Sept cent cinquante ouvriers en 1789. Soixante-cinq habitants aujourd’hui. Entre les deux chiffres, une usine de draps du XVIIe siècle est devenue une commune entière, et l’usine a fermé en 1954.
Le premier chiffre vient d’un travail universitaire publié en 1984, celui de Jean Sagnes, qui donne toute la courbe sans en citer la source : quatre cent cinquante ouvriers en 1810, quatre cents en 1867, deux cent trente-sept en 1877, cent quatre-vingts en 1917. Le second est la population légale au recensement de 2023, publiée par l’institut national de la statistique et recoupée par une base du ministère de l’Intérieur.
Trois portes, et pas une
On lit souvent que Villeneuvette est un village clos de murs. C’est la première chose à nuancer, et la nuance est plus intéressante que la légende. L’Inventaire général décrit une surface presque carrée, large de cent cinquante mètres environ, bornée au sud par la rivière, la Dourbie, et à l’ouest par le grand bassin, fermée à l’est et au nord par des maisons aux élévations presque aveugles.
Et il écrit ceci, qui dit tout du lieu : les trois portes qui constituent encore aujourd’hui les accès principaux permettaient un contrôle strict de la circulation des personnes et des biens. Trois portes, donc, et une clôture que l’Inventaire décrit par le bâti et par l’eau, sans muraille. Deux textes de 1984 divergent pourtant : Jean-Paul Laurent écrit que le village est ceint de murs à l’époque de Castanier d’Auriac, et Jean Sagnes le dit entouré de remparts, sans décrire ces murs. L’arrêté de 2014 protège les restes de la porte de Lodève, au nord. Nous n’avons trouvé aucune description précise d’un mur continu.
Le résultat vu d’en haut est un rectangle fermé posé dans la garrigue, avec sa rivière d’un côté et son bassin de l’autre. Ce n’est pas une forteresse, c’est une usine dont on surveillait les entrées.
Le recueil officiel des usages locaux du département notait en 1936 que le territoire entier de la commune appartenait à une seule famille.
Trois actes, pas une date
La fondation est souvent datée de façon contradictoire, parce qu’elle tient en trois actes distincts. En 1673, Pierre Baille achète un moulin à foulons sur la Dourbie pour six cents livres. En 1674, il acquiert la métairie en aval autour de laquelle la manufacture se construira. Et le 20 juillet 1677, des lettres patentes détachent ces terrains des rôles d’imposition de Clermont et de Nébian, sous le nom de manufacture de Villeneuve-lez-Clermont, le mot royale figurant ou non dans le texte selon les auteurs.
Cette date du 20 juillet mérite d’être défendue, car on lit aussi le 27. Deux auteurs l’établissent indépendamment, chacun en citant une pièce : l’un renvoie à une cote précise des archives départementales, l’autre cite le texte de l’acte, le vingtième jour du mois de juillet. Une réserve de méthode s’impose toutefois : leurs deux articles sont numérisés par le même portail, et l’indépendance tient donc aux auteurs et aux documents cités, pas à l’hébergeur.
Le village lui-même, avec sa chapelle, ses soixante-six logements et son réservoir, est construit probablement de 1676 à 1680 selon l’Inventaire, même si l’étude de 1984 attribue l’ensemble homogène actuel aux travaux de Castanier d’Auriac, vers 1740. L’eau commande tout : captage des sources au pied de la montagne de Liausson, canalisation en amont, un pont-aqueduc dit de l’Amour, un réservoir à l’ouest, et trois canaux de distribution, le béal des collines, celui de la vallée et celui des foulons. Un procès du début du XVIIIe siècle, dont l’inventaire des pièces date de 1702, porte déjà sur les débordements de l’aqueduc, et de nouveaux bassins sont creusés en 1871.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Lettres patentes | 20 juillet 1677 | deux auteurs citant chacun une pièce |
| Construction du village | probablement 1676 à 1680 | dossier de l’Inventaire général |
| Emprise du clos | environ cent cinquante mètres de côté | même dossier |
| Effectifs | 750 en 1789, 180 en 1917 | travail universitaire de 1984 |
| Fin de l’activité | 1954 | ministère de la Culture et même travail |
| Population légale | soixante-cinq habitants, recensement de 2023 | institut national de la statistique |
Une commune qui a résisté trois fois
Le statut administratif de ce lieu est une anomalie assumée. Villeneuvette est une commune de plein droit, avec ses 314,88 hectares et ses soixante-cinq habitants, soit un peu plus de vingt habitants au kilomètre carré. Et elle a repoussé trois demandes de rattachement à Clermont, en 1820, en 1886 et en 1902 (1901 dans un texte plus ancien du même auteur), la dernière venant d’un ancien conseiller municipal installé à Clermont.
Le recueil des usages locaux de l’Hérault, publié par la préfecture en 1936, note page 348, dans son article sur la chasse, que le territoire entier de la commune est propriété privée appartenant à la même famille, d’après la citation qu’en donne Jacques Thibert en 2003, ce qui concorde avec le travail universitaire de 1984 sur les bâtiments et sur les six cents hectares de cette famille, dont une partie se trouve forcément hors de la commune, qui n’en compte que 314,88. Une commune française dont le sol entier appartient à un propriétaire unique : la situation est documentée pour 1936.
Pour aujourd’hui, elle l’est mal. En 1981, Jean-Paul Laurent écrivait qu’une partie du village et la plupart des terres et des bois de la commune appartenaient encore à quelques rameaux de la famille Maistre, le reste du village ayant été reconverti à de nouvelles activités. Un autre auteur parle d’une explosion de la propriété après 1954 sans décrire le mécanisme, et la notice du ministère donne une propriété éclatée entre privé, département et commune. Nous nous arrêtons là plutôt que de combler le trou.
La devise, et ce qu’on n’en sait pas : la source scientifique citée, l’étude d’Alberge de 1970, donne les deux formes : Honneur au Travail à la première page, sur le fronton de la porte monumentale, et Honneur et Travail une trentaine de pages plus loin. Elle ne tranche pas. La substitution que l’on date parfois de 1848 n’est portée, dans ce que nous avons lu, que par un article encyclopédique sans référence. Nous ne retenons donc aucune des deux formes comme établie, et la devise ne figure pas dans le titre.
Protégée depuis 1944, et bien plus largement depuis 2014
La protection a changé d’échelle. Un arrêté du 15 février 1944 ne portait que sur la porte monumentale et les vestiges de la fontaine. Un arrêté du 13 janvier 2014 l’a abrogé pour inscrire un ensemble beaucoup plus vaste, sur trois communes, Villeneuvette, Clermont-l’Hérault et Mourèze, en nommant chaque canal et chaque allée d’arbres. L’église, déjà inscrite en 2010, l’a été de nouveau le même jour, dans cet arrêté d’ensemble.
C’est cohérent avec ce que le lieu est réellement : non pas un bâtiment remarquable mais un système, où le captage des sources, les canaux, les bassins, les ateliers et les logements ne se comprennent qu’ensemble. Une manufacture mue par l’eau ne se protège pas par sa porte.
Quant à la fermeture de 1954, elle reste un point aveugle. Le ministère écrit que l’activité cessera en 1954, le travail universitaire le confirme, le dernier directeur est nommé. Mais aucune des publications consultées ne donne le motif de l’arrêt : on y trouve des causes de déclin, jamais une décision datée.
Sources : Claude Alberge, Études sur Pézenas, 1970, avec sa cote d’archives départementales ; Jacques Thibert, bulletin du groupe de recherches et d’études du Clermontais, 2004 ; Marie-Sylvie Grandjouan, Études sur l’Hérault, 1984, issu du pré-inventaire de terrain de 1979 ; Jean Sagnes, 1984, pour les effectifs, sans source citée ; Jean-Paul Laurent, Études sur l’Hérault, 1984, pour les murs et la propriété en 1981 ; notices Mérimée PA00103759, PA34000079 et dossier de l’Inventaire général IA00028476 ; arrêtés du 15 février 1944 et du 13 janvier 2014, relevés dans l’export national des immeubles protégés interrogé le 24 octobre 2026 ; recueil des usages locaux du département de l’Hérault, préfecture, 1936, connu par la citation de Jacques Thibert, 2003 ; population légale et surface servies par l’institut national de la statistique et par une base du ministère de l’Intérieur.

