Monpazier, en Dordogne, a été fondée en 1284 pour le compte du roi d’Angleterre Édouard Ier. Vue d’en haut, elle se lit comme un plan d’urbaniste : un damier de rues autour d’une place centrale, que ni la guerre de Cent Ans ni les guerres de Religion n’ont effacé.
C’est ce qui fait sa réputation : Monpazier est considérée comme l’un des modèles de bastide les mieux conservés du Sud-Ouest. On lui prête même une influence sur de grands architectes, de Viollet-le-Duc à Le Corbusier. Elle attire 360 000 visiteurs par an, pour 441 habitants en 2023.
Une ville neuve pour tenir une frontière
Après le traité de Paris de 1259, le roi d’Angleterre, maître de la Guyenne, fonde des bastides pour tenir ses terres du Périgord méridional et du nord de l’Agenais. En face, Alphonse de Poitiers a créé Villefranche-du-Périgord en 1261 et Villeréal en 1267. Chaque camp plante ses villes neuves.
Le 7 janvier 1284, un contrat de paréage est signé entre le sénéchal de Guyenne Jean Ier de Grailly, au nom d’Édouard Ier, et Pierre de Gontaut, seigneur de Biron, pour fonder une bastide sur le « Mont Pazier ». Le roi veut fixer des populations face au royaume de France. Les habitants obtiennent de nombreux avantages, dont l’exemption d’impôt et l’abolition du droit seigneurial. Le même souverain signe un an plus tard un acte comparable pour Larressingle et Condom, dans le Gers.
Le damier, pièce par pièce
La bastide est édifiée selon un plan rectangulaire, dit hippodamien, autour de la place des Cornières, bordée de maisons construites entre le XIIIe et le XVIIe siècle. C’est l’exemple même de ce que décrit notre page sur les bastides et villages fortifiés : un acte fondateur, une charte, un plan régulier.
- La place des Cornières, avec sa halle, cœur géométrique du damier.
- Trois des six portes fortifiées, encore debout aux entrées de la ville.
- L’église Saint-Dominique, construite du XIIIe au XVIe siècle.
- La maison du Chapitre, ancienne grange aux dîmes.
- L’enceinte, dont le tracé fixe encore les limites du bourg.
D’en haut, le contraste avec Fourcès est saisissant : là où le village gersois s’enroule autour d’une ancienne motte, Monpazier aligne ses rues à angle droit. Deux logiques d’urbanisme médiéval, lisibles en une seule image.
Une frontière disputée
| Date | Événement |
|---|---|
| 1261 et 1267 | Alphonse de Poitiers fonde Villefranche-du-Périgord et Villeréal |
| 7 janvier 1284 | Contrat de paréage fondant la bastide |
| 1289 | Un acte du roi d’Angleterre atteste le chantier de l’église et des remparts |
| 1294 | Philippe le Bel fait occuper la Guyenne, dont Monpazier |
| 1299 | Traité de Montreuil-sur-Mer, fin de cette guerre |
| 1316 | Le roi d’Angleterre unit Monpazier à sa couronne |
| 1461 et 1484 | Louis XI puis Charles VIII confirment les droits des habitants |
La plus petite commune de Dordogne
Avec 53 hectares seulement, Monpazier est la plus petite commune du département, entièrement centrée sur sa bastide. Sa densité, 832 habitants au kilomètre carré en 2023, est la deuxième de Dordogne après Périgueux. Le village fait partie des Plus Beaux Villages de France, il est secteur sauvegardé et a reçu en 2019 le label Ville et Métiers d’Art, pour la vingtaine d’artisans d’art installés sur place et alentour.
Le cinéma y est revenu souvent. Bourvil y chante « Baladin » sur la place des Cornières dans Le Capitan d’André Hunebelle, en 1960. Ridley Scott y a tourné deux fois : pour Les Duellistes, son premier film, puis pour Le Dernier Duel.
Pour la voir vivre, les rendez-vous ne manquent pas : le salon Métiers et Arts début mai, la fête des fleurs le troisième dimanche de mai, des brocantes en juin, août et octobre, la Fête du livre en septembre, et fin juillet une course cycliste nocturne de 65 tours autour de la bastide.
Monpazier doit sa perfection à un paradoxe : conçue pour une frontière disputée, elle a échappé aux destructions qui ont frappé la région. Sept siècles plus tard, le plan dicté en 1284 est toujours là, et c’est du ciel qu’on en mesure la rigueur.
À voir autour
- Fourcès, la seule bastide circulaire du Gers : l’autre forme de ville neuve
- Larressingle : un village resté enfermé dans ses remparts
Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les bastides et villages fortifiés, le dossier La Dordogne vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : monographie de la commune de Monpazier, Wikipédia en français ; données Insee 2023 ; base Mérimée des monuments historiques.
