Trois sources sortent au pied des falaises et aucune au sommet du plateau calcaire : le cirque de Consolation, dans le Doubs

Le cirque de Consolation et la vallée du Dessoubre, dans le Doubs
Le cirque de Consolation : une reculée fermée par un amphithéâtre de falaises calcaires. Photo : JGS25, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Au fond du cirque de Consolation, trois sources sortent de terre : le Dessoubre, le Lançot et le Tabourot. Aucune ne descend du plateau, dont le belvédère domine les sources de 240 à 256 mètres. Elles sortent toutes au pied de la roche.

Les altitudes sont relevées par l’institut géographique national : 600,07 mètres pour le Dessoubre, 602,79 pour le Lançot, 586,05 pour le Tabourot. Au-dessus, le belvédère de la Roche du Prêtre culmine à 842,40 mètres, et le fond du val, au monastère, est à 506,92.

Le mécanisme est donné par l’agence de l’eau du bassin, pour le karst du Dessoubre dans son ensemble : au-dessus des marnes du Lias qui forment le substratum imperméable, les calcaires du Jurassique moyen et supérieur sont karstifiés, avec de nombreux gouffres, dolines et lapiés. La pluie s’infiltre au lieu de ruisseler, et l’eau ressort en grosses sources au fond de la vallée très encaissée du Dessoubre. Les fiches ne nomment pas Consolation et n’expliquent pas site par site la hauteur à laquelle chaque source sort.

Une précision de méthode : le fait observable, trois sources nommées au fond du cirque sous un belvédère à 842 mètres, est établi par la base topographique et par le modèle altimétrique de l’institut géographique, qui sont deux produits d’un même producteur. Mais le mécanisme, pour le bassin du Dessoubre dont Consolation est la source, n’est porté que par l’agence de l’eau, dont les deux fiches ne comptent que pour une source, et qui ne nomme pas Consolation.

Ce qui distingue ce cirque des autres

Le plateau jurassien compte plusieurs reculées de ce genre, et il serait facile d’en refaire l’explication générale. Ce qui est propre à Consolation est plus intéressant : ses sources se font voler une partie de leur bassin.

Selon l’agence de l’eau, les sources du Dessoubre et celles de la Reverotte drainent le Jurassique supérieur, et présentent en étiage des débits modestes en raison de la capture d’une partie de leur bassin par le karst inférieur du Jurassique moyen, dont l’exutoire est la source des Trois Pucelles et des venues d’eau subaquatiques voisines, d’après une étude des pertes de la Reverotte. Dans les reculées de la Seille, sur le premier plateau du Jura, la fiche de la même agence décrit au contraire des sources qui sortent du Jurassique moyen posé sur les marnes du Lias, sans mentionner cette captation.

Les falaises de 350 mètres que l’on cite sont en réalité le dénivelé total du belvédère au fond du val.

Un chiffre que nous corrigeons

Des pages touristiques écrivent que la reculée est surplombée par 350 mètres, ou que le monastère est 350 mètres plus bas que la Roche du Prêtre, et ce chiffre se transforme volontiers en falaises de trois cent cinquante mètres. Ce chiffre n’est pas une hauteur de paroi mais le dénivelé total entre le belvédère et le fond, et il décrit une pente et non un à-pic.

La mesure, prise sur le modèle altimétrique national, donne 335,5 mètres de dénivelé sur 933 mètres de distance horizontale. Cela fait une pente moyenne d’environ vingt degrés sur l’ensemble, et d’environ quarante-cinq degrés entre le belvédère et la source du Lançot (240 mètres de dénivelé pour 240 mètres de distance horizontale) : raide, spectaculaire, mais ce n’est pas une muraille verticale de trois cent cinquante mètres.

Autre confusion à lever, sur les rivières cette fois. La Reverotte ne naît pas dans le cirque : elle rejoint le Dessoubre bien plus loin, à Gigot, ce qu’établissent l’atlas des paysages remarquables de la DREAL, qui les fait se rejoindre à Gigot, et l’existence, de 1989 à 1991, de deux stations de mesure jumelles à cet endroit, l’une pour chaque cours d’eau.

ÉlémentValeurSource
Source du Dessoubre600,07 mètres d’altitudeinstitut géographique national
Source du Lançot602,79 mètresmême relevé
Source du Tabourot586,05 mètresmême relevé
Belvédère de la Roche du Prêtre842,40 mètresmême relevé
Dénivelé jusqu’au fond du val335,5 mètres sur 933 de distancemesure sur le modèle altimétrique
Site inscritarrêté du 14 décembre 1942servitude du portail de l’urbanisme
Le dénivelé et la distance horizontale sont donnés ensemble à dessein : séparés, le premier se lit comme une hauteur de falaise, ce qu’il n’est pas.

Inscrit, et non classé

La protection du site est régulièrement surévaluée. Le cirque est inscrit par arrêté du 14 décembre 1942, et non classé : il ne figure pas dans la liste des sites classés du Doubs publiée par la DREAL (page mise en ligne en 2015, quarante-cinq entrées à notre décompte).

Au titre des monuments historiques, le classement du 27 décembre 1913 ne porte que sur la chapelle et des objets d’art, pour un ensemble daté de 1670 et appartenant aujourd’hui à une association. Attention en cherchant : le mot Consolation rend dix notices dans l’export national de 46 761, dont neuf hors du département. Une seule concerne la commune.

S’y ajoute une zone Natura 2000 de 16 636 hectares sur plus de cinquante communes, par arrêté du 7 mai 2015, et le parc naturel régional créé par décret en septembre 2021.

Un chiffre à ne jamais prendre pour celui des sources : une station de mesure en aval, à Saint-Hippolyte, donne une moyenne de 13,48 mètres cubes par seconde sur les débits mensuels publiés de 1958 à 2026, calculée par nos soins. Mais elle est à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau en aval, et son bassin couvre 615 kilomètres carrés. Ce n’est pas le débit des sources du cirque, et nous ne le présentons pas ainsi.

Au fond du cul-de-sac se tient un monastère, et son histoire suit celle du lieu. Selon l’érudit local Jean-Marie Thiébaud, que La Presse du Doubs reprend presque mot pour mot, ce qui ne fait qu’une source : un oratoire construit en 1432 et 1433, puis en 1670 un couvent de Minimes bâti par une veuve de marquis avec les pierres du château de Châtelneuf-en-Vennes. Vendu comme bien national à la Révolution, son église servit de magasin à fourrage. Petit séminaire de 1833 à 1906, puis de 1920 à 1978. La date de 1670 figure aussi dans la notice PA00101631 du ministère.

Il a ensuite connu, selon France Bleu ICI, une quarantaine d’années d’abandon, avant de rouvrir au public au printemps 2023 après près de deux millions d’euros de travaux. Il est aujourd’hui exploité par une association dont la personne morale dirigeante est le syndicat mixte du parc naturel régional du Doubs Horloger, d’après le registre public des entreprises.

Vu d’en haut, depuis le belvédère, le cirque se lit d’un seul regard et le phénomène devient évident. Le plateau est un terrain karstique, troué de gouffres et de dolines, comme le note l’agence de l’eau. La vallée est en cul-de-sac. Et au fond, à 586 à 603 mètres, l’eau sort en trois points nommés, à quelques centaines de mètres les uns des autres. Ce qui manque en haut se retrouve en bas.

Deux autres précisions valent d’être données, parce qu’elles corrigent des habitudes. Le monastère de 1670 a été bâti par une veuve de marquis, Marie-Henriette de Cusance et de Vergy, avec les pierres du château de Châtelneuf-en-Vennes, selon Jean-Marie Thiébaud. Une autre page web raconte une autre fondation, par un autre marquis, en 1654 ; nous retenons la version de Thiébaud, seule appuyée sur une filiation datée.

Nous ne donnons enfin aucun chiffre de fréquentation. Nous n’avons trouvé aucun compte propre au cirque ni au belvédère dans les pages de Doubs Tourisme, du parc, de l’office de tourisme et de Montagnes du Jura que nous avons consultées. Le seul nombre rencontré porte sur l’ensemble du département et vient d’un organisme de promotion touristique. C’est une absence sur le web, pas une preuve qu’aucun comptage n’existe.

Sources : interface altimétrique (RGE ALTI) et base topographique (BD TOPO) de l’institut géographique national pour les altitudes des sources et du belvédère, et pour les profils ; Jean-Marie Thiébaud, Le couvent et le séminaire de Consolation, repris par La Presse du Doubs, pour l’histoire du monastère, comptés pour une source ; fiches de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse pour le mécanisme karstique, comptées comme une source unique ; atlas des paysages de la direction régionale de l’environnement et stations hydrométriques publiques pour le tracé des cours d’eau ; servitude d’utilité publique du portail national de l’urbanisme pour le site inscrit de 1942 ; notice PA00101631 de l’export national des immeubles protégés ; arrêté du 7 mai 2015 pour la zone Natura 2000 ; données mensuelles publiques de la station de Saint-Hippolyte, citées pour ce qu’elles mesurent et non pour les sources. Les chiffres de la zone naturelle d’inventaire ne sont pas publiés ici : le portail qui les détient a refusé toutes les requêtes.

Questions fréquentes

Pourquoi l'eau sort-elle en bas et non en haut ?

Parce que le plateau est fait de calcaires du Jurassique karstifiés, c'est-à-dire percés de fissures, de gouffres et de dolines, posés sur un substratum de marnes imperméables. L'eau de pluie traverse le calcaire sans ruisseler en surface, descend jusqu'à la couche imperméable, puis circule latéralement jusqu'à ressortir au fond de la vallée. L'agence de l'eau le formule ainsi pour le Dessoubre : au fond de sa vallée très encaissée dans le plateau, émergent de grosses sources karstiques.

Quelles rivières naissent dans le cirque ?

Trois, et l'institut géographique national donne leurs altitudes : le Dessoubre à 600,07 mètres, le Lançot à 602,79 et le Tabourot à 586,05. Attention à une confusion fréquente : la Reverotte ne naît pas ici, elle rejoint le Dessoubre bien plus loin, à Gigot, ce qu'établit l'atlas des paysages remarquables de la DREAL, qui les fait se rejoindre à Gigot.

Quelle est la hauteur des falaises ?

Nous ne la donnons pas, et le chiffre qui circule mérite d'être corrigé. On lit des falaises de 350 mètres : c'est en réalité le dénivelé total entre le belvédère et le fond du val, et non la hauteur d'une paroi. La mesure, prise sur le modèle altimétrique national, donne 335,5 mètres entre le belvédère de la Roche du Prêtre, à 842,40 mètres, et le fond du val au monastère, à 506,92, sur 933 mètres de distance horizontale. Cela décrit une pente, pas un à-pic.

Qu'est-ce qui rend ce cirque différent des autres reculées jurassiennes ?

Le vol de bassin. Selon l'agence de l'eau, les sources du Dessoubre et de la Reverotte drainent le Jurassique supérieur, mais une partie de leur bassin leur est prise en étiage par un karst plus profond, celui du Jurassique moyen, dont l'exutoire se trouve ailleurs. C'est ce qui les distingue des reculées de la Seille, sur le premier plateau, où les sources sortent du Jurassique moyen posé sur les marnes du Lias.

Le site est-il classé ?

Inscrit, et non classé : l'arrêté date du 14 décembre 1942, et le cirque ne figure pas dans la liste des sites classés du Doubs publiée par la DREAL en 2015. Au titre des monuments historiques, le classement du 27 décembre 1913 ne porte que sur la chapelle et des objets d'art, l'ensemble étant daté de 1670 et appartenant à une association. S'y ajoute une zone Natura 2000 de 16 636 hectares sur plus de cinquante communes, désignée par arrêté du 7 mai 2015.
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