On vient au Gerbier de Jonc voir naître la Loire. La difficulté est que les organismes ne s’accordent pas sur laquelle des sources est la bonne : l’office de tourisme en promeut trois, et la base topographique nationale en porte elle-même deux.
Interrogée par son service de diffusion public, la base de l’institut géographique national rend deux points distincts nommés Source de la Loire, tous deux sur la commune de Sainte-Eulalie, à environ sept cent quinze mètres l’un de l’autre. Et un troisième objet de type source, sans toponyme.
Ce que l’État écrit sur ces sources
La fiche du site classé établie par les services régionaux de l’environnement ne tranche pas davantage. Elle écrit que plusieurs lieux dans les abords du mont revendiquent le titre de sources de la Loire. Revendiquent : le verbe est de l’administration, et il dit exactement l’état du dossier.
Les altitudes, elles, se mesurent. Interrogée aux coordonnées exactes des deux points nommés, l’interface altimétrique nationale rend 1 408,65 mètres et 1 403,41 mètres. Pour la troisième source, celle qui n’a pas de nom, 1 374,34 mètres. Le chiffre de 1 408 mètres que donne l’office de tourisme est cohérent avec la mesure du premier point, mais c’est un chiffre arrondi au mètre : ce n’est pas un recoupement indépendant.
Une précaution s’impose ici : ces valeurs sont des mesures faites sur le modèle de terrain national, et non des chiffres publiés par l’institut. Elles valent comme ordre de grandeur vérifiable, pas comme donnée officielle.
Dans la base nationale, le tracé validé du fleuve commence au pied du point à 1 403 mètres, pas à celui de 1 408.
Le tracé du fleuve part de l’autre
Le résultat le plus inattendu vient de la base elle-même. L’objet dont le toponyme validé est la Loire, un tracé de trente-trois parties et plus de vingt mille sommets, a son extrémité amont à une quarantaine de mètres du point situé à 1 403 mètres. Pas de celui situé à 1 408.
Les tronçons qui descendent du point à 1 408 mètres relèvent d’autres objets, dont le statut du toponyme n’est pas validé mais seulement collecté. Autrement dit, le point le plus haut n’est pas celui auquel se raccorde, dans la base nationale, le tracé validé du fleuve. Nous n’avons pas pu établir laquelle des trois sources aménagées correspond à quel point de la base.
Il faut dire ce que vaut cette observation : c’est une lecture de la base de données, faite en interrogeant son service public de diffusion, et non une désignation officielle. Dans les attributs de la base que nous avons lus, l’institut géographique national n’écrit pas que l’une de ces sources est la bonne. Il décrit des objets, avec des statuts de toponyme différents, et cette différence de statut est elle-même un renseignement.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Points nommés Source de la Loire | deux, plus une source sans nom | base topographique nationale, interrogée le 24 octobre 2026 |
| Écart entre les deux | environ sept cent quinze mètres | même base |
| Altitudes mesurées | 1 408,65 m et 1 403,41 m | interface altimétrique nationale |
| Altitude du sommet | 1 551 m sur la carte, 1 550,15 m mesurés | carte nationale et modèle de terrain |
| Site classé | 27 décembre 1933, 45,61 hectares | services régionaux de l’environnement |
| Monuments historiques | aucune notice pour le mont ni pour les sources | export national des immeubles protégés |
Un classement motivé par le patrimoine scolaire
Le site est classé depuis le 27 décembre 1933, sous un intitulé officiel qui mérite d’être cité : les parcelles de terrain avoisinant le Mont Gerbier des Joncs à Sainte-Eulalie. Il couvre 45,61 hectares sur deux communes, Sainte-Eulalie et Saint-Martial, alors que les deux points nommés Source de la Loire se trouvent tous deux sur la première.
Le motif retenu, d’après la fiche, associe le patrimoine géologique, le paysage, et le patrimoine scolaire. Nous n’avons pas comparé avec d’autres classements pour dire si ce dernier terme est courant ou rare.
La protection au titre des monuments historiques, elle, n’existe pas. L’export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices, rend quatre notices pour Sainte-Eulalie, toutes des fermes, et aucune pour le mont, pour les sources ou pour le monument qui les signale. S’ajoutent au classement un parc naturel régional, un géoparc mondial depuis 2014 et une zone d’inventaire naturaliste de 280 hectares où soixante-deux espèces sont déterminantes.
Sur le nom, un échec de recherche assumé : aucune étude de toponymie n’a pu être trouvée, les hypothèses que l’on croise ne sont portées par aucun auteur nommé dans les pages lues, et ces pages se recopient. Rien n’autorise donc à dire que le nom ne vient pas des joncs : seulement qu’aucun travail établissant son origine n’a été trouvé.
Six millions d’euros et des sentiers qui n’ont pas vu le jour
Le site a été réaménagé, et le document qui le raconte est assez franc pour signaler son propre échec. Un dossier du département décrit un programme engagé dans les années 1990, une politique d’espaces naturels visant explicitement le Gerbier à partir de 1995, l’acquisition en 2008 de l’ancien chalet du Touring Club, un bail emphytéotique en 2011, et une requalification mise en oeuvre jusqu’en 2017 pour six millions d’euros, études et foncier compris.
Le même document note que les portes d’entrée paysagères aménagées devaient desservir des sentiers pédestres qui ne virent pas le jour. Et des dégradations ont été photographiées en 2020 et 2021. Ces éléments viennent d’une source unique, le département, et sont donnés comme tels.
La fréquentation illustre la même prudence nécessaire. Le dossier du département donne deux chiffres : le même paragraphe y figure deux fois, avec cinq cent mille visiteurs dans un cas et trois cent mille dans l’autre. Le document précise que les cinq cent mille, chiffre habituellement avancé, viennent de comptages routiers, et qu’une étude de l’agence départementale du tourisme sur 2018 à 2020, combinant plusieurs méthodes dont l’outil Fluxvision, évalue la fréquentation à trois cent mille. L’éco-compteur du sentier, lui, a relevé 43 700 passages en 2019, portés à 56 000 après correction. Trois méthodes, trois résultats, et elles ne mesurent pas la même chose.
Vu du ciel, le suc de phonolite dresse sa pointe au-dessus d’un plateau de prairies, et l’on distingue très bien, à son pied, les trois filets d’eau qui prétendent au même titre. L’ascension demande environ trente minutes selon l’office de tourisme.
Sources : base topographique nationale de l’institut géographique national, couche du détail hydrographique, interrogée par le service public de diffusion le 24 octobre 2026 ; interface altimétrique du même institut pour les altitudes mesurées ; fiche du site classé des services régionaux de l’environnement d’Auvergne-Rhône-Alpes ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, interrogé le 24 octobre 2026 ; dossier d’opération grand site du département de l’Ardèche pour les aménagements et la fréquentation ; agence départementale de tourisme et office de tourisme de montagne pour les chiffres touristiques, qui diffusent un même enregistrement et ne comptent que pour une source.

