Mille visiteurs par jour ont failli la détruire : la grotte de Lascaux est fermée au public depuis 1963

Les peintures reproduites dans le fac-similé de Lascaux 2, à Montignac
Le fac-similé de Lascaux 2, à Montignac-Lascaux (Dordogne). Photo : Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La grotte de Lascaux est l’un des sites préhistoriques les plus célèbres du monde, et plus personne ne la visite. Fermée au public le 17 avril 1963 par André Malraux, elle n’accueille plus que quelques scientifiques, pour un total limité à environ 200 heures par an.

Elle s’ouvre sur la rive gauche de la Vézère, dans une colline calcaire de la commune de Montignac-Lascaux, en Dordogne. Sa particularité géologique explique sa conservation : une couche de marne imperméable l’isole des infiltrations, ce qui en fait une grotte relativement sèche, sans formation de calcite nouvelle.

1940 : deux explorations à quatre jours d’intervalle

La découverte a donné lieu à des récits contradictoires, souvent embellis : un chien, un ballon, une cavité déjà connue. Les faits établis sont plus simples : l’exploration s’est faite en deux temps, les 8 et 12 septembre 1940. Selon la version la plus répandue, Marcel Ravidat repère l’entrée lors d’une promenade, à l’endroit où un arbre avait été déraciné.

Ce que l’on trouve à l’intérieur vaudra à la grotte le surnom de « chapelle Sixtine de l’art pariétal », attribué à Henri Breuil, qui la nomme aussi « Versailles de la Préhistoire ». La salle des Taureaux en est la pièce maîtresse : deux files d’aurochs se font face, certaines figures atteignant cinq mètres de long.

Ce que 1 000 visiteurs par jour font à une grotte

Ouverte au public en 1948, Lascaux devient très vite un site de masse. Dès 1955, les premiers indices d’altération apparaissent : le dioxyde de carbone expiré par les visiteurs acidifie la vapeur d’eau et corrode les parois. Un premier système de régénération de l’air est installé en 1957, sans effet suffisant.

C’est la démonstration la plus nette de ce que Lascaux a coûté à ses propres admirateurs.

  • Plus de 1 000 visiteurs par jour au plus fort de la fréquentation.
  • Environ 2 500 litres de dioxyde de carbone et 50 kg de vapeur d’eau rejetés quotidiennement.
  • Un volume de cavité de 1 500 m³ seulement, qui absorbe mal ces apports.
  • 1960 : la maladie verte, colonies d’algues favorisées par la chaleur et l’éclairage.
  • Puis la maladie blanche, un voile de calcite déposé sur les parois.

André Glory, chargé des relevés pendant cette période, doit travailler de nuit pour ne pas perturber le rythme des visites. En 1963, les micro-organismes prolifèrent malgré les filtres à l’ozone. La fermeture est prononcée le 17 avril.

DateÉtape
8 et 12 septembre 1940Exploration de la cavité
1948Ouverture au public
1955Premiers indices d’altération
1960Apparition de la maladie verte
17 avril 1963Fermeture au grand public
18 juillet 1983Ouverture de Lascaux 2
Octobre 1979Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
2016Ouverture de Lascaux IV
Quinze ans d’ouverture, soixante ans de protection.

Visiter une copie, et pourquoi cela se défend

Le fac-similé n’est pas un pis-aller récent : sa réalisation est lancée dès le début des années 1970. Lascaux 2 ouvre le 18 juillet 1983, à 200 mètres de l’original. D’autres reproductions, dont la frise des cerfs et la scène du Puits, sont présentées au parc du Thot, à quelques kilomètres de Montignac.

Lascaux IV change d’échelle. Le Centre international de l’art pariétal, ouvert en 2016, est un bâtiment semi-enterré de 150 mètres de long qui ne dépasse pas huit mètres de haut, précisément pour ne pas perturber la colline. Coût total de l’opération : 57 millions d’euros, financés par l’État, l’Europe, le département et la région.

Ce que la colline montre encore

D’en haut, il n’y a rien à voir de la grotte, et c’est le but. La colline de Lascaux est sanctuarisée : les bâtiments d’accueil sont enterrés ou éloignés, la fréquentation est reportée sur les répliques, et la cavité elle-même est traitée comme un milieu fragile dont on surveille la température, l’hygrométrie et la circulation d’air.

En 2016, la conservatrice du site constatait que l’absence prolongée de visiteurs avait stoppé la prolifération des champignons. C’est la démonstration la plus nette de ce que Lascaux a coûté à ses propres admirateurs.

Le site a aussi changé la manière de gérer les grottes ornées en France. Là où la grotte du Mas-d’Azil se traverse encore en voiture, Lascaux a imposé l’idée qu’un site préhistorique majeur peut se visiter ailleurs qu’en lui-même.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.

Sources : notice de la grotte de Lascaux, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

Peut-on encore visiter la vraie grotte ?

Non. Seuls quelques scientifiques y pénètrent, et la présence humaine y est limitée à environ 200 heures par an.

Qu'est-ce que la maladie verte et la maladie blanche ?

Deux altérations apparues avec les visites. La maladie verte, en 1960, est la prolifération d'algues favorisée par le dioxyde de carbone, la chaleur et les éclairages. La maladie blanche est un voile de calcite qui se dépose sur les parois et sur certaines œuvres.

Quel âge ont les peintures ?

La datation reste discutée, mais la plupart des préhistoriens les rattachent au Magdalénien ancien, autour de 21 000 ans avant le présent.

Combien d'œuvres compte la grotte ?

Environ 1 900 représentations sont aujourd'hui répertoriées. Les relevés d'André Glory, réalisés de 1952 à 1963 sur 120 m² de calques, en comptaient 1 433.

Quelle différence entre Lascaux 2 et Lascaux IV ?

Lascaux 2, ouvert le 18 juillet 1983, reproduit une partie de la grotte à 200 mètres de l'original. Lascaux IV, au Centre international de l'art pariétal de Montignac, est un bâtiment semi-enterré de 150 mètres de long, pour un coût total de 57 millions d'euros.
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