On lit encore partout que l’observatoire du mont Aigoual est la dernière station météorologique de montagne habitée en France. C’était vrai. L’intention d’y mettre fin a été publiée au Journal officiel du 26 mars 2019, et le départ des derniers météorologues était annoncé pour la fin septembre 2023.
La réponse ministérielle est sans ambiguïté : il est prévu de ne plus maintenir la présence d’agents de Météo-France sur le site à l’année, et les départs d’agents en poste ne seront pas remplacés. La même réponse prévoit des agents de Météo-France pour l’animation scientifique pendant l’ouverture au public, de mai à octobre.
Deux dates, deux documents
L’exécution se lit dans la presse régionale, et elle est précise. Les archives ont définitivement quitté l’observatoire le lundi 11 septembre 2023, pour un site de Météo-France à Toulouse, et les météorologues devaient être rapatriés à la fin du mois. Une rédaction nationale avait annoncé la même échéance en juillet de la même année.
Reporterre annonçait dès octobre 2022 que la station serait totalement automatisée au 31 décembre 2023. C’est une prévision, que nous n’avons pas vue confirmée par une source datée de fin 2023. Elle ne contredit pas la date de septembre : l’une concerne le départ des personnes, l’autre le passage technique à l’automatique.
Le superlatif, lui, était porté par des députés dans leurs questions écrites de novembre 2018, puis repris par la presse. Il faut noter que le ministère ne l’a pas employé dans ses deux réponses de mars 2019 : il n’y écrit pas que ce site est le dernier de son espèce, il y organise seulement la fin de sa présence permanente. Nous n’avons pas dépouillé ses autres communications.
Le bâtiment n’est pas vide : le directeur de la muséographie y habite désormais. Ce qui a disparu, c’est la station habitée.
Ce que la fiche climatologique dit, et ce qu’elle ne dit pas
Les records du lieu sont un terrain miné, et la fiche climatologique officielle de la station permet de faire le tri. Elle donne une rafale record de 61 mètres par seconde, soit environ 220 kilomètres par heure, le 1er décembre 1984, la série de mesures de vent commençant au 1er janvier 1981. Elle donne, en moyenne sur 1991-2020, 106 jours par an de rafales au-delà de 100 kilomètres par heure, et 279,3 jours au-delà de 58 kilomètres par heure.
Pour les précipitations, le cumul annuel normal sur la période 1991-2020 est de 1 970 millimètres, avec un record quotidien de 321 millimètres le 7 novembre 1982. Et pour la température, 30,4 degrés le 23 août 2023 contre moins 28 degrés le 10 février 1956.
Deux chiffres célèbres ne tiennent pas. Les 360 kilomètres par heure du 1er novembre 1968 sont antérieurs à la fenêtre de records de cette fiche, qui ne les confirme ni ne les infirme : ils peuvent être cités comme une valeur ancienne attribuée, jamais comme un record de France. Et les 240 jours de brouillard par an que l’on répète partout se heurtent à une ligne de la fiche qui porte, à cet endroit précis, la mention données non disponibles.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Fin de la présence à l’année | annoncée (« il est prévu »), Journal officiel du 26 mars 2019 | réponse ministérielle à une question écrite |
| Départ des archives | 11 septembre 2023 | presse régionale |
| Bascule au tout automatique | 31 décembre 2023 | prévision annoncée par Reporterre en octobre 2022 |
| Rafale record | 61 m/s, soit environ 220 km/h, le 1er décembre 1984 | fiche climatologique de la station |
| Cumul annuel normal | 1 970 millimètres, période 1991-2020 | même fiche |
| Protection | inscrit par arrêté du 7 septembre 2020 | export national des immeubles protégés |
Quatre altitudes pour un sommet
L’altitude du mont Aigoual est donnée de quatre façons, et la contradiction n’est qu’apparente : les quatre valeurs mesurent quatre choses. Le maximum du modèle numérique de terrain de l’institut géographique national donne de l’ordre de 1 562 à 1 564 mètres selon le point lu. La valeur cartographique du sommet est de 1 565. Météo-France écrit 1 567 en tête de sa fiche, qui est l’altitude de la station et non celle du point culminant. Et la table d’orientation au sommet de la tour porte 1 571.
C’est exactement le genre d’écart qu’il vaut mieux expliquer que trancher. Un modèle de terrain, une courbe de niveau, l’assiette d’un bâtiment et une plaque de bronze ne décrivent pas le même objet.
La protection, elle, est nette : l’observatoire est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 7 septembre 2020, sur la commune de Val-d’Aigoual, et il est propriété d’un établissement public. Une précision de méthode : une recherche sur l’ancienne commune de Valleraugue ne rend rien, parce qu’elle a fusionné avec Notre-Dame-de-la-Rouvière pour former Val-d’Aigoual, qui porte la notice. Bassurels, commune lozérienne voisine, n’a pas fusionné et ne rend rien non plus : l’export ne contient aucune notice à son nom.
Ce que l’observatoire doit aux arbres : le bâtiment est né du reboisement des Cévennes. Georges Fabre, forestier qui porta le reboisement dans le Gard jusqu’en 1908, fut à l’initiative de l’observatoire, inauguré le 18 août 1894 et mis en service complet en septembre 1895. Le chiffre de soixante-huit millions d’arbres plantés est donné par la communauté de communes et recoupé indépendamment par un média spécialisé.
Ce que l’on voit d’en haut, et ce que l’on ne mesure plus
Le sommet se trouve dans la zone coeur du parc national des Cévennes, créé par décret du 2 septembre 1970, et non simplement dans son périmètre : la nuance a des conséquences réglementaires. S’y ajoute un site Natura 2000 de 10 546 hectares, en zone spéciale de conservation depuis le 13 avril 2016 et deux zones d’inventaire naturaliste.
Le musée a rouvert début juillet 2023 (le 1er selon son dossier de presse) sous un nouveau nom, après quatre ans de travaux et 3,5 millions d’euros, avec 700 mètres carrés d’exposition et 850 mètres carrés de centre d’essais. Pour la fréquentation, un seul chiffre est daté : 10 000 entrées d’exposition pour l’été 2023, avec un objectif de 30 000 sur l’année et de 55 000 en régime de croisière. Les 70 000 visiteurs par an du dossier de presse sont une moyenne revendiquée, pas un comptage.
Un dernier désaccord, mineur mais révélateur : la destination des archives est donnée à Toulouse par la presse régionale et à Aix-en-Provence ailleurs. L’explication probable est administrative, la direction interrégionale d’Aix couvrant le Gard et la Lozère tandis que la fiche climatologique est éditée à Toulouse. Les mesures, elles, continuent : simplement, plus personne ne les relève sur place.
Sources : réponse du ministre de la transition écologique à la question écrite numéro 14306, Journal officiel du 26 mars 2019, page 2817 ; questions écrites de novembre 2018 pour l’origine du superlatif ; Objectif Gard, 14 septembre 2023, et franceinfo, 7 juillet 2023, pour le départ des agents ; fiche climatologique de la station 30339001 de Météo-France, lue intégralement ; notice PA30000138 relevée dans l’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, interrogé le 24 octobre 2026 ; interface cartographique de l’institut géographique national pour les périmètres de protection de la nature et pour l’altimétrie ; décret du 2 septembre 1970 portant création du parc national des Cévennes ; dossier de la communauté de communes, septembre 2023, pour le reboisement et le musée.

