Dix-huit mètres à la fin du IIIe siècle avant notre ère, trente-six à l’époque romaine, trente-deux et demi aujourd’hui. La tour Magne a grandi d’un coup, puis perdu son dernier étage et trois mètres et demi de hauteur.
La tour Magne domine Nîmes, dans le Gard. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840, l’une des toutes premières listes de protection établies en France.
Une tour gauloise enveloppée
L’ouvrage est d’abord gaulois. À la fin du IIIe siècle avant notre ère, il s’élève à dix-huit mètres et occupe le point haut qui domine l’oppidum.
Les Romains ne l’ont pas remplacé, ils l’ont enveloppé. La tour atteint alors trente-six mètres, soit le double, et c’est cette silhouette romaine que l’on voit aujourd’hui, à trois mètres et demi près.
Le procédé a laissé une trace technique. Selon la notice Mérimée, le monument romain est venu envelopper la tour préromaine pour s’en servir en coffrage perdu, et les Romains ont ainsi repris à leur compte la valeur symbolique de la tour des Volques Arécomiques.
Trente-six mètres à l’époque romaine, trente-deux mètres cinquante aujourd’hui.
Une tour en pierre sèche visible en négatif
La tour Magne est un monument gallo-romain situé sur le mont Cavalier. Elle domine les jardins de la Fontaine, par lesquels on y accède principalement, et constitue le plus imposant vestige de la très longue enceinte romaine de la ville.
L’enveloppement se lit dans la pierre. Le soubassement est octogonal, et son irrégularité s’explique par la forme de la tour en pierre sèche qu’il englobait. Cette tour antérieure peut encore être vue à l’intérieur de l’ouvrage, en négatif : ce n’est pas le bâtiment gaulois qui subsiste, c’est son empreinte dans le remplissage romain.
Au-dessus de l’étage intégré à l’enceinte, la tour polygonale est totalement aveugle. Les deux derniers niveaux étaient décorés, l’un de pilastres toscans, l’autre, presque entièrement disparu, de colonnes.
À quoi servait-elle vraiment
De nombreuses hypothèses ont été formulées sur sa destination primitive, et aucune ne s’impose. À l’époque romaine, sa structure intégrée à l’enceinte lui permettait de jouer un rôle défensif ainsi que celui d’une tour de guet ou à signaux.
S’y ajoute une fonction qui ne tient pas à la défense. En doublant la hauteur d’un ouvrage gaulois existant, le pouvoir romain faisait aussi une démonstration de sa puissance, et il signalait la présence du sanctuaire impérial de la source situé au pied de la colline.
Depuis le chemin de ronde du premier étage, on rejoignait celui de la courtine, qui se trouvait au même niveau au nord et à l’ouest. La tour n’était donc pas isolée : elle faisait partie d’un circuit continu.
Comment on y montait
L’accès se faisait en deux étapes, et chacune a laissé des traces différentes. Une rampe coudée, longue de soixante-dix mètres, conduisait au chemin de ronde qui parcourait le premier étage. Il en subsiste le départ au sud et une partie de la dernière arche.
De ce chemin de ronde, on gagnait ensuite la terrasse qui couronnait le tout à l’origine, par un escalier aménagé à l’intérieur de la tour, que le site officiel du monument compte à cent quarante marches.
Le visiteur d’aujourd’hui gravit les mêmes cent quarante marches. La tour n’est pas accessible aux personnes en situation de handicap moteur, et l’information est donnée aux visiteurs à mobilité réduite avant la montée.
| État | Hauteur ou mesure |
|---|---|
| fin du IIIe siècle av. J.-C. | 18 mètres |
| époque romaine | 36 mètres |
| aujourd’hui | 32,50 mètres |
| rampe coudée d’accès | 70 mètres |
| escalier intérieur menant à la terrasse | 140 marches |
| largeur de la tour sèche englobée | 12,70 m, 17,20 m à la base |
Vidée en 1601 à la recherche d’un trésor
La tour que l’on visite est creuse, et ce vide a une date. En 1601, François Traucat, riche marchand et pépiniériste nîmois convaincu par une prophétie attribuée à Nostradamus qu’un trésor royal se cache dans la tour, obtient du roi Henri IV l’autorisation de la fouiller, et il la vide entièrement de son remblai.
Cette date a son importance pour la lecture du monument. Aucun trésor n’a été trouvé, mais la fouille a révélé en creux la forme et le volume de la tour gauloise que les Romains avaient enveloppée : l’intérieur que l’on parcourt n’est pas un état romain conservé.
La perte de hauteur a la même origine probable. La tour comptait à l’origine trois niveaux, dont le dernier a disparu, et le site officiel du monument écrit que la fouille de 1601, menée sans précautions suffisantes, a fragilisé la structure et contribué probablement à la disparition de ce dernier étage.
Une pièce au dossier complique pourtant la chronologie. Le voyageur bâlois Thomas Platter, venu étudier à Montpellier, visite Nîmes en 1596 et décrit une tour romaine creuse. Mais les spécialistes de son manuscrit signalent qu’une partie du texte a été ajoutée vers 1604 et 1605, soit après la fouille : on ne peut donc pas en déduire avec certitude que la tour était déjà vide avant Traucat.
La tour s’élève aujourd’hui à environ trente-deux mètres cinquante, l’intérieur vide. Au XIXe siècle, sa position stratégique a servi une dernière fois : un relais de télégraphe optique y a été installé.
Ce que l’on visite aujourd’hui
La tour se visite tous les jours de l’année, et un billet à tarif préférentiel permet de la coupler aux deux autres monuments romains emblématiques de Nîmes, les arènes et la Maison carrée. Elle est gérée en délégation de service public par la société Edeis Romanité, délégataire depuis novembre 2021 et devenue Aura Romanité en mars 2026.
La montée reste physique. Cent quarante marches séparent le pied de la terrasse, et le monument n’est pas accessible aux personnes en situation de handicap moteur, information portée à la connaissance des visiteurs à mobilité réduite avant l’achat du billet.
Ce que l’on gagne en haut, c’est la vue : Nîmes, la garrigue et le paysage gardois, et par temps clair le mont Ventoux, les Alpilles et le pic Saint-Loup.
Un poète en garnison : en 1914, Guillaume Apollinaire, alors en garnison à Nîmes, évoque la tour dans les poèmes qu’il adresse à Louise de Coligny-Châtillon, réunis depuis dans le recueil Poèmes à Lou. Le monument n’est pas seulement un vestige antique : il appartient au paysage quotidien de la ville, et il entre à ce titre dans la correspondance de ceux qui y passent.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la tour apparaît pour ce qu’elle est : le point culminant d’une enceinte, posé sur la colline qui domine la ville, et non un édifice isolé planté dans un jardin.
La vue rend aussi lisible le tracé de la rampe coudée, dont le départ subsiste au sud. On comprend que l’accès n’était pas direct mais contraint, comme toujours dans un ouvrage défensif.
La vue éclaire enfin l’ampleur de l’enceinte romaine dont la tour n’est qu’un élément. Elle en est le plus imposant vestige, mais elle en était le point haut et non la totalité : le reste court sous la ville moderne.
Elle montre enfin le rapport d’échelle avec Nîmes. Trente-deux mètres sur une hauteur dominante, cela suffit à voir loin et à être vu de loin.
À voir autour
- Les arènes de Nîmes : deux cent vingt maisons à l’intérieur au Moyen Âge
- La Maison carrée : écurie, église puis préfecture
- Le pont du Gard : cinquante kilomètres d’aqueduc pour douze mètres de dénivelé
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie et le dossier Gard.
Sources : notice de la tour Magne, Wikipédia en français ; notice Mérimée PA00103155 ; site officiel des monuments romains de Nîmes ; ville de Nîmes.

