Le 16 mars 2026, cinq arrêtés préfectoraux ont inscrit au titre des monuments historiques cinq églises de la Somme, chacune en totalité et avec sa parcelle. Ce ne sont pas cinq articles d’un même acte : ce sont cinq actes séparés, signés le même jour à Lille par le préfet de région.
Nous les avons lus. Quatre d’entre eux visent le même avis de commission, celui du 29 avril 2025. Le cinquième en vise un autre, celui du 26 juin. La série n’en est donc pas une.
Deux instructions distinctes, une seule journée de signature. L’église d’Épécamps ne vient pas de la même séance que les quatre autres.
Cinq actes, et ce qu’il a fallu faire pour les lire
Les cinq arrêtés figurent au recueil des actes administratifs de l’État en Hauts-de-France numéro R32-2026-136, publié le 2 avril 2026, un fichier de cent quarante pages et dix-sept mégaoctets que nous avons retéléchargé.
Un détail de méthode, parce qu’il décide de tout le reste : les pages de ces arrêtés ne contiennent aucun texte. Un outil d’extraction n’en tire rien du tout, pas un caractère. Nous avons donc rendu chaque page en image à trois cents points par pouce, puis lu les actes par reconnaissance optique. Sans cela, ces cinq documents auraient été déclarés illisibles alors qu’ils sont parfaitement lisibles.
| Page du recueil | Église | Avis de commission visé |
|---|---|---|
| 126 | Notre-Dame-de-la-Nativité, à Bazentin | 29 avril 2025 |
| 129 | Notre-Dame-de-la-Nativité, à Épécamps | 26 juin 2025 |
| 132 | Saint-Fursy, à Pys | 29 avril 2025 |
| 135 | Saint-Martin, à Irles | 29 avril 2025 |
| 138 | Saint-Vaast, à Bécordel-Bécourt | 29 avril 2025 |
Les cinq articles premiers sont bâtis sur le même moule : est inscrite en totalité l’église, et sa parcelle, avec son numéro, sa section cadastrale et son adresse, puis la commune propriétaire avec son numéro d’identification d’entreprise et le siège de sa mairie. Chacun précise que la commune en est propriétaire par acte passé antérieurement au 1er janvier 1956.
Rien d’autre n’est nommé dans aucun de ces cinq articles premiers : ni mobilier, ni décor, ni partie d’édifice distinguée. C’est l’édifice entier et son sol. Les considérants, eux, décrivent le décor, et celui de Pys énumère même du mobilier.
Une formule rare, et cinq usages le même jour
Nous avons cherché combien d’actes emploient cette tournure. Le corpus est l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026, champ de précision de la protection, replié sans accents ni casse.
Six libellés portent la suite en totalité, et sa parcelle. Cinq sont ces églises. Le sixième est celui d’une commune de l’Indre, où la formule vient d’un classement du 19 novembre 2024 qui a suivi une inscription de 2019. Cette tournure, qui n’existait qu’une fois dans tout l’export, s’y compte donc six fois après cette seule journée.
Le 16 mars 2026 n’est d’ailleurs pas une date picarde. Dix notices de l’export la portent, réparties sur six départements et deux régions : cinq dans la Somme, et cinq dans le Grand Est, répartis sur cinq départements. Nous n’avons pas lu les actes de cette autre région et ne disons donc rien de leur nombre ni de leur signataire.
Quatre églises, un architecte, un céramiste
Les quatre premières sortent du même chantier de reconstruction. Leurs notices portent toutes les quatre Joseph Andrieu et Maurice Dhomme, et les arrêtés les nomment ensemble dans une phrase qui revient à l’identique, lue au mot par nous dans l’acte de Pys comme dans celui d’Irles : exemple remarquable de l’activité novatrice du céramiste Maurice Dhomme au service de la Première Reconstruction dans le canton d’Albert, pour l’ornementation d’églises conçues par l’architecte Joseph Andrieu.
Les deux considérants divergent ensuite sur un point que nous rapportons tel quel : le décor de Pys est décrit aux tons à dominante bleu et vert céladon, celui d’Irles aux tons à dominante rouge. L’acte de Pys énumère même ce qu’il range dans ce décor : une exceptionnelle poutre de gloire, des fonts baptismaux, un ambon, des autels latéraux et un autel majeur.
Le considérant d’Irles décrit ensuite ce que l’État a voulu y protéger : un décor aux tons à dominante rouge, inscrit dans le mouvement du renouveau de l’art sacré de l’entre-deux-guerres, et un ensemble associant céramique, vitraux de Georges Tembouret, ferronneries d’Adalbert Szabo et peintures d’Henri Marret, le tout traité dans un foisonnement décoratif harmonieux associant des références paléochrétienne, romane et Renaissance à l’Art déco.
Un écart de vocabulaire entre deux documents du même ministère : les arrêtés écrivent céramiste. L’indexation de la base écrit mosaïste dans le champ d’auteur des quatre notices. Nous retenons le mot de l’acte, qui est le document opposable, et nous signalons l’écart plutôt que de choisir en silence. Le motif du matériau, lui, n’est pas dans les arrêtés : c’est la notice de Pys qui écrit que la céramique est préférée à la mosaïque pour des raisons d’économie et pour sa résistance au temps, et nous l’attribuons à elle.
| Église | Datation portée par la notice | Autres noms au champ d’auteur |
|---|---|---|
| Bazentin | 1924 à 1930 | Jean Hébert-Stevens, verrier ; Mario Mazorotto, entrepreneur |
| Pys | 1926 à 1930 | Daniel Darquet, verrier |
| Bécordel-Bécourt | 1927 à 1930 | Caumont, peintre ; Georges Tembouret, verrier |
| Irles | 1931 à 1934 | Henri Marret, peintre ; Adalbert Szabo, ferronnier ; Georges Tembouret, verrier |
Ces deux noms sont peu représentés dans le corpus, et c’est mesurable avec le filtre que nous publions, la chaîne cherchée dans le champ d’auteur sans accents ni casse. L’architecte figure dans cinq notices de tout l’export : les quatre de ce jour, et une cinquième à Amiens, protégée le 22 avril 2024. Le céramiste en compte sept : les quatre de ce jour, plus Roye dans la Somme, Martigny-Courpierre dans l’Aisne et Vincennes dans le Val-de-Marne.
Nous ne donnons aucune date de destruction pour ces quatre églises, parce qu’aucune n’est établie par les documents que nous avons lus. Nous ne décrivons pas non plus leurs matériaux : les champs prévus pour cela sont vides dans les cinq notices, et les mentions de brique, de pierre de pays et d’ardoise ne valent, en prose, que pour Pys. À Bazentin, en revanche, la notice signale une décision d’implantation nette : la nouvelle église est bâtie sur l’emplacement de l’ancienne, mais réorientée en sens inverse, le porche à l’est, le chœur et la sacristie à l’ouest.
Épécamps, un unicum probable
La cinquième église n’a rien de commun avec les quatre autres, et son arrêté le dit à sa façon. Son considérant retient un intérêt suffisant pour en rendre désirable la préservation, en tant qu’unicum probable pour son décor intérieur proche de la typologie des chapelles de châteaux et des oratoires privés du temps de Louis XVI.
L’adjectif probable est dans l’acte, et nous le gardons. L’administration elle-même ne tranche pas l’unicité qu’elle avance.
- Sa datation est 1773 à 1777, soit cent cinquante ans avant les quatre autres.
- Son champ d’auteur ne porte ni l’architecte ni le céramiste, mais un commanditaire, l’abbé Charles François Enguehard.
- Son champ d’historique est vide, quand les quatre autres portent chacun un paragraphe.
- Sa parcelle fait quatre-vingt-dix mètres carrés, contre trois cent trente-neuf pour la plus petite des quatre autres.
- C’est la seule des cinq dont la notice renvoie à des objets mobiliers protégés.
- Et son arrêté vise un avis de commission que les quatre autres ne visent pas.
Vu du ciel, quatre voisines et une lointaine
La géographie confirme la coupure que les visas annoncent. Nous avons mesuré les distances entre les cinq points publiés par les notices, par haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres.
| Couple | Distance |
|---|---|
| Pys et Irles | 1,493 kilomètre |
| Bazentin et Pys | 6,287 |
| Bazentin et Bécordel-Bécourt | 7,123 |
| Bazentin et Irles | 7,779 |
| Pys et Bécordel-Bécourt | 11,983 |
| Bécordel-Bécourt et Irles | 13,290 |
| Épécamps et la plus proche des quatre | 40,224 |
| Épécamps et la plus lointaine | 44,172 |
Les altitudes, relevées au service d’altimétrie de l’État aux points indicatifs des notices, séparent cette fois Bécordel-Bécourt du reste : cinquante-neuf mètres onze, contre cent quatorze à cent quarante-sept pour les quatre autres, soit quatre-vingt-sept mètres soixante-neuf d’écart entre les extrêmes. Sa propre notice le confirme, en décrivant une vallée profonde traversée par un large fossé, quand l’autre localité de la commune occupe un site élevé vers le haut d’une colline.
| Église | Altitude | Parcelle |
|---|---|---|
| Bazentin | 146,80 mètres | 4 439 mètres carrés |
| Épécamps | 133,51 | 90 |
| Pys | 117,75 | 736 |
| Irles | 114,12 | 1 049 |
| Bécordel-Bécourt | 59,11 | 339 |
Cinq protections d’un coup dans un département
La Somme compte quatre cent trente-quatre notices, décomptées par les deux voies, par filtre départemental et par code communal, avec un écart nul. Une seule notice du département porte deux codes communaux, celle d’un site partagé entre deux communes, mais ils commencent tous deux par le numéro du département et ne créent donc aucun écart.
Ces cinq églises sont les cinq protections les plus récentes des quatre cent trente-quatre : les suivantes remontent au 24 novembre 2025, et elles sont trois : un hôpital à Dury, une église à Beuvraignes et une église avec son monument aux morts à Fresnes-Mazancourt. Et chacune des cinq communes ne compte qu’une seule notice dans tout l’export : pour Bazentin, Épécamps, Pys, Irles et Bécordel-Bécourt, cette église est le seul immeuble protégé du territoire communal.
Sources : cinq arrêtés préfectoraux du 16 mars 2026, publiés aux pages 126, 129, 132, 135 et 138 du recueil des actes administratifs de l’État en Hauts-de-France numéro R32-2026-136 du 2 avril 2026, fichier retéléchargé par nos soins, dont les pages ne portent aucune couche de texte et que nous avons rendues en image puis lues par reconnaissance optique à trois cents points par pouce, pour les cinq articles premiers, la pagination relevée page par page, la signature à Lille par le préfet de région, les visas et notamment l’avis de commission du 29 avril 2025 pour quatre d’entre eux et du 26 juin 2025 pour celui d’Épécamps, les considérants dont l’unicum probable d’Épécamps et la phrase nommant le céramiste et l’architecte, identique dans les actes de Pys et d’Irles, et la mention de propriété communale antérieure au 1er janvier 1956 ; notices PA80000142, PA80000143, PA80000144, PA80000145 et PA80000146 du ministère de la Culture, lues dans l’export national des immeubles protégés, pour les datations, les champs d’auteur et les autres noms qu’ils portent, le renvoi aux objets mobiliers d’Épécamps, son champ d’historique vide, les paragraphes d’historique des quatre autres, la réorientation de l’église de Bazentin et le motif du choix de la céramique, préférée à la mosaïque pour des raisons d’économie et sa résistance au temps, que donne le champ d’historique de la notice de Pys, ces cinq notices et les cinq arrêtés relevant du même ministère et ne constituant donc pas deux familles de sources indépendantes ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, institution distincte, pour les cinq contenances et leur total ; service d’altimétrie de l’IGN et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les cinq altitudes et les distances entre les cinq points ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les dix notices du 16 mars 2026 et leur répartition sur six départements et deux régions, les six libellés employant la formule en totalité et sa parcelle, les cinq notices portant le nom de l’architecte et les sept portant celui du céramiste, les quatre cent trente-quatre notices de la Somme rendues par les deux voies avec un écart nul malgré une notice à deux codes communaux, le rang des cinq églises dans ce département et l’unique notice de chacune des cinq communes. Ne sont pas établis : les dates de destruction des quatre églises de la reconstruction, qu’aucun document lu ne donne ; les matériaux des trois autres que Pys, les champs prévus pour cela étant vides dans les cinq notices ; la datation d’Irles, un office de tourisme écrivant 1928 à 1935 là où le ministère écrit 1931 à 1934 ; et le rattachement cantonal actuel de ces communes, l’interface géographique de l’État répondant sans erreur mais sans exposer de champ de canton, le canton d’Albert étant rapporté ici comme la formule employée par l’administration dans ses propres textes. La plateforme ouverte du patrimoine et l’ensemble du domaine du ministère ont répondu par une indisponibilité pendant cette recherche, depuis trois clients différents, sans que nous ayons changé d’identification pour passer outre, et nous ne concluons rien de ces absences.

