Le 11 août 1944, le phare du cap Fréhel est dynamité. Il datait de 1847, et il n’en reste rien. Pour rallumer le cap, on se tourne alors vers la tour d’à côté, celle de 1702, qui n’avait plus servi depuis près d’un siècle.
Elle portera un feu provisoire pendant six ans, jusqu’au 1er juillet 1950, date d’allumage de la tour carrée actuelle, dont le chantier avait été ouvert en 1946.
Le livret des phares publié en 2025 par le service de l’État qui exploite le feu donne toutes ces dates. La notice de protection du ministère de la Culture confirme la destruction en 1944, le feu provisoire dans la vieille tour et le compte de quatre phares, et un dépliant du département confirme les quatre bâtiments et l’inauguration en 1950. Les autres pages consultées recopient l’une ou l’autre, et ne comptent donc pas.
Quatre tours, pas deux
C’est la correction principale de ce dossier, et elle change le récit. On parle volontiers des deux phares du cap, celui qu’on visite et le vieux. Il y en a eu quatre.
Vers 1650, un premier fanal brûlant trois flambeaux de suif et de térébenthine. En 1702, la tour ronde due à Siméon Garangeau, qu’on appelle tour Vauban et qui sert jusqu’en 1847. Cette année-là, une tour octogonale prend le relais, sur un projet approuvé en 1844. Et en 1950, la tour carrée que l’on voit aujourd’hui.
La tour détruite par la guerre n’est donc ni l’une ni l’autre de celles qui sont debout. Elle a disparu entre les deux.
Une tour de deux siècles et demi a repris du service pendant six ans, faute de mieux.
Un mot que nous n’employons pas
On lit souvent que les falaises du cap mêlent grès rose et porphyre. Nous n’écrivons pas porphyre : ce mot n’apparaît dans aucun des sept corpus géologiques et institutionnels que nous avons interrogés, qui comprennent un inventaire régional du patrimoine géologique, un article de société savante, un dossier de candidature de quatre-vingt-quinze pages et un rapport d’inspection.
Ce que ces sources décrivent est autre chose. Le grès appartient à une formation continentale de l’Ordovicien inférieur, datée d’environ 480 millions d’années, posée en discordance sur une roche magmatique bien plus ancienne. Et ce sont des filons de dolérite qui traversent l’ensemble et modèlent le relief.
Ces filons ont une conséquence que l’on ne soupçonne pas en regardant la falaise : ils créent sur les landes un habitat particulier, avec des prairies à brachypode et à peucédan, qui font la valeur écologique du cap autant que ses oiseaux.
| Construction | Date | Sort |
|---|---|---|
| Premier fanal | vers 1650 | trois flambeaux de suif et de térébenthine |
| Tour ronde, dite tour Vauban | 1702 | en service jusqu’en 1847, toujours debout |
| Tour octogonale | allumée le 1er mai 1847 | dynamitée le 11 août 1944 |
| Feu provisoire | de 1944 à 1950 | porté par la tour de 1702 |
| Tour carrée actuelle | allumée le 1er juillet 1950 | chantier ouvert en 1946 |
| Protection | arrêté du 23 mai 2011 | les deux phares et l’ancienne sirène de brume |
Des oiseaux qui reviennent, et des chiffres datés
Les effectifs d’oiseaux marins du cap varient selon les espèces : les deux alcidés augmentent nettement, la mouette tridactyle stagne. Le guillemot de Troïl est passé de 285 à 359 couples en 2018 à 822 à 884 en 2022. Le pingouin torda, de 27 à 32 couples en 2017 à 97 à 102 en 2022. La mouette tridactyle comptait 276 couples en 2022 et 289 en 2023.
Chacun de ces chiffres porte sa date, et c’est indispensable : une colonie d’oiseaux marins varie d’une année à l’autre, et un effectif sans année ne veut rien dire.
La réserve qui les protège mérite une précision. Ce n’est pas une réserve naturelle nationale mais une réserve associative, portée par une association naturaliste bretonne, sur deux secteurs du cap. Le régime n’est pas le même, et la confusion est fréquente.
Un chiffre à ne pas confondre : la fréquentation d’environ un million de visiteurs par an porte sur le seul cap Fréhel, d’après un rapport d’inspection de 2019. Les 1,7 ou 1,8 million que l’on rencontre ailleurs portent sur les deux caps du secteur réunis.
Le cap est par ailleurs classé par un décret du 1er juillet 1967, sur environ 495 hectares, qui a abrogé des protections antérieures de 1943. Deux zones du réseau Natura 2000 s’y superposent, dont l’une créée en 1990 et élargie en 2008.
Une dernière précision de géographie, et elle n’est pas anodine : le cap se trouve sur la commune de Plévenon, et non sur celle de Fréhel, qui est voisine. Le dépliant du département, qui porte Commune de Fréhel en couverture, entretient lui-même la confusion, et l’export national des monuments range le fort voisin de la Latte sous Fréhel alors que la notice des phares donne bien Plévenon.
Vu d’en haut, le cap est une avancée de grès posée sur la mer, coiffée de landes rases que le vent empêche de boiser, avec deux tours côte à côte et la trace, entre elles, de celle qui a disparu. Nous ne donnons pas de distance de visibilité : la seule portée établie est celle du feu, vingt-neuf milles, et une portée de feu n’est pas une portée de vue.
Ce que les quatre hauteurs mesurent
Quatre chiffres circulent pour ce cap et l’on a vite fait de les opposer : plus de soixante-dix mètres, 32,85 mètres, 85 mètres et 29,60 mètres. Ils ne se contredisent pas, ils mesurent des choses différentes. Plus de soixante-dix mètres est la hauteur de la falaise au-dessus de la mer, et 32,85 mètres celle de la tour. Les deux autres se rapportent au plan focal du feu : 85 mètres comme altitude au-dessus de la mer, 29,60 mètres comme hauteur au-dessus du sol. Nous ne les avons trouvés que dans des fiches techniques non institutionnelles, qui ne s’accordent pas toutes entre elles, et nous ne les garantissons donc pas.
Seule la première est une hauteur de falaise, et c’est un rapport d’inspection de 2019 qui la donne, en écrivant plus de soixante-dix mètres. Les trois autres décrivent le phare. Les mélanger donnerait un cap deux fois plus haut qu’il n’est.
Sources : livret des phares 2025 de la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique Manche Ouest, service exploitant le feu ; notice PA22000032 de l’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; dépliant du département des Côtes-d’Armor ; inventaire régional du patrimoine géologique et dossier de la direction régionale de l’environnement pour la série continentale ; Rolet et Plusquellec, bulletin de la société géologique et minéralogique de Bretagne, 2016 ; rapport d’inspection interministériel du 4 juillet 2019 pour la hauteur des falaises et la fréquentation ; décret du 1er juillet 1967 et arrêté du 23 mai 2011 ; comptages d’oiseaux de 2017 à 2023 publiés par l’association gestionnaire. Les dimensions des tours de 1702 et de 1847 ne sont données que par une encyclopédie collaborative et ne sont donc pas reprises.

