Deux cent soixante-dix-huit mètres de remparts, quatre mille neuf cent quatre-vingts mètres carrés clos, vingt-quatre bâtiments dedans. Aucune source ne publiait ces chiffres pour Larressingle, alors que tout le monde répète qu’il s’agit de la plus petite cité fortifiée de France.
Ces mesures ont été prises sur deux jeux de données publics indépendants, le tracé cartographique du rempart et le cadastre, qui convergent. L’enceinte développe 278 mètres de périmètre et enferme environ un demi-hectare, dans une emprise de 92 mètres sur 86. Avec ses fossés, le site occupe environ 0,74 hectare, dans un rectangle de 107 mètres sur 98.
Un demi-hectare dans huit cent cinquante
L’intérieur se compte vite. Vingt-quatre bâtiments cadastrés, dont vingt-trois en dur, pour environ 1 640 mètres carrés d’emprise bâtie répartis sur 35 parcelles. Un décompte indépendant sur les données cartographiques en donne vingt-trois, ce qui valide l’ordre de grandeur. Les fossés, eux, sont cadastrés pour 2 204 mètres carrés, soit presque la moitié de la surface close.
Le rapport d’échelle est ce qui frappe le plus. La commune couvre 851 hectares et compte 213 habitants au dernier recensement, pour 105 ménages et 135 logements. Le village fortifié, lui, tient dans un demi-hectare. On y entre par une tour-porte et un pont, et on en a fait le tour en quelques minutes.
| Mesure | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Périmètre du rempart | 278 mètres | tracé cartographique public |
| Surface close | environ 4 980 mètres carrés | mesure sur le tracé |
| Emprise de l’enceinte | 92 mètres sur 86 | mesure sur le tracé |
| Site avec les fossés | environ 0,74 hectare | cadastre et tracé |
| Bâtiments intra muros | 24 cadastrés, dont 23 en dur | cadastre |
| Habitants de la commune | 213 | recensement Insee |
Un demi-hectare clos de murs dans une commune de huit cent cinquante hectares : le chiffre manquait, pas le village.
Le titre que personne n’a jamais vérifié
Reste le superlatif, et il ne résiste pas. Le titre de plus petite cité fortifiée de France n’apparaît dans aucun document officiel. La base du ministère de la Culture ne l’emploie jamais, alors qu’elle a instruit trois arrêtés sur la seule enceinte et qu’elle décrit le site en détail. C’est l’écart le plus parlant du dossier : l’administration qui connaît le mieux ce rempart ne le classe pas.
Les formulations touristiques, elles, se contredisent entre elles et parfois avec elles-mêmes. Le même organisme régional écrit le plus petit village fortifié de France sur une de ses pages, et serait l’une des plus petites de France sur une autre. L’association des plus beaux villages et les guides retiennent la formule prudente. La version anglaise du site du comité départemental du tourisme du Gers, elle, affirme l’absolu.
Et surtout, aucune source ne dit en quoi se mesure la comparaison. Surface close, périmètre de rempart, nombre de maisons, population intra muros : selon le critère retenu, le classement change, et d’autres candidats apparaissent. Un superlatif sans unité de mesure n’est pas un fait, c’est une accroche.
Une archive de Boston pour un rempart gascon
Ce qui est en revanche solidement documenté, c’est l’origine de la restauration, et elle vient de loin. Les archives des musées d’art de l’université Harvard conservent le fonds du comité de Boston de la Sauvegarde de l’art français, couvrant les années 1925 à 1938. On y trouve un plan de Larressingle daté de 1927, et une correspondance de 1926 à 1937.
Cette correspondance est faite pour l’essentiel de lettres d’un professeur d’architecture de Harvard, qui suivait le chantier sur place et rendait compte à ses donateurs américains. Un village du Condomois a donc été relevé avec de l’argent levé en Nouvelle-Angleterre, et le dossier de ce chantier se consulte aujourd’hui à Cambridge, dans le Massachusetts.
La date de départ de la souscription n’est pas établie : trois années circulent, 1921, 1924 et 1926, et les montants collectés ne sont pas publiés. Ce qui est daté, c’est l’archive elle-même, et son plan de 1927.
Une chronologie qui éclaire le reste : l’État a classé le château en 1922, soit avant la campagne américaine. L’enceinte, elle, n’a été inscrite qu’en 1947 et classée qu’en 1950, c’est-à-dire après la fin de la collecte. Ce sont les donateurs privés qui ont agi les premiers sur les remparts, et l’administration qui a suivi, une vingtaine d’années plus tard.
Une remarque sur la méthode employée ici. Mesurer un rempart sur des données publiques n’a rien d’exceptionnel : le tracé des enceintes figure dans les bases cartographiques ouvertes, le parcellaire et l’emprise bâtie dans le cadastre diffusé en données ouvertes, et les deux se recoupent à quelques mètres carrés près. Ce qui est remarquable, c’est que personne ne semble l’avoir fait avant de décerner à ce village un titre national.
Le même raisonnement vaut pour ce que l’on ne sait pas. La hauteur et l’épaisseur des remparts ne sont publiées nulle part, le nombre exact de tours non plus, et la population vivant réellement dans les murs reste inconnue. Un village de cette notoriété, visité et photographié toute l’année, n’a pas de fiche technique.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, Larressingle est un cas d’école, et la photographie aérienne en dit plus qu’une visite. On voit l’anneau du rempart, le fossé qui le double, les vingt-quatre toits serrés à l’intérieur, et la campagne gersoise qui commence immédiatement derrière. Il n’y a pas de faubourg, pas d’extension, pas de couture entre le village et les champs.
C’est cette intégrité du tracé qui fait la valeur du lieu, bien plus qu’un record de taille. La plupart des enceintes médiévales françaises ont été percées, arasées ou absorbées par l’urbanisation. Celle-ci est restée presque intacte, avec une seule entrée ancienne sous la tour-porte, et c’est pourquoi on la lit d’un seul regard depuis le ciel.
Plusieurs choses restent à établir, et elles sont dites ici comme telles : la hauteur et l’épaisseur des remparts, le nombre exact de tours, la population vivant réellement dans les murs, et l’année d’entrée du village dans l’association des plus beaux villages. Pour un lieu aussi photographié, c’est beaucoup d’inconnues, et c’est précisément ce qu’un superlatif facile dispense de regarder.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notices Mérimée du château, de l’enceinte, de l’église, de la croix et du pigeonnier de Larressingle ; archives des musées d’art de l’université Harvard, fonds du comité de Boston de la Sauvegarde de l’art français ; données cadastrales ouvertes de la direction générale des finances publiques et données cartographiques publiques pour les mesures ; recensement de la population, Insee ; comité régional du tourisme et association des plus beaux villages de France pour les formulations du superlatif.

