Le pont du Gard impressionne par sa hauteur : 48,77 mètres au-dessus du Gardon en basses eaux, le plus haut pont-aqueduc connu du monde romain. Mais sa vraie performance est ailleurs, dans un chiffre invisible : 24,8 centimètres de pente par kilomètre.
L’ouvrage n’est en effet qu’un morceau d’un ensemble de plus de 50 kilomètres, l’aqueduc qui amenait l’eau de la Fontaine d’Eure, au pied d’Uzès, jusqu’à Nîmes. Entre le départ et l’arrivée, le dénivelé total n’est que de 12,6 mètres. Tout le tracé consiste à ne jamais gaspiller ces douze mètres.
Un tracé qui serpente pour perdre le moins possible
À cause du relief, l’aqueduc contourne les garrigues d’Uzès et de Nîmes en serpentant entre collines et vallons. Chaque mètre de dénivelé consommé trop tôt aurait condamné la fin du parcours. C’est cette contrainte, et non la hauteur du pont, qui fait de l’ensemble un exercice d’ingénierie hors norme.
La datation repose sur des indices concordants : la céramique situe la construction au Ier siècle, les tunnels de l’époque d’Auguste ont dû être contournés, ce qui la place après eux, et les monnaies retrouvées dans les réservoirs de Nîmes ne sont pas antérieures au règne de Claude.
Trois étages, 52 arches, et des blocs de six tonnes
| Étage | Arches | Longueur | Hauteur |
|---|---|---|---|
| Inférieur | 6 | 142,35 m | 21,87 m |
| Moyen | 11 | 242,55 m | 19,50 m |
| Supérieur | 35 | 275 m (360 m à l’origine) | 7,40 m |
| Canal | – | 1,20 m de large | 1,80 m de haut |
Le calcaire coquillier vient de la carrière de l’Estel, à environ 700 mètres en aval, au bord du Gardon. Le pont a été monté presque entièrement à sec, sans mortier : les blocs, dont certains pèsent six tonnes, sont maintenus par des tenons de chêne. Seule la partie haute, au niveau du canal, est liée au mortier.
- Une cage à écureuil actionnée par les ouvriers fournissait la puissance du treuil pour monter les blocs.
- Un échafaudage complexe soutenait l’ouvrage pendant le chantier ; ses appuis sont encore visibles sur les faces.
- Des blocs saillants, laissés en place sur les piles, servaient à poser les assemblages de bois.
- Des traces d’outil, les coups d’escoude, se lisent toujours sur la face interne des piliers.
Quand l’aqueduc s’est bouché
Un aqueduc calcaire s’entartre. Dès le IVe siècle, l’entretien se relâche et les dépôts finissent par occuper les deux tiers, parfois les trois quarts du canal. L’ouvrage cesse de fonctionner au début du VIe siècle, à l’époque où les Francs prennent le contrôle de la région d’Uzès tandis que les Wisigoths se maintiennent à Nîmes.
Le pont, lui, a survécu parce qu’il servait encore. Au Moyen Âge, les piles du second étage sont échancrées pour le transformer en pont routier. À partir du XVIe siècle, son architecture attire l’attention et il bénéficie de restaurations régulières. Un pont routier lui est accolé en 1743-1747.
Les riverains ont aussi recyclé le reste : les concrétions détachées des parois du canal ont servi à des constructions locales, et jusqu’à couvrir des sarcophages du cimetière Saint-Baudile, à Nîmes.
Ce que la vue d’ensemble révèle
D’en haut, on comprend que le pont n’est pas un monument isolé mais un point de passage dans une ligne : le canal arrive par une culée de 130 mètres, franchit la rivière, et repart vers le sud. En 1988, un ouvrage de régulation a d’ailleurs été découvert à l’origine de cette culée.
Le pont du Gard figure sur la première liste française de monuments historiques, celle de 1840, et a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 1985. Le même principe de lecture par le tracé vaut pour l’étang de Montady, dont le drainage en roue ne prend son sens que vu du ciel.
Le pont du Gard figure sur la première liste française de monuments historiques, celle de 1840, et a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 1985.
À voir autour
- L’oppidum d’Ensérune et l’étang de Montady : l’hydraulique lisible d’en haut
- Glanum : une ville romaine de Provence retrouvée sous les alluvions
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice du pont du Gard, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
