Un kilomètre de falaise habitée sur cinq niveaux, jusqu’au démantèlement du fort en 1588

La falaise calcaire de la Roque Saint-Christophe et ses terrasses étagées, en Dordogne
La Roque Saint-Christophe, à Peyzac-le-Moustier, en Dordogne. Photo : Tylwyth Eldar, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Un kilomètre de falaise, quatre-vingts à cent mètres de haut, et cinq niveaux de terrasses occupés du Paléolithique au début du XXe siècle. À la Roque Saint-Christophe, l’habitat ne s’est pas posé sur le paysage : il s’est logé dedans.

La Roque Saint-Christophe est un escarpement calcaire situé sur la commune de Peyzac-le-Moustier, près des Eyzies, en Dordogne. Il se dresse au cœur de la vallée de la Vézère, à quatre cents mètres environ de la grotte du Moustier, qui a donné son nom à une période entière de la préhistoire.

Une falaise travaillée par la rivière et par le gel

La paroi n’a pas été creusée par les hommes, elle a été préparée pour eux. L’escarpement, très karstifié, est taillé dans les calcaires du Crétacé, et l’altération de la roche y a dégagé de nombreux abris sous roche et de longues terrasses, étagés sur cinq niveaux.

À mi-hauteur se trouve une terrasse naturelle de plus de cent mètres de long, à laquelle on accède par un sentier et un escalier creusé dans la roche. À la base, la falaise est percée d’abris naturels dont quelques-uns sont très vastes.

Ce que les hommes ont ajouté se lit en creux. Les parois sont criblées de trous artificiels, d’époques différentes, destinés à recevoir les bois de charpente des habitations successives qui s’y sont appuyées. Les maisons ont disparu, leur empreinte est restée.

RepèreValeurCe que cela change
longueur de l’escarpementun kilomètreune ville linéaire, pas un abri isolé
hauteur de la falaise80 à 100 mètresdes niveaux inaccessibles d’en bas
niveaux de terrassescinqun étagement naturel occupé de haut en bas
terrasse principaleplus de cent mètres de longla place publique du lieu
démantèlement du fort1588pendant les guerres de Religion
dernière maison habitéevers 1910la falaise se vide en trois siècles
fréquentation153 217 visiteurs en 2018chiffre rapporté par Sud Ouest
La Roque Saint-Christophe en repères.

Des couches superposées, du renne au Moyen Âge

Les cavités ont servi d’abri aux hommes de la préhistoire, du Paléolithique supérieur à l’âge du fer, puis à l’époque gallo-romaine, mérovingienne et carolingienne. Peyrony relève des couches stériles entre certains niveaux : l’occupation n’a pas été continue partout, mais elle revient toujours.

L’histoire écrite, elle, commence en 976, avec la forteresse attribuée à Frotaire. La falaise sert ensuite de refuge aux habitants de la région pendant la guerre de Cent Ans. Une paroi verticale percée d’abris n’est pas seulement un logement : c’est une position que l’on tient à quelques-uns.

Le fort, devenu refuge protestant, est démantelé en 1588, mais la dernière maison tient jusque vers 1910.

La fin du fort est datée. Devenu refuge protestant, il est démantelé en 1588 pendant les guerres de Religion. Le site n’est pas abandonné pour autant : Peyrony note que quelques maisons éparses y furent rebâties, et que la dernière cessa d’être habitée vers 1910.

Un refuge, pas un village ouvert

La différence entre un habitat troglodytique et un refuge tient à l’usage que l’on en fait en temps de crise. À la Roque Saint-Christophe, les deux se superposent : on y vit, et on s’y retire quand la vallée devient dangereuse.

Les périodes documentées sont celles où la vallée de la Vézère a été parcourue par des bandes armées, au premier rang desquelles la guerre de Cent Ans, qui a laissé la région aux mains de garnisons changeantes pendant plus d’un siècle.

Cela n’a pas suffi. Le dimanche de la Passion de 1401, Jean Ducos, allié aux Anglais, prend la place, la pille et l’incendie : Peyrony a retrouvé la couche d’objets carbonisés tout le long du pied de la falaise. Une paroi ne brûle pas, mais les maisons de bois qui s’y adossent, oui.

Ce que Peyrony a trouvé au pied de la paroi

Le préhistorien Denis Peyrony a mené des fouilles en 1912 et 1913 dans l’un des abris sous roche du pied de la falaise. Elles ont livré une industrie lithique et osseuse du Paléolithique supérieur, des tessons de poterie du Néolithique, et des vestiges de l’âge du bronze et de l’âge du fer.

Cette stratigraphie est précieuse parce qu’elle recoupe, dans un seul sondage, ce que l’observation des parois laissait deviner : les occupants se sont succédé au même endroit pendant des dizaines de milliers d’années, pour la même raison, un surplomb sec au-dessus d’une rivière. Peyrony notait d’ailleurs que l’exposition du lieu en faisait une résidence d’été agréable et un hivernage peu enviable, et il supposait que l’occupation paléolithique y était saisonnière.

Le nom du fouilleur n’est pas anodin dans cette vallée. Peyrony est l’un des fondateurs de la préhistoire périgourdine, et la grotte du Moustier, à quatre cents mètres, a donné son nom au Moustérien, l’industrie associée à l’homme de Néandertal.

Un site protégé, mais pas un monument historique : la Roque Saint-Christophe ne fait l’objet d’aucun classement au titre des monuments historiques. Elle relève en revanche du site classé de la vallée de la Vézère, par décret du 11 décembre 2015, et le coteau forme une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique. L’inventaire du patrimoine géologique de Nouvelle-Aquitaine lui reconnaît un intérêt national.

Un site qui vit de sa visite

Parmi les sites naturels de Nouvelle-Aquitaine, la Roque Saint-Christophe se classait troisième pour la fréquentation en 2018, avec 153 217 visiteurs, chiffre rapporté par Sud Ouest.

En 2022, le même journal donnait environ 150 000 visiteurs, soit le septième rang départemental, à égalité avec le parc du Bournat. Le comité départemental du tourisme, lui, ne publie pas de classement site par site.

Ce que les visiteurs viennent chercher n’est pas un monument mais une échelle. Un kilomètre de paroi habitée ne se photographie pas d’un seul cadre : il faut marcher le long de la terrasse pour comprendre qu’il s’agissait d’un véritable village vertical.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, ou depuis la rive opposée, on voit ce que le pied de la falaise ne montre pas : la continuité. Les abris ne forment pas une série de trous isolés, ils dessinent des lignes horizontales qui courent sur toute la longueur de l’escarpement.

La vue montre aussi la logique d’implantation, qui ne doit rien au confort. La falaise domine la Vézère et un fond de vallée cultivable : abri, eau, nourriture et vue sur les arrivants, quatre conditions réunies sur un même site, que l’exposition peu favorable n’a pas suffi à disqualifier.

Elle rend enfin visible la raison pour laquelle le lieu a été tenu si longtemps. Une paroi verticale d’un kilomètre ne s’attaque pas de face, et les escaliers creusés dans la roche se défendent à quelques hommes.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie et le dossier Dordogne.

Sources : Denis Peyrony, Fouilles de la Roque-Saint-Christophe, Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1939 ; fiche AQI0387 de l’inventaire du patrimoine géologique de Nouvelle-Aquitaine ; site officiel du fort et de la cité troglodytiques ; Sud Ouest pour les chiffres de fréquentation de 2018 et 2022 ; décret du 11 décembre 2015 classant le site de la vallée de la Vézère ; notice de la Roque Saint-Christophe, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Quelles sont les dimensions du site ?

L'escarpement calcaire mesure un kilomètre de long et de 80 à 100 mètres de haut. Les abris et les terrasses y ont été creusés sur cinq niveaux par la rivière et par le gel.

Qu'est-ce qu'on voit sur les parois ?

Des trous artificiels, d'époques différentes, destinés à recevoir les bois de charpente des habitations successives qui y ont été édifiées. La falaise porte donc en négatif le plan des maisons disparues.

Depuis quand le site est-il occupé ?

Depuis le Paléolithique supérieur. Les fouilles ont livré des niveaux du Paléolithique, du Néolithique, des âges du bronze et du fer, puis gallo-romains, mérovingiens et médiévaux. L'histoire écrite du site commence en 976, avec la forteresse attribuée à Frotaire, et la falaise sert ensuite de refuge pendant la guerre de Cent Ans.

Pourquoi 1588 ?

Parce que le fort, devenu un refuge protestant, est démantelé cette année-là pendant les guerres de Religion. Ce n'est pas la fin de toute occupation : Peyrony relève que quelques maisons ont été rebâties ensuite, et que la dernière a cessé d'être habitée vers 1910.

Qu'ont donné les fouilles ?

Le préhistorien Denis Peyrony a fouillé en 1912 et 1913 l'un des abris du pied de la falaise. Il en a tiré une industrie lithique et osseuse du Paléolithique supérieur, des tessons de poterie du Néolithique, et des vestiges de l'âge du bronze et de l'âge du fer.

Comment accède-t-on à la grande terrasse ?

Par un sentier et un escalier creusé dans la roche. La terrasse naturelle, à mi-hauteur de la falaise, mesure plus de cent mètres de long.

Le site est-il très fréquenté ?

Oui. Sud Ouest a rapporté 153 217 visiteurs pour 2018, soit la troisième place parmi les sites naturels de Nouvelle-Aquitaine, et environ 150 000 visiteurs en 2022, septième rang départemental. Le comité départemental du tourisme, lui, ne publie pas de chiffre par site.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut