Le village de Pierre-Perthuis doit son nom à un trou dans la roche, et la première question que l’on se pose en le voyant est de savoir qui l’a percé. Aucune intervention humaine n’est documentée : le parc naturel régional du Morvan parle d’une arche naturelle et en décrit le mécanisme.
Le granite, à cet endroit, est fracturé et friable. Au-dessus, un revêtement silicifié, c’est-à-dire durci par la silice, est bien plus résistant. L’érosion a donc creusé la roche tendre par en dessous, pendant que le chapeau dur tenait et faisait linteau. Celui-ci mesure environ deux mètres d’épaisseur au sommet.
Ce mécanisme vient d’une source principale : un livret publié en 2001 par le parc naturel régional du Morvan avec l’université de Bourgogne. La notice de la carte géologique nationale au cinquante-millième (feuille Avallon) ne le recoupe qu’en partie : elle signale à Pierre-Perthuis une silicification des formations détritiques situées au-dessus du socle, mais le texte que nous avons lu ne décrit ni l’arche, ni l’épaisseur du chapeau, ni sa datation. La silicification elle-même a été datée par le livret à 185 millions d’années, à cinq millions près, sur un minéral de néogenèse. Nous n’avons trouvé aucune intervention humaine documentée dans ces deux textes, ce qui n’est pas une preuve qu’il n’y en a jamais eu.
Le chapeau dur a tenu pendant que la roche tendre s’évidait par en dessous.
Ce qui est daté, et ce qui ne l’est pas
Une précision s’impose, parce qu’elle sépare un fait d’une hypothèse. C’est la silicification qui est datée, pas la roche qui forme le chapeau. Et sur celle-ci, les sources divergent.
Le parc naturel régional y voit sans doute une ancienne dolomie, déposée à la fin d’une transgression marine. La notice géologique nationale est plus prudente : elle écrit que les niveaux de base silicifiés sont attribués, selon les auteurs, soit à la base de l’Hettangien, soit au Rhétien, soit au Trias. À propos de formations argileuses rouges voisines, dont quelques traces à l’est de Pierre-Perthuis, rapportées au Rhétien et au Trias, elle ajoute qu’aucune preuve paléontologique n’a jamais pu être apportée à cette attribution.
Autrement dit, on dispose d’une date pour le durcissement de la roche, mais pas d’une date établie pour la roche elle-même. Le mécanisme est décrit par le parc, la chronologie de la roche reste discutée, et nous ne tranchons pas à la place des géologues.
Un pont de 1770, un viaduc de 1874, trente-cinq mètres au-dessus
L’autre curiosité du site est la superposition. Le vieux pont porte la date de 1770 gravée dans la pierre, et son arche mesure vingt mètres selon l’inventaire du parc. La même fiche note que la carte de Cassini, levée vers 1750, n’indique aucun pont à Pierre-Perthuis, ce qui est compatible avec cette date sans la prouver.
Le viaduc, lui, date de 1874 et passe trente-cinq mètres plus haut. Les habitants appellent l’ensemble les deux ponts, ce qui dit bien que le site se regarde comme un seul objet.
Nous ne donnons pas la portée du viaduc, et il faut dire pourquoi. Le chiffre de trente-trois mètres circule comme une portée chez le parc et comme une hauteur ailleurs. Une portée et une hauteur ne se comparent pas, et nous n’avons pas pu établir laquelle des deux lectures est la bonne. Nous retenons donc la hauteur de trente-cinq mètres, que deux fiches distinctes du parc donnent, dont une qui précise bien trente-cinq mètres plus haut que le vieux pont.
| Élément | Fait | Source |
|---|---|---|
| Nature de l’arche | naturelle selon le parc, aucune intervention documentée | livret du parc (2001) |
| Mécanisme | granite friable sous un chapeau silicifié | livret du parc, recoupé en partie par la notice géologique |
| Épaisseur du chapeau | environ deux mètres au sommet | livret du parc |
| Silicification | datée de 185 millions d’années | même livret |
| Vieux pont | 1770, gravé dans la pierre, classé en 1921 | inventaire du parc et notice de protection |
| Viaduc | 1874, trente-cinq mètres plus haut, non protégé comme monument historique | fiche du parc et export national |
Trois traces visibles dans la pierre
Le site garde trois traces matérielles de son histoire, et c’est ce qui le rend lisible sur place. La date de 1770 sur le vieux pont. La limite de la crue de 1899, gravée dans la culée de la rive droite, qui donne la mesure de ce que la Cure peut faire. Et les reprises de maçonnerie en partie haute du viaduc, faites en 1952 à la suite de défaillances, encore visibles sur les culées.
Une quatrième trace est plus discrète : selon la fiche du parc, le parapet du vieux pont a été repris après l’effondrement d’échafaudages lors de travaux sur le viaduc. La fiche ne date pas cet épisode, qui peut tenir au chantier de 1872 à 1874 comme à la reprise de 1952.
Des dimensions que nous ne publions pas : la largeur de huit mètres de l’arche, le défilé de quarante mètres et la falaise d’une quinzaine de mètres. Elles viennent toutes d’une même page mise en ligne en 2012, sans bibliographie, que d’autres ont ensuite recopiée. Une recopie n’est pas une convergence.
Côté protection, l’export national des immeubles protégés donne deux notices pour la commune : le vieux pont, classé par arrêté du 9 mai 1921, et la poterne de l’ancien château, inscrite le 3 février 1971. La vallée de la Cure est par ailleurs site inscrit depuis un arrêté du 5 mars 1943, et la commune figure nommément dans le décret du 27 mai 2021 qui a renouvelé le classement du parc naturel régional pour quinze ans.
Le résumé officiel du sentier qui passe par là réunit d’ailleurs les trois objets : les gorges de la Cure, les ponts anciens et l’arche naturelle. Une arche ouverte par l’altération de la roche à une époque que les sources ne datent pas, un pont daté de 1770, et un viaduc de 1874 trente-cinq mètres plus haut que le vieux pont. Trois ouvrages de natures et d’âges très différents, au même endroit de la vallée.
Une légende locale s’attache enfin au trou de la Tarnasse, entre les deux ponts, où une cloche aurait été jetée. Le parc la rapporte au conditionnel et note que certains y voient la réminiscence d’un ancien culte gaulois du dieu Taranis. Nous la donnons dans les mêmes termes, c’est-à-dire comme une tradition et non comme un fait.
Le nom du village dit d’ailleurs la même chose que la roche. Selon le parc naturel régional du Morvan, Pierre-Perthuis tire son nom de la pierre percée, la roche percée. Le parc écrit lui-même parfois Pierre-Pertuis, et pertuis désigne en français ancien un trou ou une ouverture. Nous n’avons pas pu consulter les formes anciennes attestées du nom, et nous ne datons donc pas ici l’origine du toponyme.
Sources : livret Géologie en Morvan, publié en 2001 par le parc naturel régional du Morvan avec l’université de Bourgogne, pour le mécanisme et la datation ; notice explicative de la feuille Avallon de la carte géologique de la France au cinquante-millième, service géologique national ; fiches de l’inventaire historique du parc naturel régional pour les ponts, les dates gravées et les reprises de maçonnerie ; notices PA00113780 et PA00113779 de l’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; décret du 27 mai 2021 pour le parc. Une base d’ingénierie qui donne d’autres dimensions a refusé toutes les requêtes, et le dossier d’inventaire régional n’a pas été trouvé : ce sont des accès manqués et non des absences.

