Un chai d’armagnac dans l’église, un cloître promis à New York : l’abbaye de Flaran revient de loin

Le cloître de l'abbaye de Flaran et son jardin, à Valence-sur-Baïse dans le Gers
Le cloître de l'abbaye de Flaran (Gers). Photo : Jcb-caz-11, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

L’abbaye de Flaran, fondée en 1151 dans le Gers, a servi de ferme après la Révolution : du grain dans la salle capitulaire, un chai d’armagnac dans l’église. En 1913, son cloître a failli partir pour New York. Elle est aujourd’hui le site public le plus visité du département.

L’abbaye se trouve à Valence-sur-Baïse, entre Condom et Auch, au confluent de l’Auloue et de la Baïse. Elle a été fondée par des moines de l’abbaye de l’Escaladieu, dans les Hautes-Pyrénées, elle-même fille de l’abbaye de Morimond, sur des terres cédées par les bénédictins de Condom, ceux-là mêmes qui tenaient le village fortifié de Larressingle. C’est l’une des abbayes les mieux préservées du Sud-Ouest : elle conserve la totalité de ses bâtiments monastiques et son jardin.

Des moines cisterciens qui fondent une ville

L’abbaye prospère vite, avec un vaste domaine sur les deux rives de la Baïse et des dons de seigneurs des environs, comme ceux de Forton de Thil. Cette richesse attire les conflits, avec ses voisins et avec le chapitre d’Auch au sujet des dîmes. Les moines se protègent par un mur doté d’une porte crénelée, du côté sud, le plus exposé.

Au milieu du XIIIe siècle, par un contrat de paréage, l’abbé fonde avec le comte d’Armagnac la bastide de Valence-sur-Baïse, au sommet du coteau qui fait face à l’abbaye, sur l’autre rive. Vue d’en haut, la relation est limpide : le monastère au fond de la vallée, la ville neuve sur la hauteur. C’est un cas typique de ces bastides fondées par paréage entre un seigneur religieux et un seigneur laïc.

Routiers, guerres de Religion, puis la vente

La guerre de Cent Ans laisse ses traces : en 1426, une bande de routiers cause de graves dégâts. En 1569, pendant les guerres de Religion, les troupes de Montgommery incendient l’abbaye. Une partie de l’église brûle, le chevet est détruit, trois galeries du cloître sont saccagées et les archives partent en fumée. Des moines sont tués, d’autres s’enfuient. La restauration commence en 1573 sous les abbés commendataires, et le XVIIIe siècle ajoute l’appartement du prieur et le quartier des hôtes.

À la Révolution, il ne reste que trois moines, expulsés en 1791. L’abbaye est vendue comme bien national le 9 avril 1792 et devient un domaine agricole privé : la salle capitulaire sert de grenier, l’église abrite un chai d’armagnac. Le même sort a frappé l’abbaye de Saint-Savin, dans les Pyrénées, dont les bâtiments ont servi de carrière.

Le cloître qui a failli partir pour New York

En 1913, la Société archéologique du Gers parvient à éviter que le cloître ne finisse au musée des Cloisters, à New York. L’abbaye est classée monument historique en 1914. La porterie est inscrite en 1981, puis le pigeonnier, le jardin et le bâtiment de la pompe à eau en 1999. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1970, un incendie criminel ravage une grande partie des bâtiments. Le département du Gers rachète le site en 1972 et engage une longue campagne de restauration.

DateÉvénement
1151Fondation par des moines de l’Escaladieu
1180-1210Construction de l’église romane
1569Incendie par les troupes de Montgommery
1792Vente comme bien national, l’abbaye devient une ferme
1913Le cloître échappe au musée des Cloisters de New York
1914Classement au titre des monuments historiques
1970Incendie criminel dans la nuit du 15 au 16 octobre
1972Rachat par le département du Gers
Huit siècles d’histoire d’une abbaye cistercienne gasconne.

Ce que l’on voit aujourd’hui

  • L’église romane, construite de 1180 à 1210 : nef voûtée en berceau brisé, transept à croisée d’ogives d’influence lombarde, abside encadrée de deux paires d’absidioles.
  • Le cloître : la galerie ouest, du XIVe siècle, aux colonnes géminées et chapiteaux à feuillage et à masques ; les trois autres galeries datent de 1485.
  • La salle capitulaire, du XIVe siècle, aux neuf croisées d’ogives portées par quatre colonnes de marbre, des réemplois gallo-romains.
  • Le réfectoire, décoré au XVIIIe siècle de gypseries représentant des phénix et des pélicans.
  • Le jardin des simples, consacré aux plantes aromatiques et médicinales.

Visiter Flaran : ce qu’il faut savoir

L’abbaye accueille près de 35 000 visiteurs par an. Depuis 2000, elle abrite la Conservation départementale du patrimoine et des musées du Gers, qui y programme expositions, concerts et colloques. On y voit une collection de dessins, peintures et sculptures du XVIe au XXIe siècle, la collection Simonow, ainsi que deux expositions permanentes, l’une sur les chemins de Compostelle dans le Gers, l’autre sur l’histoire du site.

Côté budget, l’entrée est gratuite le premier dimanche de chaque mois de novembre à mars, et toute l’année pour les moins de 18 ans en visite libre. Pour les autres tarifs, mieux vaut vérifier auprès du site avant de se déplacer. Les bâtiments sont accessibles en totalité aux personnes à mobilité réduite depuis les travaux de 2008.

Flaran résume à elle seule le destin de beaucoup d’abbayes du Sud-Ouest : une fondation puissante, des destructions à chaque guerre, une vente à la Révolution qui la transforme en exploitation agricole, puis un sauvetage tardif. Ce qui la distingue, c’est d’être restée entière, jusqu’à son jardin, à quelques décisions près.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires des Pyrénées, le dossier Le Gers vu du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de l’abbaye de Flaran, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.

Questions fréquentes

Quand l'abbaye de Flaran a-t-elle été fondée ?

En 1151, par des moines venus de l'abbaye de l'Escaladieu, dans les Hautes-Pyrénées, sur des terres cédées par les bénédictins de Condom. L'église actuelle a été construite entre 1180 et 1210.

Pourquoi le cloître a-t-il failli partir pour New York ?

Devenue propriété privée après la Révolution, l'abbaye était exposée à la vente de ses éléments. En 1913, la Société archéologique du Gers est parvenue à éviter que son cloître ne finisse au musée des Cloisters, à New York. L'abbaye a été classée monument historique l'année suivante.

L'abbaye de Flaran se visite-t-elle gratuitement ?

L'entrée est gratuite le premier dimanche de chaque mois de novembre à mars, ainsi que pour les moins de 18 ans en visite libre toute l'année. Les autres tarifs sont à vérifier auprès du site avant la visite.

Que s'est-il passé en 1970 ?

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1970, un incendie criminel a ravagé une grande partie de l'abbaye. Le département du Gers l'a rachetée en 1972 et a engagé une importante campagne de restauration.

L'abbaye est-elle accessible aux personnes à mobilité réduite ?

Oui. Des travaux menés en 2008 ont ajouté des rampes d'accès et un ascenseur, qui rendent les bâtiments accessibles en totalité aux personnes à mobilité réduite.
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