Vue du ciel, cette bastide de Dordogne est un damier presque parfait, fondé en 1284 pour le roi d’Angleterre

Vue aérienne de la bastide de Monpazier, en Dordogne, et de son plan en damier
La bastide de Monpazier (Dordogne), vue du ciel. Photo : Mairiemonpazier, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Monpazier, en Dordogne, a été fondée en 1284 pour le compte du roi d’Angleterre Édouard Ier. Vue d’en haut, elle se lit comme un plan d’urbaniste : un damier de rues autour d’une place centrale, que ni la guerre de Cent Ans ni les guerres de Religion n’ont effacé.

C’est ce qui fait sa réputation : Monpazier est considérée comme l’un des modèles de bastide les mieux conservés du Sud-Ouest. On lui prête même une influence sur de grands architectes, de Viollet-le-Duc à Le Corbusier. Elle attire 360 000 visiteurs par an, pour 441 habitants en 2023.

Une ville neuve pour tenir une frontière

Après le traité de Paris de 1259, le roi d’Angleterre, maître de la Guyenne, fonde des bastides pour tenir ses terres du Périgord méridional et du nord de l’Agenais. En face, Alphonse de Poitiers a créé Villefranche-du-Périgord en 1261 et Villeréal en 1267. Chaque camp plante ses villes neuves.

Le 7 janvier 1284, un contrat de paréage est signé entre le sénéchal de Guyenne Jean Ier de Grailly, au nom d’Édouard Ier, et Pierre de Gontaut, seigneur de Biron, pour fonder une bastide sur le « Mont Pazier ». Le roi veut fixer des populations face au royaume de France. Les habitants obtiennent de nombreux avantages, dont l’exemption d’impôt et l’abolition du droit seigneurial. Le même souverain signe un an plus tard un acte comparable pour Larressingle et Condom, dans le Gers.

Le damier, pièce par pièce

La bastide est édifiée selon un plan rectangulaire, dit hippodamien, autour de la place des Cornières, bordée de maisons construites entre le XIIIe et le XVIIe siècle. C’est l’exemple même de ce que décrit notre page sur les bastides et villages fortifiés : un acte fondateur, une charte, un plan régulier.

  • La place des Cornières, avec sa halle, cœur géométrique du damier.
  • Trois des six portes fortifiées, encore debout aux entrées de la ville.
  • L’église Saint-Dominique, construite du XIIIe au XVIe siècle.
  • La maison du Chapitre, ancienne grange aux dîmes.
  • L’enceinte, dont le tracé fixe encore les limites du bourg.

D’en haut, le contraste avec Fourcès est saisissant : là où le village gersois s’enroule autour d’une ancienne motte, Monpazier aligne ses rues à angle droit. Deux logiques d’urbanisme médiéval, lisibles en une seule image.

Une frontière disputée

DateÉvénement
1261 et 1267Alphonse de Poitiers fonde Villefranche-du-Périgord et Villeréal
7 janvier 1284Contrat de paréage fondant la bastide
1289Un acte du roi d’Angleterre atteste le chantier de l’église et des remparts
1294Philippe le Bel fait occuper la Guyenne, dont Monpazier
1299Traité de Montreuil-sur-Mer, fin de cette guerre
1316Le roi d’Angleterre unit Monpazier à sa couronne
1461 et 1484Louis XI puis Charles VIII confirment les droits des habitants
La charte d’origine est perdue, mais ses droits sont rappelés par les confirmations royales.

La plus petite commune de Dordogne

Avec 53 hectares seulement, Monpazier est la plus petite commune du département, entièrement centrée sur sa bastide. Sa densité, 832 habitants au kilomètre carré en 2023, est la deuxième de Dordogne après Périgueux. Le village fait partie des Plus Beaux Villages de France, il est secteur sauvegardé et a reçu en 2019 le label Ville et Métiers d’Art, pour la vingtaine d’artisans d’art installés sur place et alentour.

Le cinéma y est revenu souvent. Bourvil y chante « Baladin » sur la place des Cornières dans Le Capitan d’André Hunebelle, en 1960. Ridley Scott y a tourné deux fois : pour Les Duellistes, son premier film, puis pour Le Dernier Duel.

Pour la voir vivre, les rendez-vous ne manquent pas : le salon Métiers et Arts début mai, la fête des fleurs le troisième dimanche de mai, des brocantes en juin, août et octobre, la Fête du livre en septembre, et fin juillet une course cycliste nocturne de 65 tours autour de la bastide.

Monpazier doit sa perfection à un paradoxe : conçue pour une frontière disputée, elle a échappé aux destructions qui ont frappé la région. Sept siècles plus tard, le plan dicté en 1284 est toujours là, et c’est du ciel qu’on en mesure la rigueur.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les bastides et villages fortifiés, le dossier La Dordogne vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : monographie de la commune de Monpazier, Wikipédia en français ; données Insee 2023 ; base Mérimée des monuments historiques.

Questions fréquentes

Pourquoi Monpazier est-elle construite en damier ?

Parce que c'est une bastide, une ville neuve du Moyen Âge conçue d'un seul tenant. Son plan est rectangulaire, dit hippodamien, organisé autour d'une place centrale, la place des Cornières.

Qui a fondé Monpazier ?

La bastide naît d'un contrat de paréage signé le 7 janvier 1284 entre Jean Ier de Grailly, sénéchal de Guyenne agissant pour le roi d'Angleterre Édouard Ier, et Pierre de Gontaut, seigneur de Biron.

Que reste-t-il des fortifications ?

Le plan d'ensemble de la bastide et trois de ses six portes fortifiées, ainsi que des éléments de l'enceinte. L'église Saint-Dominique a été construite du XIIIe au XVIe siècle.

Quels films ont été tournés à Monpazier ?

Le Capitan d'André Hunebelle en 1960, avec Bourvil, puis deux films de Ridley Scott : Les Duellistes, son premier long métrage, et Le Dernier Duel.

Quand visiter Monpazier ?

Le village s'anime lors du salon Métiers et Arts début mai, de la fête des fleurs le troisième dimanche de mai, de brocantes en juin, août et octobre, et de la Fête du livre en septembre.
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