Le château de Pierrefonds, dans l’Oise, ressemble à l’idée que l’on se fait d’un château fort : tours massives, chemin de ronde continu, créneaux impeccables. C’est justement le problème. Cette silhouette ne date pas du Moyen Âge, mais des années 1860.
Le site est pourtant ancien. Au XIIe siècle, un château s’y élève déjà, bâti par le lignage des Nivelon, seigneurs de Pierrefonds. Il n’en reste que des caves. À la fin du même siècle, la place passe au roi Philippe Auguste et entre dans le domaine royal.
Le château de Louis d’Orléans
En 1392, Louis d’Orléans reçoit en apanage le comté de Valois et plusieurs châtellenies, dont Pierrefonds. Quatre ans plus tard, en 1396, il entreprend la reconstruction quasi totale du château. Le nom de l’architecte ne nous est pas parvenu, même si l’édifice est souvent attribué à Raymond du Temple.
Ce chantier donne un château de plaine fortifié, adapté à l’artillerie naissante, dans une région stratégique à la lisière sud-est de la forêt de Compiègne, au nord de Paris. Il traverse deux siècles sans dommage majeur.
1617 : la fin militaire
La rupture vient de la politique. En 1617, le château est assiégé et pris par les troupes du gouverneur de Compiègne, le comte d’Auvergne, envoyées par Richelieu, alors secrétaire d’État à la Guerre. Les bombardements ouvrent une faille en un point faible de la forteresse, près de la porte, et les troupes royales s’y engouffrent.
Le château est ensuite démantelé. Il restera ruine pendant plus de deux siècles, mais une ruine célèbre, visitée, dessinée, qui fait partie du paysage romantique de la région.
Il restera ruine pendant plus de deux siècles, mais une ruine célèbre, visitée, dessinée.
1857 : un empereur, un architecte, un malentendu fécond
Le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte visite le château en 1850. Devenu Napoléon III, il demande en 1857, sur les conseils de Prosper Mérimée, à Eugène Viollet-le-Duc d’entreprendre la restauration de l’édifice. Le chantier commence en janvier 1858 par la tour Hector.
À ce stade, l’ambition est limitée : remettre en état les parties habitables, le donjon et deux tours, en conservant les ruines pittoresques pour le décor. Tout change en 1862, quand le souverain décide d’en faire une résidence impériale, destinée notamment à présenter sa collection d’armes et d’armures. Le château doit donc être entièrement reconstruit.
| Date | Étape | Ce que ça change pour le bâtiment |
|---|---|---|
| 1396 | Reconstruction par Louis d’Orléans | le plan général que l’on voit encore |
| 1617 | Siège et démantèlement | deux siècles de ruine et de pillage des pierres |
| 1850 | Visite de Louis-Napoléon Bonaparte | le point de départ de tout le reste |
| Janvier 1858 | Ouverture du chantier | d’abord une simple remise en état des parties habitables |
| 1862 | Changement de programme | reconstruction totale, pour une résidence impériale |
| 1885 | Arrêt des travaux | la décoration des salles reste inachevée, faute d’argent |
Restauration ou invention ?
C’est le cœur du débat. À l’intérieur, Viollet-le-Duc fait œuvre de création bien plus que de restauration : il imagine ce que le château aurait dû être, sans s’astreindre à l’histoire précise de l’édifice. La cour intérieure, avec ses galeries Renaissance, et les peintures polychromes d’inspiration médiévale, témoignent de cet éclectisme assumé.
À l’extérieur, en revanche, son excellente connaissance de l’art castral du XIVe siècle est manifeste. Dans le parc et les fortifications, il s’autorise un éventail de constructions défensives de toutes époques, avec la même liberté qu’il s’était donnée au château de Roquetaillade.
Le chantier lui survit : après sa mort en 1879, son gendre Maurice Ouradou puis Juste Lisch poursuivent les travaux jusqu’à leur arrêt en 1885. Le coût final atteint cinq millions de francs, dont quatre prélevés sur la liste civile de l’empereur, et la décoration des salles restera inachevée.
Vendu 8 100 francs, racheté 2 700
Entre la ruine et l’empereur, il y a eu un passage par le marché. Au XVIIIe siècle, le château abandonné n’attire que de rares visiteurs. En 1798, il est vendu comme bien national pour 8 100 francs. Napoléon Ier le rachète en 1813 pour 2 700 francs et le rattache aux dépendances de la forêt de Compiègne : le futur chantier de son neveu portera donc sur un bien déjà revenu à l’État.
Le chantier du XIXe siècle avance ensuite par lots, année après année. En décembre 1867, les tours Charlemagne et Josué sont achevées, et le vieux pont est créé devant le châtelet. En décembre 1868, les maçonneries et les couvertures de la chapelle sont terminées.
À l’intérieur, la salle des Preuses donne la mesure de l’ambition : ancienne salle de justice, longue de 52 mètres, large de 9,50 mètres et haute de 12 mètres, couverte d’une voûte en berceau lambrissé. L’escalier du donjon, lui, est entièrement inventé : son départ en perron couvert n’a aucun modèle médiéval, mais il offrait une entrée majestueuse aux appartements impériaux. Depuis 1997, des salles gothiques exposent les sculptures de plâtre commandées par Louis-Philippe pour Versailles, copies de gisants et d’orants de la basilique Saint-Denis.
Ce que la vue d’ensemble montre
Du ciel, Pierrefonds se lit comme une démonstration. Le plan est régulier, les huit tours sont réparties avec une régularité que les châteaux réellement médiévaux ont rarement, parce qu’ils ont été bâtis par étapes, au gré des moyens et des menaces. Ici, tout a été pensé d’un seul geste, par un seul homme, en une décennie.
Il faut dire aussi ce que la reconstruction a sauvé : sans le chantier impérial, il ne resterait probablement de Pierrefonds qu’un tertre et quelques pans de murs, comme ailleurs en France où les forteresses démantelées ont servi de carrière pendant deux siècles.
C’est ce qui rend le lieu si photogénique, et si trompeur. Il a servi de décor à de nombreux films et séries, et a inspiré le château du roi Miraz dans l’adaptation du Prince Caspian. Le château est classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et géré par le Centre des monuments nationaux.
La comparaison avec le château de Biron est éclairante : là-bas, six siècles de chantiers superposés se lisent dans les décrochements du bâti. Ici, il n’y en a aucun.
À voir autour
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Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les châteaux et forteresses, le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice du château de Pierrefonds, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.
