’une fondation consacrée à l’histoire napoléonienne écrit soixante-cinq mètres sans dire ce que ce nombre mesure, vraisemblablement un arrondi de 64,80 mètres. Les deux valeurs de la notice ne se contredisent pas : elles ne mesurent pas la même chose.
Même prudence pour la portée du feu, exprimée en milles nautiques : ce n’est pas une distance de visibilité, qui dépend du temps et de la hauteur de l’observateur. Et la focale des optiques, exprimée en fractions de mètre, est une longueur de lentille, pas une hauteur d’édifice.
Nous ne donnons pas le nombre total de phares et de tourelles de la pointe. L’export national des immeubles protégés ne nomme que deux phares classés, ce qui est un décompte de protections et non un décompte de feux, et la liste officielle des feux n’a pas été consultée. Un nombre sans périmètre ne vaut rien.
Vu d’en haut, la pointe de Penmarc’h est une table rase posée sur l’océan, sans un pli de terrain pour rompre l’horizon. C’est pourquoi tout ce qui s’y dresse se voit de très loin : les feux, bâtis pour cela, et deux clochers qui n’ont jamais été finis, bâtis pour tout autre chose.
Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA00090159 pour l’unique reste de l’église de 1488 et pour le périmètre de l’arrêté du 7 février 1916 ; répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper pour l’absence de flèche, l’état de ruine au dix-huitième siècle et l’interdiction du culte le 23 avril 1722, source de seconde main ; inventaire général du patrimoine de Bretagne, notice IA29005116, pour l’atelier commun aux deux tours et pour la datation du déclin du port ; travaux d’un historien de la région pour le décompte des navires à Arnemuiden en 1533 et 1534, et article de la revue Septentrion, revue française de culture néerlandaise, pour l’ordre de grandeur. La cause de l’inachèvement de la tour n’est donnée par aucun de ces corpus, et sa hauteur n’y est pas publiée.

