Le jardin classé soixante ans après la villa, sur 2 588 mètres carrés : la villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer

La villa Kérylos sur son avancée rocheuse, au bord de la Méditerranée
La villa Kérylos et son jardin, à Beaulieu-sur-Mer. L'arrêté du 26 mai 2026 classe les dépendances, le jardin et leur parcelle, soixante ans après la villa. Photo : Mullanasrudin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le 26 mai 2026, un arrêté a classé au titre des monuments historiques le jardin et les dépendances de la villa Kérylos, à Beaulieu-sur-Mer, ainsi que la parcelle qui les porte. La villa elle-même est classée depuis le 15 septembre 1966 : près de soixante ans séparent les deux actes.

Le libellé publié par le ministère de la Culture nomme les éléments un par un : les dépendances et le jardin, en totalité, avec la maison de gardien, la cour anglaise au nord de la villa, la galerie des douaniers, le garage à bateau, les fabriques de jardins, les clôtures, portails et murs de soutènement, et la parcelle d’assiette de l’ensemble.

Une maison classée en 1966, son jardin classé en 2026, et entre les deux une inscription de 2024 que le fichier ne montre plus.

Ce que l’acte de 2026 ajoute : rien

C’est le point que nous voulons poser d’emblée, parce qu’il serait facile de se tromper. Le classement de 2026 n’étend pas le périmètre protégé.

Le jardin et les dépendances étaient déjà protégés, par une inscription du 14 novembre 2024 dont le libellé énumère exactement les mêmes éléments. Nous avons comparé les deux textes mot à mot. Les différences tiennent à l’accentuation du nom, au passage des possessifs aux articles définis, à une précision de position, à la reformulation du renvoi au plan annexé, au rappel du numéro de parcelle entre parenthèses, et à deux mots : inscription devient classement.

DateNatureObjet
15 septembre 1966classementla villa, sa décoration intérieure et son mobilier, sur l’ancienne parcelle B 208
14 novembre 2024inscriptionles dépendances, le jardin et leur parcelle d’assiette
26 mai 2026classementles mêmes dépendances, le même jardin, la même parcelle, au degré supérieur
Le champ d’observations de la notice écrit que l’arrêté de classement du 26 mai 2026 se substitue à l’arrêté d’inscription du 14 novembre 2024. Conséquence pratique : le champ des dates de protection ne porte plus aucune inscription, et l’étape de 2024 n’y est plus visible.

Et ce passage d’une inscription à un classement n’a rien d’exceptionnel : nous avons compté, dans l’export national des immeubles protégés, mille deux cent quatorze notices dont le seul champ de dates montre une inscription suivie d’un classement postérieur. Le délai médian entre les deux y est de mille trois cent soixante-seize jours. Les cinq cent cinquante-huit jours de Kérylos sont donc plutôt rapides, mais deux cent quatre-vingt-dix de ces notices, soit près d’un quart, ont fait plus vite encore, jusqu’à deux jours d’intervalle.

Deux mille cinq cent quatre-vingt-huit mètres carrés, et ce qu’ils contiennent

La parcelle d’assiette porte le numéro 108 de la section AH. Sa contenance cadastrale, servie par le service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN à partir des données de l’administration fiscale, est de deux mille cinq cent quatre-vingt-huit mètres carrés.

Il faut lire ce chiffre correctement : c’est la contenance de la parcelle entière, celle qui porte à la fois le jardin, les dépendances et la villa déjà classée en 1966. Ce n’est pas la surface du seul jardin.

Nous avons mesuré la part bâtie plutôt que de l’estimer, en croisant les emprises au sol de la base topographique de l’État avec la géométrie de la parcelle, par sondage de grille. Résultat : huit cent quatre-vingt-deux mètres carrés bâtis sur deux mille cinq cent quatre-vingt-huit, soit trente-quatre pour cent. Le plus grand bâtiment occupe à lui seul huit cent quatre mètres carrés d’emprise, et il est entièrement dans la parcelle.

Deux séries de fréquentation qui ne se rejoignent pas

Les chiffres de visiteurs de ce monument circulent abondamment. Nous en avons trouvé deux séries publiques, et elles divergent.

  • Pour 2021, le ministère de la Culture publie trente-deux mille trois cent vingt entrées, le comité régional du tourisme vingt et un mille huit cent dix-neuf. L’écart est de trente-deux pour cent.
  • Pour 2022, cinquante-deux mille quatre cent dix contre quarante-huit mille trois cent soixante-six.
  • Pour 2024, le Centre des monuments nationaux publie soixante et un mille sept cent huit entrées dans son communiqué du 6 janvier 2025, en hausse de dix-huit pour cent par rapport à 2022 ; la série du comité régional porte cinquante-sept mille trente-quatre.
  • Le maximum de la série du comité régional, sur les années 1987 à 2024, est de soixante-deux mille sept cent vingt-neuf entrées, atteint en 2002.

Nous ne tranchons pas, et nous ajoutons une précision qui compte : la série du ministère est celle du Centre des monuments nationaux arrondie à la dizaine. Il y a donc deux chaînes de comptage indépendantes et non trois, même si plusieurs documents publient des nombres.

Vu du ciel, une pointe rocheuse presque au niveau de l’eau

Ce que l’on voit d’en haut, c’est un bâtiment posé sur un avancement rocheux, presque au niveau de l’eau. Nous avons mesuré au service d’altimétrie de l’État.

Au point que publie la notice de protection, l’altitude est de sept mètres cinquante-neuf. Sur quarante-huit points répartis en grille dans la parcelle, quarante-six rendent une valeur exploitable, et ces valeurs vont de deux mètres quarante-six à huit mètres quatre-vingt-deux. La parcelle est donc à peine surélevée au-dessus de la mer, ce qui explique l’existence de murs de soutènement, aujourd’hui protégés au même titre que le jardin.

Autour, la commune est petite : cent six hectares et six dixièmes, surface publiée par le service de découpage administratif de l’État. Les périmètres d’abords attachés à ce monument, tels que le Géoportail de l’urbanisme les publie, en couvrent trente-trois hectares, soit trente et un pour cent du territoire communal d’après notre propre croisement par sondage de grille. Il faut dire ce que sont ces abords : non pas une protection du monument, mais une servitude qui s’applique à ses environs.

Nos calculs de distance, par la formule de haversine, placent les trois autres monuments protégés de la commune à cent quatre-vingt-neuf mètres, quatre cent quatre-vingt-huit mètres et sept cent huit mètres de la villa. La villa Ephrussi de Rothschild, sur la commune voisine, est à neuf cent trente-quatre mètres : nous le donnons comme un simple constat de distance.

Un dernier mot sur une incohérence que nous avons relevée sans pouvoir la trancher. La fiche de servitude déposée au Géoportail de l’urbanisme sous le nom du jardin qualifie la mesure de 2026 de classement partiel, quand celle déposée sous le nom de la villa la qualifie de classement tout court, et que la notice du ministère porte classé. Les deux fiches du Géoportail relèvent du même dépôt de servitude et ne font donc pas deux sources ; nous n’avons pas pu établir quel service les a produites, mais elles ne disent pas la même chose.

Sources : notice PA00080664 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques et sur la plateforme ouverte du patrimoine, pour les deux classements du 15 septembre 1966 et du 26 mai 2026, le libellé intégral de chacun, la mention de substitution à l’inscription du 14 novembre 2024, le statut juridique, la datation de 1902, le récit de la construction par Emmanuel-Elisée Pontremoli pour Théodore Reinach et les coordonnées ; communiqué de l’Institut de France de janvier 2023, pour le legs et les années de vie de Reinach et de Pontremoli ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, données de l’administration fiscale, pour la contenance de deux mille cinq cent quatre-vingt-huit mètres carrés de la parcelle AH 108 ; Géoportail de l’urbanisme, pour les assiettes de servitude et la qualification divergente de l’acte de 2026, ces fiches relevant du même service producteur que la notice ; série de fréquentation du ministère de la Culture et série du comité régional du tourisme, pour les deux comptages et leurs écarts, la première étant la série du Centre des monuments nationaux arrondie à la dizaine et ne faisant donc pas une chaîne distincte ; communiqué de presse du Centre des monuments nationaux du 6 janvier 2025, pour les soixante et un mille sept cent huit entrées de 2024 et la hausse de dix-huit pour cent par rapport à 2022 ; base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de sondage de grille et de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les huit cent quatre-vingt-deux mètres carrés bâtis, les altitudes, la part du territoire communal dans les abords et les distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 4 novembre 2026, pour les quatre notices de la commune rendues par les deux voies de décompte et les mille deux cent quatorze notices portant une inscription suivie d’un classement. Ne sont pas établis : le texte intégral de l’arrêté du 26 mai 2026, que le ministère déclare consultable sur place seulement, le plan annexé et sa légende, et le contenu du dossier d’inventaire régional, dont la consultation nous a été refusée par un dispositif anti-robot que nous n’avons pas contourné.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui est classé depuis le 26 mai 2026 ?

Le libellé du ministère de la Culture énumère : les dépendances et le jardin de la villa, en totalité, avec la maison de gardien, la cour anglaise au nord de la villa, la galerie des douaniers, le garage à bateau, les fabriques de jardins, les clôtures, portails et murs de soutènement, ainsi que la parcelle d'assiette de l'ensemble. La villa elle-même n'est pas concernée par cet acte : elle est classée depuis 1966.

Le jardin n'était-il pas protégé avant ?

Il l'était, depuis le 14 novembre 2024, par une inscription qui portait exactement sur les mêmes éléments. Nous avons comparé les deux libellés mot à mot : l'acte de 2026 n'ajoute aucun élément à celui de 2024. Il change le degré de protection, l'inscription devenant classement, et il se substitue au précédent. Le champ d'observations de la notice le dit en toutes lettres.

Pourquoi l'inscription de 2024 n'apparaît-elle pas dans les dates de protection ?

Parce que le classement l'a remplacée. Le champ de date et de typologie de la notice ne porte plus que deux classements, celui de 1966 et celui de 2026. L'inscription de 2024 n'y figure nulle part, et ne subsiste que dans le champ d'observations. C'est une limite dont il faut tenir compte : tout décompte fondé sur ce champ manque cette étape.

À qui appartient la villa ?

Le ministère de la Culture range son statut juridique sous la formule propriété d'une personne morale de droit public à statut particulier. Le champ historique de la notice et un communiqué de l'Institut de France établissent que Théodore Reinach, pour qui la villa fut construite, l'a léguée à l'Institut de France, et que ce legs a pris effet à sa mort en 1928.

Combien de visiteurs la villa reçoit-elle ?

Nous ne donnons pas un chiffre, parce que deux séries publiques ne s'accordent pas. Pour 2021, le ministère de la Culture publie trente-deux mille trois cent vingt entrées quand le comité régional du tourisme en compte vingt et un mille huit cent dix-neuf, soit trente-deux pour cent d'écart. Pour 2022, cinquante-deux mille quatre cent dix contre quarante-huit mille trois cent soixante-six. Et il faut préciser que la série du ministère est celle du Centre des monuments nationaux arrondie à la dizaine : ce sont donc deux chaînes de comptage et non trois.
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