Chambord se compte en chiffres qui ne ressemblent à aucun autre château français : 426 pièces, 77 escaliers, 282 cheminées, 800 chapiteaux sculptés, 156 mètres de façade et 56 mètres de hauteur. Tout cela au milieu d’un parc clos de 50 km², ceint d’un mur de 32 kilomètres, le plus grand d’Europe.
Le château est bâti en Sologne, sur une courbe du Cosson, un petit affluent du Beuvron, à six kilomètres de la Loire et quatorze de Blois. Son nom vient du gaulois cambo-rito, « passage sur la courbe » : il désignait un gué.
Vingt-huit ans de chantier pour un roi
La construction commence en 1519 et se poursuit jusqu’en 1547, sous la supervision de Pierre Nepveu. Les travaux débutent par la destruction de l’ancien château des comtes de Blois et de l’église du village. Ils sont interrompus entre 1525 et 1526, quand le royaume traverse la défaite de Pavie et la captivité du roi.
Le château n’est pas encore achevé lorsque François Ier y reçoit, en décembre 1539, son ancien rival l’empereur Charles Quint : Chambord sert alors de démonstration de puissance. Il faudra attendre Louis XIV, qui y fait neuf séjours entre 1650 et 1685 et confie à Jules Hardouin-Mansart l’achèvement de l’aile ouest entre 1680 et 1686, pour que le projet soit complet.
L’escalier que l’on ne peut pas croiser
Au centre du donjon se trouve la pièce la plus commentée de l’architecture française : un escalier à double révolution. Deux volées s’enroulent en double hélice autour du même axe, si bien que deux personnes qui montent chacune par sa volée s’aperçoivent par les ouvertures sans jamais se rencontrer. À chaque étage, il se déploie en quatre vestibules formant une croix.
Deux volées s’enroulent en double hélice autour du même axe, si bien que deux personnes qui montent chacune par sa volée s’aperçoivent par les ouvertures sans jamais se rencontrer.
Le plan général du donjon suit la même logique : cinq niveaux habitables, quatre appartements carrés et quatre appartements dans les tours rondes par niveau, et quatre couloirs venus des « quatre parties du monde » qui convergent vers l’escalier. Les prospections géophysiques menées en 2003 ont montré qu’un premier projet, encore plus symétrique, avait été abandonné en cours de chantier.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Chantier | 1519-1547, puis achèvement sous Louis XIV |
| Façade | environ 156 mètres |
| Hauteur | 56 mètres, donjon de 44 mètres |
| Pièces, escaliers, cheminées | 426, 77 et 282 |
| Parc clos | environ 50 km², mur de 32 km |
| Achat par l’État | 13 avril 1930, onze millions de francs-or |
| Patrimoine mondial | 1981 |
1939 : le Louvre déménage en Sologne
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Chambord devient le centre de triage des trésors des musées nationaux de Paris et du nord de la France. Le 28 août 1939, la Joconde quitte le Louvre pour la Sologne, accompagnée de cinquante autres tableaux exceptionnels. Au total, 37 convois et 3 690 tableaux prennent le même chemin, avant que certains repartent vers des refuges plus au sud.
Le château échappe de peu aux bombardements, puis au crash d’un bombardier américain en 1944, enfin à un incendie qui réduit en cendres les combles du canton sud le 7 juillet 1945. Le retour des œuvres au Louvre, en 1947, ouvre une remise à niveau qui durera près de trente ans.
Ce que la vue aérienne explique
- La silhouette des toitures, hérissée de cheminées et de tourelles, qui donne au château son profil de ville haute.
- Le plan en croix du donjon, articulé autour de l’escalier central.
- Le mur de 32 kilomètres, qui dessine la limite exacte du domaine dans la forêt.
- Le tracé du Cosson, détourné et canalisé au pied des façades.
Chambord illustre une constante des grands chantiers royaux : le bâtiment a été conçu pour être vu de loin et d’en haut, bien avant qu’on puisse réellement le survoler. La même intention se lit, à une autre échelle, dans le château de Biron, posé sur sa butte pour être visible de toute la vallée.
À voir autour
- Le château de Biron : six siècles de chantiers superposés
- La Mothe-Chandeniers : l’autre destin possible d’un grand château
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice du château de Chambord, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
