Le rocher de Dabo est classé sur 4 000 mètres carrés seulement, soit moins d’un demi-hectare

Le rocher de Dabo et sa chapelle au-dessus du village, en Moselle
Le rocher de Dabo, en Moselle. Photo : Jörg Braukmann, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

On lit partout que le rocher de Dabo est protégé sur trois hectares. Le classement proprement dit n’en couvre que 4 000 mètres carrés : la roche, et rien d’autre.

Le rocher de Dabo se dresse en Moselle, à la limite du massif vosgien. C’est une butte témoin de grès rose culminant à 664 mètres d’altitude, haute de 30 mètres au-dessus de son socle, longue de 80 mètres et large de 26.

Deux protections, deux régimes, une seule année

Le rocher a été protégé deux fois en 1935, à deux dates différentes et selon deux régimes distincts. Le classement porte sur 4 000 mètres carrés, soit 0,4 hectare, et il concerne la roche elle-même.

L’inscription du 7 octobre 1935 a ajouté 2,6 hectares à la périphérie. En additionnant les deux, on obtient les trois hectares que les brochures annoncent, mais cette addition mélange un classement, qui est le régime le plus contraignant, et une inscription, qui l’est beaucoup moins.

Le critère retenu pour le classement est le critère pittoresque, au titre de la loi du 2 mai 1930, aujourd’hui codifiée aux articles L341-1 à L341-22 du code de l’environnement. On protège donc un point de vue autant qu’une roche.

ÉlémentValeurCe que cela change
surface classée4 000 m2soit 0,4 hectare, la roche seule
surface inscrite2,6 hectaresarrêté du 7 octobre 1935
altitude du sommet664 mètresle chiffre de 647 n’est pas sourcé
hauteur de la paroi30 mètresau-dessus de son socle
dimensions du rocher80 m sur 26 mbutte témoin du Trias inférieur
chapelle Saint-Léonbâtie en 1890, inaugurée en 1892la première démolie en 1889
fréquentationprès de 30 000 visiteurs par anentrées enregistrées par la commune
Le rocher de Dabo en repères.

Une butte qui a résisté

Le rocher est un reste. Il appartient à une formation sédimentaire du Trias inférieur, datée de 251 à 200 millions d’années, qui recouvrait tout le secteur et que l’érosion a emportée, sauf ici.

La roche est du grès vosgien et du conglomérat principal, du Buntsandstein. Ce n’est pas du grès rhétien, erreur fréquente : la lithothèque académique, alimentée par le groupe géosciences et le BRGM, est explicite sur ce point.

Ce qui a sauvé ce bloc tient à une différence de résistance entre ses couches : le conglomérat principal, moins poreux, forme des tables en surplomb au-dessus des grès, et la lithothèque académique note que l’érosion différentielle entre bancs gréseux et conglomérat y est très nette. Le rocher n’est pas pour autant à l’abri : le plan de gestion de l’État décrit des matériaux très poreux qui continuent leur dynamique d’érosion.

Le classement porte sur la roche, l’inscription sur ses abords : additionner les deux fausse le chiffre.

Une chapelle, deux fois

La chapelle actuelle, de style néo-roman, a été construite en 1890 et inaugurée en 1892. Sa tour belvédère a été bâtie en même temps, et c’est elle qui donne le panorama à 360 degrés sur les Vosges gréseuses et, vers l’ouest, sur le plateau lorrain.

Elle a remplacé un premier édifice élevé en hommage au pape saint Léon IX, qui n’a pas résisté au climat. L’humidité, le froid et le vent ont conduit à sa démolition en 1889. La fiche officielle de l’État ajoute une raison administrative à cette disparition : la chapelle fut démolie en 1889, faute de moyens et d’entretien.

Le rocher a été un lieu de pèlerinage jusqu’en 1972. Quant au lieu de naissance de Léon IX, né en 1002 sous le nom de Bruno d’Eguisheim-Dagsbourg, l’État ne tranche pas : il aurait vu le jour à Walscheid, à Dabo ou à Eguisheim.

Un château dont il ne reste rien de visible : le Dagsburg, qui occupait le sommet dès le IXe siècle, a été démoli en 1679 sur ordre de Louis XIV et de Louvois, après un siège. Certains vestiges demeurent, mais enfouis, les remparts notamment. Le nom allemand du rocher, Schlossberg, la montagne du château, est tout ce qui en subsiste en surface.

Pourquoi la surface classée compte

La distinction peut sembler tatillonne. Elle ne l’est pas : dans un site classé, aucun aménagement ne peut modifier l’état ou l’aspect des lieux sans autorisation de l’État, alors qu’un site inscrit impose seulement une déclaration préalable.

Dire que trois hectares sont classés à Dabo revient donc à étendre le régime le plus contraignant à trois hectares, quand il n’en couvre que 0,4. Sur un sommet où le stationnement et les abords posent justement question, l’écart n’est pas théorique.

La fiche officielle est d’ailleurs sobre sur le reste : à la rubrique des inventaires et autres mesures de protection, elle ne mentionne qu’une ZNIEFF et le site inscrit depuis le 7 octobre 1935. Rien de plus.

Un sommet aménagé, et un parking de trop

Le site est ouvert du 1er avril au 31 octobre, de 10 heures à 18 heures, et reçoit près de 30 000 visiteurs par an selon les entrées enregistrées par la commune.

L’État porte un jugement sur son aménagement : l’offre de stationnement propose un trop vaste espace dédié. Le même diagnostic est plus précis encore sur le sommet : la guinguette, le kiosque et les sanitaires installés contre le rocher, là où la vue est une des plus intéressantes, estompent l’effet de belvédère du site.

La commune de Dabo n’est d’ailleurs pas qu’un rocher. Son territoire compte quatre villages, Dabo, Hellert, La Hoube et Schaeferhof, neuf hameaux et quatorze écarts, disséminés dans 4 000 hectares de forêt.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, l’isolement du rocher saute aux yeux. Le plan de gestion en fait une de ses spécificités : le rocher est isolé au milieu d’un espace naturel et agricole, tout en faisant partie des monts des Vosges moyennes. C’est cette position, et l’inaccessibilité protectrice qu’elle donnait, que l’État retient pour expliquer la forteresse comme le panorama.

La vue montre aussi la disproportion entre la chapelle et son support. La chapelle est bâtie sur la plateforme supérieure, que la lithothèque académique donne longue de 80 mètres et large de 30. Les 4 000 mètres carrés classés ne décrivent donc pas cette seule plateforme : l’arrêté porte sur la roche elle-même, parois comprises.

Elle rappelle enfin la nature du massif alentour : les Vosges gréseuses, où le réseau hydrographique a isolé des buttes témoins de forme trapézoïdale, caractéristiques du paysage. Celle de Dabo se voit depuis le Donon, à plus de quinze kilomètres, où elle perce la mer forestière des Moyennes Vosges gréseuses.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.

Sources : DREAL Grand Est, plan de gestion du site classé du rocher de Dabo, 2019, pour les surfaces protégées, les dimensions, la chapelle et le château ; lithothèque de l’académie de Nancy-Metz, alimentée par le groupe géosciences et le BRGM, pour la géologie ; commune de Dabo pour la fréquentation et les conditions d’accès ; Charles Munier, À propos du millénaire de la naissance du pape Léon IX, Revue des sciences religieuses.

Questions fréquentes

Quelle surface est réellement classée ?

4 000 mètres carrés, soit 0,4 hectare, correspondant à la roche elle-même. L'inscription du 7 octobre 1935 a ajouté 2,6 hectares à la périphérie. Les trois hectares que l'on cite couramment additionnent donc un classement et une inscription, qui ne sont pas le même régime juridique.

Quelles sont les dimensions du rocher ?

Un rocher de grès rose culminant à 664 mètres d'altitude, haut de 30 mètres au-dessus de son socle, long de 80 mètres et large de 26. L'altitude de 647 mètres, que l'on trouve sur certains annuaires, n'est confirmée par aucune source officielle.

De quelle roche s'agit-il ?

De grès vosgien et de conglomérat principal, du Buntsandstein, c'est-à-dire du Trias inférieur, entre 251 et 200 millions d'années. Ce n'est pas du grès rhétien, contrairement à ce qu'on lit parfois. Le rocher est une butte témoin : la formation qui l'entourait a été érodée, lui non.

Quand la chapelle a-t-elle été bâtie ?

La chapelle actuelle, de style néo-roman, a été construite en 1890 et inaugurée en 1892, sa tour belvédère étant élevée en même temps. Une première chapelle, antérieure, n'avait pas résisté au climat : l'humidité, le froid et le vent ont conduit à sa démolition en 1889.

Le pape Léon IX est-il né ici ?

On ne sait pas. L'État ne tranche pas : la fiche officielle indique que ce pape, né en 1002 sous le nom de Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg, aurait vu le jour à Walscheid, à Dabo ou à Eguisheim. La chapelle lui est dédiée, ce qui ne prouve rien quant à son lieu de naissance.

Qu'est devenu le château ?

Le Dagsburg a été démoli en 1679 sur ordre de Louis XIV et de Louvois, après un siège. Il ne reste rien de visible au sommet, mais des vestiges sont enfouis, dont les remparts.

Combien de visiteurs ?

Près de 30 000 par an, selon les entrées enregistrées par la commune de Dabo. Le site est ouvert du 1er avril au 31 octobre, de 10 heures à 18 heures.
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