Au printemps 2022, sur le flanc intérieur du puy de Pariou, des équipes ont démonté les marches en bois d’un sentier long de 240 mètres et l’ont comblé de pouzzolane. Ce chemin permettait de descendre dans le cratère. Depuis, les visiteurs profitent de la vue sur le cratère depuis la lèvre du volcan, sans plus y descendre.
Le puy de Pariou, sur la commune d’Orcines, à l’ouest de Clermont-Ferrand, appartient à la chaîne des Puys, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2018 avec la faille de Limagne. Selon un communiqué du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne daté du 28 juin 2023, il reçoit plus de 140 000 visiteurs par an et c’est le site le plus fréquenté de la chaîne après le sommet du puy de Dôme. Son dossier de presse de juin 2022 l’attribue à la proximité de l’agglomération clermontoise et des sites du puy de Dôme, de Vulcania et de Lemptégy, à une ascension facile et à des formes parfaites reprises par les médias. Cette affluence a fini par imposer trois décisions : fermer le cratère, canaliser chaque pas, puis encadrer le tout par un arrêté préfectoral.
Deux cratères emboîtés, décrits dès 1882
Le Département du Puy-de-Dôme, qui porte le site officiel du bien UNESCO, présente le puy de Pariou comme l’un des exemples les plus représentatifs d’un cône strombolien « d’une rondeur presque parfaite », fait de cendres et de scories retombées autour de la bouche éruptive.
Mais le Pariou n’est pas un cône simple. En 1882, le géologue écossais Archibald Geikie le décrit dans ses Geological Sketches comme un volcan fait, en réalité, de deux cratères. Le plus ancien n’est plus visible que par une portion de son rebord nord ; le reste est occupé par le cratère le plus récent, que Geikie trouve parfaitement conservé. Il lui donne 3 000 pieds de circonférence et 300 pieds de profondeur, sans détailler sa mesure, et en tire une chronologie :
- un premier cône se construit, puis une colonne de lave remplit son cratère jusqu’à faire céder le flanc nord ;
- la lave s’échappe par cette brèche, part vers l’est sur le plateau et se divise en deux coulées en aval ;
- un second cône naît ensuite un peu à côté, recouvre la moitié sud de l’ancien et laisse visible le segment nord d’où la lave est sortie ;
Dans son dossier de presse de juin 2022, le Parc présente le puy de Vichatel comme le deuxième cratère le plus profond de la chaîne des Puys, après le Pariou. Le cône du Pariou, lui, est fait de scories de couleur rouge foncé, la pouzzolane, une roche exploitée ailleurs dans la chaîne, par exemple au volcan de Lemptégy, ancienne carrière de pouzzolane.
Un âge situé entre 9 400 et 9 700 ans
Dater le Pariou a longtemps été difficile. Une étude publiée en 2004 dans les Comptes Rendus Geoscience de l’Académie des sciences par Didier Miallier et cinq coauteurs rappelle que les trois datations directes alors disponibles restaient imprécises, en gros entre 8 000 et 10 000 ans : 8 580 ± 350 BP au carbone 14 pour la grande coulée orientale, soit 9 600 ± 1 000 ans après calibration, puis 8 200 ± 800 ans et 8 700 ± 900 ans par thermoluminescence.
Les auteurs ont donc raisonné par ordre de succession. Les produits du puy Chopine, daté d’environ 9 700 ans, sont recouverts par ceux du Pariou. Ceux du Pariou sont à leur tour recouverts par des dépôts trachytiques probablement issus du cratère Kilian, daté vers 9 300 à 9 400 ans. Ils en concluent que l’âge du Pariou serait approximativement compris entre 9 400 et 9 700 ans, avec un ordre des éruptions Chopine, Pariou, Vasset peut-être, puis Kilian.
L’étude corrige une idée ancienne : jusque vers 1996, le Pariou passait pour le plus jeune de ces quatre volcans, parce qu’on observait des trachytes sous ses propres dépôts. Selon Miallier et ses collègues, ces trachytes proviennent en fait de la phase acide initiale du Pariou lui-même. À l’échelle de la chaîne, le Département situe les éruptions entre 95 000 et 8 400 ans, les plus récentes étant les puys jumeaux de la Vache et de Lassolas.
Un tas de sable gravi par 140 000 visiteurs par an
Le Parc décrit le Pariou comme un édifice aux multiples fragilités et l’explique dans son dossier de presse de juin 2022 par une image simple. Comme un tas de sable, le volcan est composé de petits grains issus des projections de lave, sans cohésion. Il n’est protégé que par un sol mince et une végétation maigre. Les gardes-nature ont estimé la perte de sol entre 8 et 10 cm par an. Sous les pas, la terre végétale part, le sentier se creuse et des ravines peuvent se former.
Comme un tas de sable, le volcan est composé de petits grains issus des projections de lave, sans cohésion.
Les gestionnaires ont répondu par étapes, selon la chronologie publiée par le Parc :
- 2003 : signature d’une convention avec l’association de propriétaires privés Dôme Union, renouvelée en 2016 ;
- 2006 : effacement de l’accès ouest et d’un raccourci au nord, escaliers en bois surélevés côté sud ;
- 2010 : marches en rondins et planches dans la descente du cratère, drains et tressages de branchages ;
- 2016 : fermeture de la partie est du tour du cratère, à cause d’une érosion trop forte ;
- 2019 : escaliers en caissons de bois remplis de pouzzolane au départ de la descente, sa portion la plus pentue.
Effacer le sentier plutôt que le paver
Le maître d’œuvre avait d’abord proposé de paver en continu, avec des pierres de lave, le sentier qui descendait dans le cratère. Selon la page consacrée au chantier sur le site du Département, aucune solution de confortement n’a pu être retenue, sur des critères techniques de mise en œuvre et de tenue dans le temps. Propriétaires et collectivités ont alors choisi de fermer et de restaurer cet accès de 240 mètres, en reproduisant la pente initiale du cratère. La commission régionale du patrimoine géologique a rendu un avis favorable à l’automne 2021.
Les travaux connexes ont commencé en février 2022 et l’effacement du sentier s’est achevé en juin 2022. Le Département chiffre l’opération à 530 509,5 euros TTC, financés à 60 % par le fonds européen FEDER, à 20 % par le Département et à 20 % par le contrat de plan État-Région (CPER) en Auvergne-Rhône-Alpes. Le communiqué du Parc de 2023 donne, pour les travaux hors maîtrise d’œuvre, un montant de 440 500 euros. Il précise que l’ancien chemin, malgré les escaliers posés en 2019, présentait une érosion de parfois plus de 50 cm de profondeur.
Un an plus tard, le Parc dressait un bilan positif : aucun écart du public n’avait été constaté vers l’ancien tracé, la pelouse d’altitude reprenait, et une grosse population de Semi-Apollon, un papillon de montagne protégé, était apparue. Il reconnaît une limite : sur le pourtour du cratère, il reste tentant de franchir les fils-guides pour s’asseoir dans l’herbe.
Ce que l’arrêté de juillet 2023 interdit
Le 7 juillet 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a signé un arrêté créant une zone de protection d’habitats naturels sur le volcan du Puy Pariou. Le texte invoque une ascension qui attire plus de 140 000 personnes chaque année et jusqu’à 3 200 par jour pendant la période estivale de forte affluence, ainsi que des cheminements hors sentiers et des détritus. La zone couvre 147,82 hectares, propriété de l’association des propriétaires du Pariou. À l’intérieur, il est notamment interdit :
- de descendre dans le cratère ;
- de circuler avec tout véhicule, vélos à assistance électrique compris, et de faire voler un drone hors travaux autorisés ;
- de marcher en dehors des itinéraires ouverts, matérialisés au sommet par un fil-guide ou des jalons ;
- de laisser entrer un animal domestique, sauf tenu en laisse sur les itinéraires autorisés, et de camper ou bivouaquer.
Le pâturage reste autorisé, le texte jugeant que l’activité pastorale participe à la préservation des habitats naturels, et il fixe la capacité d’accueil du site à 500 brebis au maximum.
| Repère | Donnée | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Âge estimé | entre 9 400 et 9 700 ans | fourchette déduite de l’ordre des éruptions (étude de 2004) |
| Fréquentation | plus de 140 000 visiteurs par an | deuxième site de la chaîne après le puy de Dôme |
| Pic estival | jusqu’à 3 200 personnes par jour | chiffre retenu par l’arrêté de 2023 |
| Perte de sol | 8 à 10 cm par an | estimation des gardes-nature du Parc |
| Sentier effacé | 240 mètres | travaux achevés en juin 2022 |
| Zone protégée | 147,82 hectares | descente dans le cratère interdite |
Ce qui reste incertain
L’âge du Pariou n’est pas mesuré directement avec précision. La fourchette de 9 400 à 9 700 ans repose sur la succession des dépôts et sur les âges des volcans voisins, et les auteurs de 2004 jugent eux-mêmes hypothétique la position du puy de Vasset dans cette séquence. Les chiffres de fréquentation varient aussi selon les documents : plus de 130 000 visiteurs par an dans le dossier de presse du Parc de juin 2022, plus de 140 000 en 2023, sans que la méthode de comptage soit publiée.
Enfin, le Département rappelle que, du fait de leur jeunesse, les volcans de la chaîne sont considérés comme endormis et qu’une nouvelle phase de volcanisme est envisageable. En 2025, une étude parue dans Geophysical Research Letters a signalé des séismes profonds de type longue période sous des volcans de la chaîne des Puys et du Pavin, que ses auteurs relient à des réservoirs magmatiques peut-être encore actifs.

