Un rapport officiel le jugeait « absolument hideux » : le palais du facteur Cheval est classé depuis 1969

La façade du Palais idéal du facteur Cheval, à Hauterives, dans la Drôme
Le Palais idéal du facteur Cheval, à Hauterives (Drôme). Photo : Zairon, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

En 1964, un rapport du ministère de la Culture décrit le Palais idéal du facteur Cheval comme « absolument hideux ». Cinq ans plus tard, le 23 septembre 1969, le monument est classé, sur l’insistance d’André Malraux. Il est aujourd’hui l’un des bâtiments les plus visités de la Drôme.

Le palais se dresse à Hauterives, près du centre du bourg. Douze mètres de haut, vingt-six mètres de long, une façade couverte de grottes, de colonnes, d’animaux et de géants : l’ensemble a été bâti par un seul homme, Ferdinand Cheval, employé des postes, pendant ses heures libres.

Une pierre dans le chemin, en avril 1879

L’origine tient en un incident. Au cours d’une tournée, en avril 1879, le facteur bute du pied contre une pierre et manque de tomber. La forme de la pierre l’intrigue, il la ramasse : ce sera « la pierre d’achoppement ». Le lendemain, au même endroit, il en trouve d’autres, plus singulières encore.

Il en tire une conclusion : puisque la nature sait faire de la sculpture, lui-même peut se faire architecte et maçon. Pendant les trente-trois années suivantes, il ramasse des pierres sur sa tournée quotidienne, d’abord dans ses poches, puis dans un panier, puis à la brouette, et bâtit la nuit à la lampe à pétrole. Les gens du pays le tiennent pour un excentrique.

Un chantier d’un seul homme

  • Douze mètres de haut, vingt-six de long, sans architecte ni entreprise.
  • Des pierres ramassées sur les chemins, liées à la chaux, au mortier, au ciment et à des armatures métalliques.
  • Un mélange d’inspirations : la Bible, la mythologie hindoue, l’Égypte, et les cartes postales, apparues en France en 1873.
  • Plus de 150 inscriptions gravées sur les façades, dont des textes à vocation poétique.
  • Vingt ans pour la seule façade est, la première commencée.

Le nom même est tardif : Cheval parlait du Temple de la Nature, et n’a adopté celui de Palais idéal qu’après sa rencontre avec le barde alpin Émile Roux Parassac, en 1904.

Le nom même est tardif : Cheval parlait du Temple de la Nature, et n’a adopté celui de Palais idéal qu’après sa rencontre avec le barde alpin Émile Roux Parassac, en 1904.

Des artistes d’abord, l’administration ensuite

Dans les années 1930, l’œuvre reçoit le soutien moral de Pablo Picasso et d’André Breton. Max Ernst, qui séjourne en Ardèche pendant l’Occupation, en est fasciné et lui dédie un tableau. Mais la reconnaissance officielle traîne.

Lorsque le dossier de classement arrive, la plupart des fonctionnaires du ministère y sont défavorables : leur rapport de 1964 est sans appel. André Malraux soutient l’inverse, considérant le palais comme le seul représentant en architecture de l’art naïf, et le classement est prononcé le 23 septembre 1969, peu après son départ du gouvernement.

DateÉtape
Avril 1879La pierre d’achoppement, début de la collecte
1904Le Temple de la Nature devient le Palais idéal
1912Achèvement, Ferdinand Cheval a 76 ans
1964Rapport défavorable du ministère de la Culture
23 septembre 1969Classement au titre des monuments historiques
1984 et 1994La commune de Hauterives devient propriétaire
2018-2019Environ 180 000 visiteurs
Quatre-vingt-dix ans entre la première pierre et la reconnaissance officielle.

Ce que la vue d’ensemble apporte

Au sol, le palais se regarde par fragments : une grotte, un géant, une inscription. Vu d’un peu plus haut, il révèle sa logique de construction, avec une façade est développée pendant vingt ans, d’abord organique puis franchement symétrique, et une façade ouest plus tardive. On y lit, littéralement, la progression d’un autodidacte qui apprend en bâtissant.

Le facteur a poussé la cohérence jusqu’au bout : ne pouvant être enterré dans son palais, il a bâti sa propre tombe au cimetière de Hauterives, avec la même méthode, ainsi que la Villa Alicius voisine. Les trois sont classés.

C’est un cas rare de monument créé sans commande, sans plan et sans métier, que l’institution a fini par adopter. À l’inverse, le château de Lavardens montre ce qui arrive à un chantier lancé par un puissant et jamais terminé.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice du Palais idéal, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré la construction ?

Trente-trois ans, de 1879 à 1912. Ferdinand Cheval avait 76 ans lorsqu'il l'a achevée, et travaillait la nuit à la lueur d'une lampe à pétrole après ses tournées.

Avec quoi le palais est-il construit ?

Des pierres ramassées sur les chemins, assemblées avec de la chaux, du mortier, du ciment et des armatures métalliques, une technique qui anticipe le béton armé.

Pourquoi son classement a-t-il été contesté ?

La plupart des fonctionnaires du ministère y étaient défavorables. Un rapport de 1964 parle d'un ensemble « absolument hideux ». André Malraux a soutenu le classement en défendant la seule architecture naïve au monde.

Le facteur Cheval a-t-il construit autre chose ?

Oui, avec la même méthode : sa propre tombe au cimetière de Hauterives, le tombeau du silence et du repos sans fin, ainsi que la Villa Alicius, voisine du palais. Les trois sont classés.

À qui appartient le palais aujourd'hui ?

À la commune de Hauterives. L'une des petites-filles du facteur lui a légué sa part en 1984, la seconde a vendu la sienne dix ans plus tard.
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