Mis en sommeil en 1967, remis en production en 1984, arrêté en 1995 : le destin des Vieux Salins d’Hyères, dans le Var

Vue aérienne du tombolo de Giens et des salins d'Hyères, dans le Var
Le tombolo de Giens vu du ciel : les salins occupent toute la bande entre les deux bras. Photo : Yyuri1989, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Les deux salins d’Hyères ont cessé de produire du sel la même année, en 1995. Mais l’un des deux avait dormi dix-sept ans avant d’être remis en route, et c’est cette histoire décalée qui explique ce que l’on voit aujourd’hui.

Nous cherchions au départ deux dates d’arrêt distinctes, et il faut dire que nous ne les avons pas trouvées : aucune des sept sources consultées n’en donne deux, et le gestionnaire écrit explicitement pour l’ensemble des sites hyérois. La date commune est 1995, et le Conservatoire du littoral est devenu propriétaire en 2001.

La dissymétrie est ailleurs, et elle est plus intéressante. Le salin des Pesquiers a été créé en 1848 par la Société des Salins et Pêcherie d’Hyères. Les Vieux Salins ont été acquis en 1856 par la Compagnie des Salins du Midi, puis mis en sommeil à partir de 1967, quand celle-ci a pris le contrôle total des Pesquiers. Ils n’ont été remis en production qu’en 1984. Dix-sept ans d’interruption, suivis de onze ans d’activité, puis l’arrêt définitif.

Le gestionnaire classe lui-même le flamant rose en sédentaire non nicheur.

Les flamants ne nichent pas ici

C’est l’erreur la plus répandue sur ce site, et elle mérite d’être corrigée avec précision parce que les sources de gestion sont très claires. Le document d’objectifs Natura 2000 rapporte trois nids trouvés en mai 2013 au bout d’une digue, dont un avec un œuf abandonné. L’année suivante, quatre ou cinq œufs abandonnés, sans trace de nidification, probablement d’oiseaux ayant fui la colonie camarguaise après une prédation.

Et le même document écrit qu’à ce jour la Camargue héberge l’unique site de reproduction en France. Le gestionnaire, de son côté, classe le flamant en sédentaire non nicheur. Des tentatives, donc, mais pas de colonie.

Un oiseau remarquable qui niche vraiment ici est moins connu : le goéland railleur, avec 450 couples et plus de sept cents poussins en 2018, soit près d’un quart de la population française nicheuse. Le site compte donc pour cette espèce, parmi d’autres nicheurs à enjeu majeur selon le gestionnaire, comme l’échasse blanche, l’avocette élégante ou le tadorne de Belon, mais pas pour celle que les visiteurs photographient.

Sur les effectifs de flamants, voici ce qui est daté : 800 à 900 hivernants selon la fiche de 2018, un pic pouvant atteindre 1 800 en août et septembre selon le gestionnaire, 1 200 en période pré-nuptiale, et 562 individus comptés le 8 juin 2017. Un chiffre circule qu’il faut écarter, celui de 24 558 flamants : ce n’est pas un effectif présent mais un cumul d’individus additionnés sur 1 406 relevés au cours d’une même année.

ÉlémentFaitPrécision
Création des Pesquiers1848d’un seul tenant
Acquisition des Vieux Salins1856par la Compagnie des Salins du Midi
Mise en sommeil1967les Vieux Salins seulement
Remise en production1984les Vieux Salins seulement
Arrêt de la production1995les deux salins, sept sources concordantes
Propriété publique2001Conservatoire du littoral
Les surfaces ne figurent pas dans ce tableau : cinq valeurs circulent, de 350 à 3 013,7 hectares, et elles portent sur cinq périmètres différents.

Cinq surfaces qui ne mesurent pas la même chose

Sur l’étendue du site, il faut dire à chaque fois de quoi l’on parle, sans quoi les chiffres paraissent se contredire. Trois cent cinquante hectares pour les Vieux Salins. Cinq cent cinquante pour les Pesquiers. Neuf cents pour le périmètre de la convention internationale. Neuf cent soixante-deux pour la zone de protection spéciale. Et 3 013,7 hectares pour le site classé, qui englobe bien davantage que les salins.

Aucune de ces valeurs n’est fausse, et aucune ne se compare aux autres. Une décision administrative de juillet 2018 attribue d’ailleurs 550 hectares aux Vieux Salins, soit la surface des Pesquiers, seule contre tous les autres documents : nous ne la suivons pas.

Sur la production de sel, nous donnons les chiffres avec leur réserve : trente mille tonnes par an attribuées aux Pesquiers, quarante mille pour les deux réunis. Aucune source ne les rattache à une année précise, et nous ne pouvons donc pas dire de quelle période ils témoignent.

Ce qui protège le site, et ce qui ne le protège pas : l’export national des immeubles protégés rend 38 notices pour la commune d’Hyères, dont aucune sur les salins. Le régime pertinent est celui des sites, avec un décret du 27 décembre 2005, auquel s’ajoutent une zone Natura 2000 de 2003 modifiée en 2018 et une inscription internationale au titre des zones humides le 15 septembre 2008.

Vu d’en haut, les deux salins ne se ressemblent pas, et c’est la meilleure preuve visuelle de leur histoire. Les Pesquiers forment un quadrillage presque parfait, parce qu’ils ont été conçus d’un seul tenant en 1848. Les Vieux Salins présentent au contraire une architecture complexe, patchwork de petites exploitations réunies au dix-neuvième siècle.

Les couleurs, elles, racontent la chimie. L’eau de mer entre à vingt-neuf grammes de sel par litre et se concentre de bassin en bassin, cinquante, cent dix, jusqu’à deux cent soixante grammes au moment de la récolte. La brochure du gestionnaire relie le dégradé de salinité à l’aspect de chaque bassin, et attribue le vert puis le rouge à la salicorne et le rose au plumage des flamants. Le damier que l’on photographie doit donc beaucoup à la salinité, mais nous ne pouvons pas dire quels organismes colorent l’eau à Hyères.

Un désaccord sur la manière dont le site est devenu public

Les sources ne racontent pas le passage à la propriété publique de la même façon, et l’écart n’est pas anodin. Un travail universitaire et le document d’objectifs Natura 2000 parlent d’une expropriation pour utilité publique. Un historien, dans une archive audiovisuelle, décrit un rachat mené avec l’intervention de l’État. Nous donnons les deux, faute d’avoir pu consulter l’acte lui-même.

Nous ne donnons pas non plus de chiffre de fréquentation récent. Le seul que nous ayons trouvé est de trois mille visiteurs en 2007, dans une fiche publiée en 2008, et aucun des sept documents interrogés n’en propose de plus récent. C’est une absence dans ce corpus, pas la preuve qu’aucun comptage n’existe.

Un détail patrimonial mérite enfin d’être signalé, parce qu’il touche justement à la vue. Le sanctuaire Notre-Dame-de-Consolation, sur la hauteur de Costebelle, que le gestionnaire cite comme point de lecture du paysage du salin des Pesquiers, est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 24 juillet 2025. Le point de vue est protégé, le paysage regardé l’est par un autre régime.

Sources : brochure du gestionnaire métropolitain ; article de J. Faget publié dans les travaux scientifiques du parc national de Port-Cros ; fiche officielle du site au titre de la convention de Ramsar, publiée par le ministère chargé de l’environnement ; document d’objectifs Natura 2000 pour les flamants et les surfaces ; bilan ornithologique de 2017 établi avec une association naturaliste ; décret du 27 décembre 2005 pour le site classé ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture. L’acte d’acquisition de 2001 n’a pas pu être consulté, et aucun chiffre de fréquentation postérieur à 2007 ne figure dans les sept documents interrogés.

Questions fréquentes

Quand la production de sel s'est-elle arrêtée ?

En 1995, et pour les deux salins à la fois. Nous avions cherché deux dates distinctes, et aucune des sept sources consultées n'en donne deux : le gestionnaire écrit explicitement pour l'ensemble des sites hyérois. Le Conservatoire du littoral en est devenu propriétaire en 2001. Plusieurs documents l'établissent : une brochure du gestionnaire, le document d'objectifs Natura 2000 et un article scientifique publié dans les travaux scientifiques du parc national de Port-Cros. La fiche officielle de la convention sur les zones humides concorde, mais elle a été rédigée avec le gestionnaire.

Les deux salins ont-ils la même histoire ?

Non, et c'est la vraie dissymétrie du dossier. Le salin des Pesquiers a été créé en 1848, d'un seul tenant, par une société distincte. Les Vieux Salins ont été acquis par la Compagnie des Salins du Midi en 1856, puis mis en sommeil à partir de 1967, quand celle-ci a pris le contrôle total des Pesquiers. Ils n'ont été remis en production qu'en 1984, soit dix-sept ans plus tard, avant l'arrêt commun de 1995.

Les flamants roses nichent-ils aux salins d'Hyères ?

Non, et c'est l'erreur la plus répandue sur ce site. Le document de gestion Natura 2000 rapporte trois nids trouvés en mai 2013 au bout d'une digue, dont un avec un œuf abandonné, puis quatre ou cinq œufs abandonnés en 2014 sans trace de nidification, probablement d'oiseaux ayant fui la colonie camarguaise. Et il écrit qu'à ce jour la Camargue héberge l'unique site de reproduction en France. Le gestionnaire classe lui-même le flamant en sédentaire non nicheur. Parmi les oiseaux remarquables qui nichent vraiment ici, le goéland railleur compte 450 couples et plus de sept cents poussins en 2018.

Combien de flamants y a-t-il ?

Les effectifs datés sont les suivants : 800 à 900 hivernants selon la fiche de 2018, un pic pouvant atteindre 1 800 en août et septembre selon le gestionnaire, 1 200 en période pré-nuptiale, et 562 individus comptés le 8 juin 2017. Attention à un chiffre qui circule, celui de 24 558 flamants : ce n'est pas un effectif présent mais un cumul d'individus additionnés sur 1 406 relevés au cours d'une même année. Il ne doit pas être employé tel quel.

Qu'est-ce qui protège le site ?

Le régime des sites et celui des zones humides, pas celui des monuments historiques : l'export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices, rend 38 notices pour la commune d'Hyères et aucune ne concerne les salins. S'appliquent un site classé par décret du 27 décembre 2005, une zone de protection spéciale du réseau Natura 2000 créée par arrêté de 2003 et modifiée par un arrêté de 2018, et une inscription au titre de la convention internationale sur les zones humides le 15 septembre 2008. Le gestionnaire est la métropole depuis 2004.
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