Six cent dix hectares de bois enserrés dans la forêt domaniale et sous régime forestier depuis 1975 : le domaine de Chaalis, en Valois

La carte de 1743 de la forêt d'Ermenonville, ses routes de chasse et ses carrefours
La forêt d'Ermenonville levée en mai 1743 pour la commodité des chasses. Le domaine de Chaalis y tient six cent dix hectares de bois, enserrés dans la forêt domaniale. Photo :
Delavigne, N. (16..-17..?). Cartographe
, Public domain, via Wikimedia Commons.

Au sud de l’Oise, six cent dix hectares de bois appartiennent à l’Institut de France et sont gérés comme une forêt publique. Ils sont enserrés dans une forêt domaniale qui, elle, appartient à l’État.

En vidéo : les 610 hectares du domaine de Chaalis, propriété de l'Institut de France au cœur d'une forêt de l'État

Le chiffre est donné à l’are près par le document d’aménagement forestier que l’Office national des forêts a établi pour la période 2017 à 2036 : six cent dix hectares, quarante-sept ares et quatre-vingt-onze centiares de surface cadastrale, répartis en soixante parcelles sur quatre communes.

Cette précision n’est pas une coquetterie de gestionnaire. C’est la seule source que nous ayons trouvée qui donne la surface autrement qu’arrondie, et qui en détaille la répartition.

Une propriété privée, placée sous le régime des forêts publiques, au milieu d’une forêt de l’État.

Propriétaire d’un côté, gestionnaire de l’autre

Le statut de ce bois tient en deux dates et deux institutions, et il faut les tenir ensemble pour le comprendre.

  • La propriété revient à l’Institut de France depuis un legs de 1912. C’est une personne morale de droit public, mais ce n’est ni l’État ni une collectivité.
  • La gestion relève du régime forestier depuis le 8 octobre 1975. Ce régime confie la forêt à l’Office national des forêts, qui l’aménage comme il aménage les forêts domaniales et communales.
  • C’est pourquoi un bois privé fait l’objet d’un document d’aménagement public, consultable, et c’est ce document qui nous donne les chiffres de cet article.

Ce que le classement de 1965 protège, et ce qu’il ne protège pas : l’arrêté du 9 septembre 1965 classe le domaine de l’ancienne abbaye de Chaalis au titre des monuments historiques. Mais son libellé, que la notice du ministère de la Culture reprend, ne nomme que cinq parcelles de la section C, de la vingt et unième à la vingt-cinquième. Les six cent dix hectares de bois ne sont pas dans ce périmètre, et il ne faut pas lire le mot domaine comme s’il les englobait. Une seconde notice protège par ailleurs, depuis le 14 mai 1999, la grange d’une ferme du domaine, sur une parcelle unique.

Un peu moins de la moitié en Valois

Le rattachement de ce domaine au pays demande une précision, parce que la réponse n’est pas celle qu’on attend.

La commune du siège n’appartient pas à la communauté de communes du Pays de Valois, mais à une intercommunalité voisine. La forêt, elle, est à cheval : deux cent soixante-deux hectares sur Ermenonville et huit hectares et demi sur Baron, deux communes qui, elles, sont bien dans le Pays de Valois. Cela fait un peu plus de quarante-quatre pour cent de la surface, et ce pourcentage est notre calcul.

Deux autres indices vont dans le même sens, et le gestionnaire les porte tous deux. L’Office national des forêts prend pour région forestière de référence une région qui porte le nom du pays, et il range la forêt, d’après l’Atlas des paysages de l’Oise qu’il cite, dans une entité paysagère qui le porte aussi. Un découpage administratif dit une chose, un découpage forestier en dit une autre, et nous donnons les deux.

Un mot qui désigne deux choses, et ce que cela fait aux décomptes : le nom de ce pays est aussi celui d’une dynastie royale, et un décompte naïf s’y perd. Nous avons cherché ce mot dans tous les champs de l’export national des immeubles protégés : soixante-dix-neuf notices le portent, et cinquante-quatre d’entre elles sont hors de l’Oise et de l’Aisne, parce qu’elles parlent de la dynastie, d’une rue ou d’une place qui portent ce nom, d’un sculpteur homonyme ou d’une commune de Seine-et-Marne. Tous les décomptes de cet article portent donc sur une liste nommée, les soixante-deux communes de la communauté de communes du Pays de Valois, et jamais sur une recherche en texte libre.

Soixante-huit monuments protégés dans les soixante-deux communes

Sur ce périmètre, l’export national porte soixante-huit notices de monuments historiques, réparties sur trente-cinq des soixante-deux communes. Vingt-sept n’en portent aucune.

Nous avons fait le décompte par les deux chemins, par nom de commune avec un filtre sur le département et par code communal, en éclatant les notices qui portent deux communes : les deux donnent soixante-huit. Sans le filtre départemental, le même test en rendrait soixante-quinze, sept notices d’homonymes entrant dans le compte.

Aucune commune nouvelle ne complique ce périmètre, et aucun des codes communaux disparus de l’Oise n’en relève. C’est assez rare dans ce genre d’exercice pour être noté : sur les autres pays que nous avons traités ces derniers jours, c’est précisément là que les décomptes se faussaient.

Deux chiffres pour les étangs, deux années pour la fondation

Sur deux points, les sources ne s’accordent pas, et l’un des deux désaccords est interne à une seule institution.

QuestionUne réponseUne autre
superficie des étangstrente hectares, selon l’Institut de France, propriétairesoixante-cinq hectares, selon la direction régionale des affaires culturelles
année de fondation de l’abbaye1136, selon l’Office national des forêts, l’Institut de France et la notice du ministère1137, selon une page de la direction régionale des affaires culturelles
Le second désaccord oppose deux publications du ministère de la Culture, la notice de protection et une page de sa direction régionale. Nous ne tranchons ni l’un ni l’autre.

Deux documents qui n’en font qu’un : une page publiée par la direction régionale en 2022 et un rapport de l’Institut de France de 2025 décrivent le domaine par le même inventaire, dans le même ordre, et portent sur les six cent dix hectares la même formule, enserrés dans la forêt domaniale d’Ermenonville. Ils ne font donc pas deux sources sur ce point, et nous ne les comptons pas comme tels. Ce qui donne son assise au chiffre, c’est le document d’aménagement forestier de l’Office national des forêts, qui l’établit par le cadastre et le détaille par commune.

Vu du ciel, une enclave dans un massif de l’État

Ce qui se voit d’en haut, c’est une forêt continue. Ce qui se lit sur un plan cadastral, c’est une enclave : six cent dix hectares de propriété privée au milieu d’un massif domanial, avec une limite qui ne correspond à aucun accident du terrain.

Nous avons calculé deux distances plutôt que de les estimer, par la formule de haversine sur des coordonnées de l’export : neuf kilomètres six jusqu’à la cathédrale de Senlis, et dix-sept kilomètres six jusqu’à l’église Saint-Thomas de Crépy-en-Valois, le chef-lieu du pays.

L’ensemble du massif est par ailleurs couvert par une protection d’une autre nature, un site classé institué par décret du 28 août 1998, qui porte sur douze mille quatre cent soixante-treize hectares et quarante-sept ares d’après l’inventaire que la direction régionale de l’environnement en publie. Ce régime n’est pas celui des monuments historiques, et les deux se superposent sans se confondre.

Une image ancienne dit mieux que tout ce qu’est ce lieu. Une carte de la forêt d’Ermenonville levée en mai 1743, pour la commodité des chasses, en dessine les routes, les carrefours et les chemins, et nomme les bois un par un. Un massif forestier aux portes de l’agglomération parisienne n’est pas une nature laissée à elle-même : c’est un objet dessiné, découpé et administré depuis bientôt trois siècles, et la propriété de l’Institut de France en est une pièce parmi d’autres.

Sources : document d’aménagement forestier de la forêt du domaine de Chaalis pour la période 2017 à 2036, établi par l’Office national des forêts et lu en entier par nos soins, pour la surface cadastrale de six cent dix hectares quarante-sept ares et quatre-vingt-onze centiares, les soixante parcelles, la répartition sur quatre communes dont deux cent soixante-deux hectares sur Ermenonville et huit hectares et demi sur Baron, l’application du régime forestier depuis le 8 octobre 1975, la propriété de l’Institut de France par le legs de 1912, l’année de fondation de 1136 et le rattachement du massif à une région forestière et à une unité paysagère portant le nom du pays ; notice PA00114690 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, pour le classement du 9 septembre 1965 et son libellé limité à cinq parcelles de la section C ; notice PA00114691 du même ministère, pour le classement de la grange de la ferme de Fourcheret du 14 mai 1999 ; pages de la direction régionale des affaires culturelles, pour les soixante-cinq hectares d’étangs et l’année de fondation de 1137, en notant que l’une d’elles décrit le domaine par le même inventaire qu’un rapport de l’Institut de France de 2025 et y reprend sur les six cent dix hectares la même formule, ces deux documents ne faisant donc pas deux sources sur ce point ; publications de l’Institut de France, propriétaire, pour les trente hectares d’étangs ; inventaire des sites de l’Oise publié par la direction régionale de l’environnement, pour le site classé institué par décret du 28 août 1998 et ses douze mille quatre cent soixante-treize hectares quarante-sept ares ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 3 novembre 2026, pour les soixante-huit notices des soixante-deux communes rendues par les deux voies, les trente-cinq communes pourvues, les soixante-quinze que rendrait le même test sans filtre départemental, et les soixante-dix-neuf notices portant le mot Valois dans l’un de leurs champs dont cinquante-quatre hors de l’Oise et de l’Aisne ; interface publique des données communales pour la composition de la communauté de communes, et nos propres calculs de haversine pour les deux distances et de pourcentage pour la part de la forêt située en Pays de Valois. Ne sont pas établis : la superficie des étangs, l’année de fondation de l’abbaye, et l’étendue exacte de ce que recouvre le mot domaine dans l’arrêté de 1965, dont nous n’avons lu que le libellé repris par la notice.

Questions fréquentes

Quelle est la surface exacte de cette forêt ?

Six cent dix hectares, quarante-sept ares et quatre-vingt-onze centiares de surface cadastrale, en soixante parcelles. Ce chiffre vient du document d'aménagement forestier établi par l'Office national des forêts pour la période 2017 à 2036, que nous avons lu en entier. C'est la seule source que nous ayons trouvée qui donne la surface à l'are et qui détaille sa répartition par commune.

Le domaine est-il classé monument historique en totalité ?

Non, et la confusion est facile. L'arrêté du 9 septembre 1965 classe le domaine de l'ancienne abbaye de Chaalis, mais son libellé ne nomme que cinq parcelles de la section C, numérotées de vingt et un à vingt-cinq. Les six cent dix hectares de bois ne sont pas dans ce périmètre. Une autre notice protège par ailleurs la grange d'une ferme du domaine, classée le 14 mai 1999.

À qui appartient cette forêt ?

À l'Institut de France, par un legs de 1912. Mais la propriété ne dit pas tout de la gestion : depuis le 8 octobre 1975, cette forêt relève du régime forestier, ce qui en confie la gestion à l'Office national des forêts. C'est pourquoi elle fait l'objet d'un document d'aménagement comme une forêt publique, alors qu'elle n'appartient ni à l'État ni à une commune.

Le domaine est-il vraiment en Valois ?

En partie seulement, et nous le disons précisément. La commune du siège, Fontaine-Chaalis, n'appartient pas à la communauté de communes du Pays de Valois mais à une autre. En revanche la forêt est à cheval : deux cent soixante-deux hectares sur Ermenonville et huit hectares et demi sur Baron, deux communes du Pays de Valois, soit un peu plus de quarante-quatre pour cent de la surface. L'Office national des forêts prend par ailleurs pour région forestière de référence une région qui porte le nom du pays, et il range la forêt, d'après l'Atlas des paysages de l'Oise qu'il cite, dans une entité paysagère qui le porte aussi.

Quelle est la superficie des étangs ?

Deux chiffres circulent et nous ne les départageons pas. L'Institut de France, propriétaire, écrit trente hectares. La direction régionale des affaires culturelles écrit soixante-cinq. Aucune des deux ne dit ce qu'elle mesure, ni à quelle date.
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