Écurie, église, puis préfecture : la Maison carrée de Nîmes est le temple romain le mieux conservé

La Maison carrée de Nîmes vue du sud-ouest
La Maison carrée de Nîmes, vue du sud-ouest. Photo Ymblanter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Ymblanter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le temple romain le mieux conservé du monde doit sa survie à une série d’usages qui n’ont rien de religieux. La Maison carrée de Nîmes a été hôtel de ville, maison d’habitation, écurie, église, salle de réunion du Directoire, puis préfecture du Gard.

C’est un temple hexastyle achevé au début du Ier siècle de notre ère, dédié à la gloire des deux petits-fils d’Auguste, les consuls Caius et Lucius Caesar. Classé au titre des monuments historiques par la liste de 1840, il est inscrit depuis septembre 2023 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Trente colonnes et quinze marches

Le temple occupait l’extrémité sud du forum de la ville, place de 80 mètres de long encadrée par un double portique à l’est et à l’ouest, fermée au sud par un mur aveugle orné de pilastres et au nord par un bâtiment rectangulaire de 18 mètres sur 14 que l’on identifie aujourd’hui comme la curie.

L’édifice est corinthien, hexastyle et pseudo-périptère, et mesure 13,54 mètres de large sur 26,42 mètres de long. Trente colonnes de 9 mètres de haut enserrent la structure intérieure, formée d’une cella de 10,50 mètres sur 16, précédée d’un pronaos dont le plafond est moderne. À l’origine, on pénétrait dans la cella par une porte de près de sept mètres de haut.

Le podium de 2,65 mètres lui donne une position dominante, et l’on y accède par un escalier unique de quinze marches, le nombre de marches étant toujours impair. Cet accès était réservé aux prêtres : la cella abritait la statue des dieux honorés, et les cérémonies se déroulaient autour d’un autel placé devant l’entrée, deux usages directement issus de la tradition étrusque.

Rien, dans ce plan, n’a été laissé à l’initiative locale. Construire un édifice cultuel supposait une autorisation du pouvoir, ici celle d’Auguste, et seuls les modèles inspirés des créations officielles de Rome pouvaient être édifiés : le plan pseudo-périptère reprend celui du temple d’Apollon au sud du champ de Mars, les chapiteaux sont fidèles au temple de Mars Ultor, et la frise d’enroulements de rinceaux d’acanthe imite celle de l’Ara Pacis.

L’édifice devient une maison d’habitation, une écurie, puis une église, l’église des Augustins.

Une dédicace reconstituée par les trous des clous

Le temple portait sur son frontispice une dédicace en lettres de bronze scellées dans la pierre. Les lettres ont disparu, mais les trous de scellement sont restés visibles, et c’est à partir de leur disposition que l’érudit nîmois Jean-François Séguier est parvenu, en 1758, à recomposer le texte original.

Il se lit ainsi : à Caius Caesar consul et Lucius Caesar consul désignés, fils d’Auguste, princes de la jeunesse. Les deux hommes sont les fils d’Agrippa et de Julie, fille d’Auguste, donc les petits-fils et héritiers désignés de l’empereur.

Le choix n’était pas seulement dynastique, il était local. Agrippa, plus proche conseiller d’Auguste, était le patron de la ville de Nemausus et le défenseur officiel des intérêts de la cité devant le Sénat de Rome, et il avait transmis ce patronage à son fils aîné Caius. À la mort prématurée de Caius et de Lucius, les Nîmois décidèrent, avec l’accord de Rome, de leur dédier ce temple.

La dédicace sert aussi d’horloge. Sa première ligne situe l’achèvement du temple entre les ans 2 et 3, d’après la date du consulat des deux frères, et la seconde ligne, ajoutée plus tard, date des ans 4 et 5. L’édifice, lui, a été bâti entre 10 avant notre ère et l’an 4.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Dimensions13,54 m sur 26,42 mun carré long, d’où le nom
Colonnes30, de 9 mètresdisposition pseudo-périptère
Podium2,65 mètresquinze marches, nombre toujours impair
Cella10,50 m sur 16 maccès réservé aux prêtres
Achèvemententre les ans 2 et 3daté par la dédicace en lettres de bronze
Restauration des façadesquatre ans, 44 000 heuresachevée et fêtée le 12 février 2011
La Maison carrée, à Nîmes, dans le Gard.

Ce que vingt siècles d’usages ont fait

L’histoire post-romaine de l’édifice est si mouvementée qu’il est étonnant qu’il nous soit parvenu en si bon état. Du XIe au XVIe siècle, la Maison carrée sert de maison consulaire, c’est-à-dire d’hôtel de ville, et on l’appelle alors Capitole ou Cap-duel.

L’historien nîmois Léon Ménard a décrit les transformations imposées au temple. On divisa l’intérieur en plusieurs pièces et même en deux étages, on y forma des voûtes, on construisit une cheminée contre le mur du levant et un escalier à vis contre celui du couchant, et l’on perça plusieurs fenêtres carrées pour éclairer ces appartements. Les consuls firent ensuite fermer le vestibule par une muraille allant d’une colonne à l’autre, transformèrent en cave la voûte souterraine et abattirent le perron.

La suite ne vaut pas mieux sur le papier : maison d’habitation, écurie, puis église des Augustins, et un projet de la duchesse d’Uzès d’en faire le tombeau de son mari. Pendant la Révolution, le bâtiment accueille les réunions du Directoire, puis devient de 1800 à 1807 la préfecture du département du Gard, avant d’être transformé en 1824 en lieu d’exposition d’objets antiques.

C’est précisément cette suite d’occupations qui l’a sauvé, puisqu’un bâtiment utilisé n’est pas démoli. Le prix en est que le décor intérieur d’origine n’a pas été conservé : seul l’aspect extérieur est intact, et il porte, gravé en lettres romaines sur le flanc ouest, la mention d’une réparation faite en 1822 par la munificence du roi et l’argent offert par les citoyens.

Ce que la vue d’ensemble montre

Vue de haut, la Maison carrée n’est plus qu’un volume blanc posé au milieu d’une place, et c’est la trace d’un forum disparu que l’on cherche autour d’elle. Le temple s’inscrivait dans un péribole délimité par cette place de 80 mètres, dont il ne reste rien en élévation, alors que l’édifice qui la fermait au sud est encore debout.

Le vis-à-vis contemporain se lit tout aussi bien d’en haut. En 1993, l’architecte britannique Norman Foster a construit face au temple le Carré d’Art, musée d’art contemporain pensé comme son pendant moderne, et a réaménagé la place attenante pour assurer l’harmonie entre les deux bâtiments.

La toiture, enfin, est une restitution récente que la vue aérienne est seule à montrer. En 1992, la Maison carrée a reçu une nouvelle couverture, reproduction fidèle de l’original antique, composée de grandes tuiles plates et de tuiles-canal moulées à la main. La restauration des quatre façades, menée ensuite entre 2006 et 2010, a demandé quatre ans et plus de 44 000 heures de travail.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de la Maison carrée, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Pourquoi l'appelle-t-on carrée alors qu'elle est rectangulaire ?

Parce qu'elle porte ce nom depuis le XVIe siècle et que, dans la langue française de cette époque, toute figure géométrique ayant quatre angles droits était désignée par le mot carré : le carré long était le rectangle, le carré parfait notre carré actuel.

À qui le temple était-il dédié ?

Aux deux petits-fils et héritiers désignés d'Auguste, Caius et Lucius Caesar, fils d'Agrippa et de Julie, morts prématurément. La dédicace en lettres de bronze a disparu, mais grâce aux trous de scellement encore visibles, l'érudit nîmois Jean-François Séguier est parvenu en 1758 à recomposer le texte original.

Comment a-t-on pu le dater aussi précisément ?

Par cette même dédicace. La première ligne permet de situer l'achèvement du temple entre les ans 2 et 3, d'après la date du consulat de Caius et Lucius ; la seconde ligne, placée postérieurement, date des ans 4 et 5. L'édifice lui-même a été bâti entre 10 avant notre ère et l'an 4, sous le règne d'Auguste.

Quelles sont ses dimensions ?

L'édifice mesure 13,54 mètres de large sur 26,42 mètres de long. Trente colonnes de 9 mètres de haut enserrent la structure intérieure, formée d'une cella de 10,50 mètres sur 16, précédée d'un pronaos. Le tout est posé sur un podium de 2,65 mètres, auquel on accède par un escalier unique de quinze marches, le nombre de marches étant toujours impair.

À quoi a-t-elle servi depuis l'Antiquité ?

Du XIe au XVIe siècle, elle sert de maison consulaire, une sorte d'hôtel de ville, et l'on l'appelle alors Capitole ou Cap-duel. Elle devient ensuite maison d'habitation, écurie, puis église des Augustins. Pendant la Révolution, elle accueille les réunions du Directoire, puis sert de préfecture du Gard de 1800 à 1807, avant de devenir en 1824 un lieu d'exposition d'objets antiques.

Depuis quand est-elle au patrimoine mondial ?

Depuis septembre 2023 : la candidature portée par la municipalité de Nîmes a été examinée lors de la 45e session du Comité du patrimoine mondial, réunie à Riyad du 10 au 25 septembre 2023. Le monument était déjà classé au titre des monuments historiques par la liste de 1840.
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