La notice du ministère de la Culture porte, en face de la date de 1966 que tout le monde recopie, un seul mot : annulé. La protection réelle du château de Castelnaud date de 1980, et elle fonctionne à deux étages.
Le château de Castelnaud domine la vallée de la Dordogne, à Castelnaud-la-Chapelle, face à la forteresse rivale de Beynac. Il est l’un des sites les plus visités du département.
Un classement annulé
La formule est partout : Castelnaud serait classé monument historique depuis 1966. Elle figure sur le site officiel du château et dans les documents touristiques. Elle ne correspond pas à l’état du droit.
La notice de la base POP du ministère de la Culture est explicite. Elle mentionne bien un arrêté du 20 décembre 1966, mais le fait suivre de la mention « annulé ». L’acte en vigueur est postérieur de quatorze ans.
Cet acte est l’arrêté du 28 octobre 1980. Il protège le monument à deux niveaux distincts : les ruines du château, y compris son enceinte, sont classées ; les ruines du châtelet, elles, sont seulement inscrites. La notice qualifie donc Castelnaud de classé partiellement et inscrit partiellement.
| Élément | Repère | Ce que cela change |
|---|---|---|
| arrêté du 20 décembre 1966 | annulé | la date reprise partout ne vaut pas |
| arrêté du 28 octobre 1980 | en vigueur | classement et inscription à la fois |
| ruines du château et enceinte | classées | le niveau de protection le plus fort |
| ruines du châtelet | inscrites | un niveau distinct, sur une autre parcelle |
| campagne principale | XIIIe et XIVe siècles | construction primitive du XIIe |
| rachat des ruines | 1965 | ouverture au public en 1985 |
| fréquentation | 245 000 visiteurs par an | chiffre du dépliant 2026 du château |
Une place qui change de camp
Le château entre dans l’histoire par les guerres albigeoises. Il appartient alors à Bernard de Casnac, vassal du comte de Toulouse, quand Simon de Montfort s’en empare et le fortifie. Le donjon rectangulaire, placé au point le plus fort du site, a été renforcé à plusieurs reprises.
Le château est reconstruit au XIIIe siècle et devient une place forte majeure du Périgord. Le donjon et la courtine datent de cette campagne, que les documents du château situent tantôt entre 1218 et 1260, tantôt de 1259 à 1261.
La guerre de Cent Ans éclate en 1337, mais c’est en 1368 que le mariage de Magne de Castelnaud, unique héritière, avec Nompar de Caumont fait entrer la place dans la famille de Caumont, fidèle soutien de la couronne anglaise. Son allégeance change ensuite à plusieurs reprises au cours du conflit, au gré des intérêts de ses seigneurs. En 1442, Charles VII ordonne le siège du château, alors tenu par le capitaine anglais Pascal du Teihl : soutenu matériellement par la ville de Sarlat, le siège dure trois semaines et la garnison se rend contre la vie sauve et quatre cents écus.
Vendu comme bien national à la Révolution, le château a ensuite servi de carrière de pierres.
De la carrière au musée
La fin est banale pour une forteresse devenue inutile. Vendu comme bien national à la Révolution après la fuite de ses propriétaires, le château sert de carrière de pierres. Le sommet de la tour d’artillerie et le logis de l’aile sud sont démontés dans cette période.
Le sauvetage est le fait d’une famille. Philippe Rossillon et son épouse Véronique, les grands-parents de Geneviève Rossillon, achètent le château en 1965. Leur fils Kléber prend la direction du site en 1983 et crée le musée deux ans plus tard. Diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale de l’aéronautique et de l’espace, il exerce des responsabilités au service de l’État de 1978 à 1995, notamment sur le lanceur Ariane, et conduit en parallèle le chantier du château à partir de 1984.
Le château ouvre au public en 1985. Le musée de la Guerre au Moyen Âge investit les logis de la forteresse et le donjon, et présente une collection que le dossier de presse du château chiffre à près de 300 armes et armures, sa page musée à plus de 200.
Des machines de siège qui fonctionnent : Castelnaud se présente comme le premier château au monde à exposer des reconstitutions de machines à balancier médiévales grandeur nature et fonctionnelles. Le trébuchet y a été assemblé à la fin des années 1980, après deux ans de recherches financées par Kléber Rossillon avec le charpentier Renaud Beffeyte. Montrer un trébuchet n’est pas le même geste que l’exposer en vitrine : la machine est un calcul de contrepoids, et seule une reconstitution qui tire permet de le vérifier.
Ce que « classé partiellement » veut dire
La distinction entre classement et inscription n’est pas une subtilité d’archiviste. Le classement est le niveau de protection le plus fort du droit français du patrimoine : aucun travail ne peut être engagé sans autorisation, et l’État contrôle le chantier.
L’inscription est un régime plus souple : le propriétaire doit aviser l’administration quatre mois avant toute modification, et celle-ci ne peut s’y opposer qu’en engageant une procédure de classement. Qu’un même monument relève des deux régimes signifie que ses parties n’ont pas été jugées de même valeur. Ici, les deux niveaux viennent du même acte, l’arrêté du 28 octobre 1980.
À Castelnaud, la coupure passe entre le château et son enceinte d’un côté, classés, et le châtelet de l’autre, inscrit, sur une parcelle distincte. C’est une géographie administrative, qui ne se voit pas sur le terrain mais qui commande ce qu’on a le droit d’y faire.
Un paysage de forteresses
Castelnaud ne se comprend pas seul. Il fait face à Beynac, de l’autre côté de la Dordogne, et la rivalité des deux places structure toute la lecture de la vallée.
La commune compte par ailleurs quatre autres monuments protégés : le château de Fayrac, inscrit en 1928, le château de Lacoste, dont les façades et les toitures sont inscrites depuis 1970, le château des Milandes, inscrit en 2009, et l’église ou chapelle des Milandes, inscrite dès 1926. Cette densité n’est pas un hasard : la vallée était une frontière, et chaque promontoire a reçu son ouvrage.
La tradition locale oppose les deux places, Beynac au roi de France et Castelnaud aux Anglais, mais toutes deux ont changé de camp au cours de la guerre de Cent Ans. En 1442, le siège de Castelnaud est mené avec le soutien matériel de la ville de Sarlat.
Les Caumont eux-mêmes ont fini par quitter Castelnaud pour les Milandes, dès la fin du XVe siècle. Le désintérêt pour la vieille forteresse a commencé là, bien avant la Révolution.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la position se lit immédiatement : le château occupe un éperon qui commande à la fois la vallée de la Dordogne et celle du Céou, à leur confluent. Ce n’est pas un point de vue, c’est un verrou.
La vue montre aussi l’état réel du monument. L’arrêté de 1980 protège explicitement des ruines, et non un édifice conservé. Ce que l’on visite a été largement relevé depuis : la campagne de 1974 à 1980 a reconstruit les parties effondrées du nord, le logis, la courtine et le donjon, celle de 1996 a refait trois salles du corps de logis et remonté la tour d’artillerie d’un étage, et le bastion a été restauré en 2005.
Elle fait enfin apparaître le village au pied de la forteresse, celui où est né Geoffroy de Vivans, et la continuité entre la place militaire et l’habitat qu’elle protégeait.
À voir autour
- Biron : six siècles de chantier sur une butte
- Commarque : des ruines qui ont servi de carrière
- Monpazier : une bastide en damier de 1284
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA00082446, pour l’annulation de l’arrêté de 1966 et la protection du 28 octobre 1980 ; site officiel du château de Castelnaud et dossier de presse de Kléber Rossillon pour l’histoire du site, le rachat de 1965 et la fréquentation ; notices PA00082447, PA00082448, PA00082449 et PA00082450 pour les autres monuments protégés de la commune.

