Trois cent quarante hectares de colonnes, de couloirs et de blocs posés les uns sur les autres. Rien de tout cela n’a été bâti : la roche a simplement résisté de façon inégale.
Le cirque de Mourèze se trouve dans l’Hérault. C’est un cirque dolomitique de 340 hectares, où l’érosion a façonné un paysage ruiniforme aux formes rocheuses très découpées.
Pourquoi la roche prend ces formes
La dolomie est un calcaire particulier, dans lequel une partie du calcium a été remplacée par du magnésium. Les formes du cirque viennent, selon la notice, de la dissolution différentielle de cette dolomie et d’un massif fortement diaclasé.
L’eau de pluie, légèrement acide, dissout la roche de façon inégale, en suivant les fractures qui découpent le massif. Avec le temps, les parties les plus attaquées sont déblayées, les plus résistantes restent debout, et il subsiste des panneaux, des colonnes et des couloirs étroits. Les géologues parlent de paysage ruiniforme, parce que l’œil y cherche spontanément des murs et des tours.
Le mot ruiniforme ne doit donc pas être pris au pied de la lettre : il décrit une ressemblance, pas une origine. Aucune de ces formes n’a été taillée.
Le cirque de Mourèze couvre 340 hectares et fait l’objet d’un arrêté de protection de biotope portant sur 203,1 hectares.
Une roche née dans une mer chaude
Le site est formé de dolomite grise, des grès dolomitiques. Ces dolomies datent du Jurassique moyen, du Bajocien, vers 170 millions d’années, jusqu’au Callovien, vers 163.
Ce que ces roches disent du climat est plus intéressant que leur âge exact. Les dolomies se forment dans des lagunes ou sur des hauts-fonds, et leur présence est le signe d’une mer chaude peu profonde et d’un climat stable. Ce paysage minéral est donc, à l’origine, un fond marin tranquille.
Un village sous un rocher, une commune protégée
Le village est dominé par un rocher aux parois verticales qui porte son château. La commune couvre 1 344 hectares, entre 160 et 537 mètres d’altitude, et ne comptait plus que 176 habitants en 2023, en baisse de 10,66 % par rapport à 2017. La surface agricole utilisée était de 37 hectares au recensement agricole de 2020.
Le patrimoine naturel y pèse plus lourd que l’agriculture. Le cirque de Mourèze fait l’objet d’un arrêté de protection de biotope portant sur 203,1 hectares, et un site Natura 2000 a été défini sur la commune au titre de la directive oiseaux, le Salagou, d’une superficie de 12 794 hectares, qui assure la transition entre la plaine languedocienne et les premiers contreforts de la montagne Noire et du Larzac.
Quatre zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique complètent ce dispositif, dont celle du chaos dolomitique de Mourèze, qui couvre 725 hectares sur trois communes du département.
Ce que l’on peut en parcourir
Sur les 340 hectares du cirque, soixante-dix sont parcourus par des sentiers pédestres entretenus. Le reste n’est pas aménagé, et la progression hors sentier dans un lapiaz dolomitique est à la fois lente et risquée.
Cette proportion dit quelque chose du lieu. Un cirque de cette taille ne s’offre pas d’un seul regard : on en traverse une partie, et le reste se devine depuis les points hauts.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| superficie du cirque | 340 hectares |
| surface sous arrêté de protection de biotope | 203,1 hectares |
| surface parcourue par des sentiers | 70 hectares |
| première fouille des Courtinals | 1911, publiée en 1914 |
| fouilles dirigées par Dominique Garcia | 1991, six sondages |
| reconstitution de la cabane gauloise | époque située autour de 350 av. J.-C. |
Les Courtinals, un site sous les rochers
Le cirque n’est pas qu’un décor minéral. Le cirque a été fouillé pour la première fois par G. Vasseur en 1911, et les résultats en ont été publiés en 1914. Plusieurs vestiges de l’âge du bronze final III ont été déposés au musée Borély, à Marseille, qui abritait alors le musée d’archéologie de la ville ; ces collections ont rejoint la Vieille Charité en 1989.
Le travail a repris par étapes. Au début des années 1960, l’association des Chênes Verts a effectué plusieurs sondages sur le site. Puis, en 1991, des fouilles ont été conduites sous la direction du professeur Dominique Garcia, de l’université d’Aix-en-Provence, à travers six sondages et des coupes horizontales.
Le site porte aujourd’hui la reconstitution scientifique d’une cabane gauloise, documentée pour une époque située autour de 350 avant notre ère.
Le cirque se prête à cette installation pour une raison simple. Un chaos dolomitique fournit déjà des parois, des couloirs étroits faciles à fermer et des surplombs qui tiennent lieu de toiture : il reste peu à bâtir pour obtenir un abri.
La commune reste dominée par ce relief. Le village se tient sous un rocher aux parois verticales qui porte son château, et le cirque occupe une large part des 1 344 hectares communaux, dont la surface agricole utilisée ne représente plus que 37 hectares au recensement agricole de 2020.
Aux Courtinals, l’habitat se tient au pied de parois hautes de vingt à quarante mètres, dans une enceinte allongée d’environ quatre mille mètres carrés. De petits abris naturels y ont été utilisés au moins depuis le néolithique moyen.
C’est la raison pour laquelle un cirque dolomitique concentre si souvent des traces d’occupation. Le relief fournit gratuitement ce qu’il faut construire ailleurs : des murs, un abri contre le vent dominant et des couloirs faciles à fermer.
Un lieu qui a trouvé son chroniqueur : l’écrivain Gaston Combarnous, né en 1892 et mort en 1987, s’est intéressé au cirque de 1920 à 1980 et lui a consacré deux monographies, dont un ouvrage paru en 1936 sous le titre Le Cirque de Mourèze, triomphe de la Dolomie. Installé à Mourèze à partir de 1940, il y a écrit des ouvrages scientifiques et des romans sur la région. Le peintre Michel Moskovtchenko a réalisé entre 1974 et 1980 une suite d’œuvres sur le site.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le cirque apparaît comme une tache claire et hérissée au milieu de reliefs couverts de garrigue. Les colonnes se lisent par leurs ombres, qui changent complètement d’allure selon l’heure.
La vue rend aussi visible la limite du phénomène. Le paysage ruiniforme s’arrête net là où la dolomie cède la place à d’autres roches : la forme du cirque est d’abord la forme d’un affleurement géologique.
Elle montre enfin l’implantation des Courtinals, adossée aux rochers plutôt que posée au milieu, ce qui correspond à la logique d’un habitat qui utilise la roche comme mur.
À voir autour
- Le cirque de Navacelles : un méandre abandonné dans le calcaire
- Le chaos du Huelgoat : des blocs de granit empilés par l’érosion
- Le Sidobre : sept cent quatre-vingts tonnes en équilibre
Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel et le dossier Hérault.
Sources : notices du cirque et de la commune de Mourèze, Wikipédia en français ; Études héraultaises, sur l’habitat du Bronze final des Courtinals.

