Fin juillet 2024, des topographes ont mesuré le puy de Sancy à partir du repère géodésique du sommet et recalculé son altitude pour la première fois depuis 1955. Résultat : 1 884,82 mètres, contre 1 885 affichés jusqu’ici. Selon le géomètre, ce 1 885 n’était qu’un arrondi.
France 3 Auvergne écrit que la dernière mesure officielle, 1 885 mètres, date de 1955. Le géomètre, ingénieur de la société qui a réalisé le relevé, avance avec prudence une autre lecture : on pense que l’ancienne valeur avait été arrondie à la valeur supérieure, la valeur exacte étant 1 884,72 d’après les données de l’IGN de 1955. L’écart serait donc de dix centimètres, vers le haut. Mais il ajoute qu’il ne sait pas si le sommet a réellement bougé : les techniques de 1955 et de 2024 ne sont pas les mêmes. Nous n’avons pas trouvé de publication de l’IGN qui donne ces valeurs.
Selon l’office de tourisme du massif, le calcul est celui du service géodésique de l’institut géographique national, à partir du repère scellé au sommet ; France 3 ne parle de l’IGN que pour les données de 1955. La mesure a eu lieu le vendredi 26 juillet 2024 d’après l’office de tourisme et une autre page de France 3 ; l’article d’exclusivité de la chaîne écrit « vendredi 27 juillet », or le 27 juillet 2024 était un samedi.
De quoi est-il le point culminant ?
Ici une formule très répandue est tout simplement fausse. On lit que le Sancy serait le point culminant de la France métropolitaine hors Alpes et Pyrénées. Le Monte Cinto, en Haute-Corse, atteint environ 2 700 mètres, et la Corse est un territoire métropolitain. La formule ne tient pas.
Trois formulations sont justes, et elles suffisent : point culminant du Massif central, plus haut volcan de France métropolitaine, plus haut sommet d’Auvergne. Le plan de gestion de la réserve naturelle, publié par les services de l’État, écrit point culminant du Massif central ; l’office de tourisme du massif et France 3 Auvergne écrivent plus haut volcan de France métropolitaine. Le livret d’une excursion scientifique internationale de 2025 ne donne que l’altitude, 1 885 mètres, dans la légende d’une photographie.
Selon la base topographique nationale de l’IGN, le point du sommet est rattaché à la commune de Chastreix, alors qu’on l’associe d’ordinaire au Mont-Dore. En réalité le sommet est à la rencontre de plusieurs communes : à quelques mètres, les limites du Mont-Dore et de Chambon-sur-Lac.
Sur les panneaux et les dépliants, l’altitude varie de 1 885 à 1 887 mètres, écrit France 3 ; la mesure de 2024 donne 1 884,82.
Deux volcans superposés, pas un
Le massif ne résulte pas d’un édifice mais de deux, successifs. Celui du Guéry, actif de 3,1 à 1,5 million d’années, puis celui du Sancy, de 1,1 à 0,2 million d’années. Le second couvre seize kilomètres carrés et a connu quatre cycles pyroclastiques.
Un épisode mérite d’être retenu : une éruption plinienne datée d’environ 719 000 ans, dont la cendre atteint encore un mètre quarante d’épaisseur à soixante kilomètres de là. Et une curiosité de géologue, la roche plutonique la plus jeune de France continentale, datée de 278 000 ans.
Est-il éteint ? Les formulations officielles sont prudentes et nous ne tranchons pas. Le portail Géorisques, service d’information de l’État, classe l’Auvergne parmi les territoires sous menace latente, ceux dont les volcans ont probablement eu une activité récente et/ou sont considérés en sommeil, mais cette phrase vise l’Auvergne volcanique dans son ensemble et non l’édifice du Sancy, dont l’activité cesse vers deux cents à deux cent quatre-vingts milliers d’années. Ni Géorisques ni les deux publications géologiques que nous avons lues ne le disent réveillable.
| Élément | Valeur | Précision |
|---|---|---|
| Altitude 2024 | 1 884,82 mètres | service géodésique national |
| Altitude 1955 | 1 885 affichés, 1 884,72 selon le géomètre | arrondi supposé, publication non retrouvée |
| Écart | dix-huit centimètres entre les deux chiffres affichés | sens du changement non établi |
| Volcan du Guéry | de 3,1 à 1,5 million d’années | premier édifice |
| Volcan du Sancy | de 1,1 à 0,2 million d’années | second édifice, seize kilomètres carrés |
| Réserve naturelle | décret du 13 juillet 2007 | 1 894 hectares, cinq communes |
Cinquante mille marcheurs sur trois cents mètres de sentier
Le chiffre qui dit le mieux la pression sur le sommet est celui du sentier sud-est, long d’environ trois cents mètres. Une étude de 2009 y comptait quatre-vingt-dix personnes à l’heure en été et cinquante mille par saison estivale, sur un tracé décrit comme en mauvais état depuis de nombreuses décennies.
La restauration est chiffrée plus qu’elle n’est documentée : cent dix mille euros hors taxes estimés pour cette portion en 2015, mille quatre cents mètres restaurés entre 2005 et 2009 sur les puys voisins, des murets en pierres sèches et des fils guides sur les crêtes depuis 2009, et une seconde tranche estimée à cent quatre-vingt mille euros toutes taxes comprises. Nous n’avons pas trouvé de bilan public disant si la tranche du versant sud-est a été réalisée. Le document est explicite sur un point : dans les années 1990, des projets de travaux ont été refusés par le préfet, parce que le site est classé.
Autre épisode juridique, moins connu. Le Conseil d’État a enjoint à l’État, par une décision du 5 mai 2021, de modifier le décret de la réserve pour autoriser, sous conditions, l’alpinisme hivernal, ce que le décret du 7 juin 2023 a fait sur les versants nord du puy de Sancy.
Deux chiffres d’exploitants, et aucune distance de visibilité : la fréquentation du téléphérique est donnée à 93 000 à 136 000 billets l’été entre 2003 et 2011 par une annexe de plan de gestion, et à 184 492 visiteurs en 2024 par l’office de tourisme. Quant au panorama, nous n’avons trouvé de distance de visibilité dans aucune des pages touristiques et institutionnelles consultées, et nous n’en inventons pas.
Un dernier détail d’histoire, pour le plaisir : le premier téléphérique du massif, construit en 1936 et inauguré en janvier 1937, a été commandé par l’aviateur Dieudonné Costes, celui de la première traversée de l’Atlantique sud sans escale. L’information vient d’une base d’amateurs de remontées mécaniques, et nous la créditons comme telle.
Vu d’en haut, le Sancy ne ressemble pas à un cône mais à une arête dentelée, cernée de cirques et de vallées en auge que les glaciers ont creusés. C’est ce profil, et non une silhouette de volcan, qui trahit son âge : l’édifice a eu le temps d’être profondément érodé par les glaciers et les rivières avant qu’on vienne lui mesurer les centimètres.
Les glaciers, justement, n’ont pas été datés ici. Nous n’avons pas trouvé d’étude publiée donnant l’âge des moraines des monts Dore par les méthodes isotopiques, alors qu’il en existe une pour une vallée voisine du Cantal. C’est un manque, et non un fait.
Sources : office de tourisme du massif pour le calcul de 2024, attribué par lui au service géodésique de l’institut géographique national, dont nous n’avons pas trouvé de publication ; France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, dont l’article avec interview du géomètre avance, avec prudence, l’hypothèse de l’arrondi de 1955 ; plan de gestion de la réserve naturelle publié par la direction régionale de l’environnement d’Auvergne-Rhône-Alpes ; livret de l’excursion de l’association internationale de volcanologie, 2025, conduite par un chercheur du Laboratoire Magmas et Volcans ; Nomade, Scaillet, Pastre et Nehlig, Journal of Volcanology and Geothermal Research, 2012, pour les cycles pyroclastiques ; décret du 13 juillet 2007 pour la réserve naturelle, décret ministériel de 1977 pour le site classé ; décision du Conseil d’État du 5 mai 2021 et décret du 7 juin 2023 ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture. L’inventaire national du patrimoine naturel a répondu par une erreur 404 à toutes nos requêtes, ses chiffres ne sont donc pas lus de première main.

