Épargné par Richelieu et la Révolution, le château de Murol a fini en carrière avant son classement en 1889

Le château de Murol sur sa butte boisée, avec son enceinte basse au premier plan et la haute forteresse sombre au sommet, sous un ciel bleu
Le château de Murol (Puy-de-Dôme), photographié le 31 août 2014. Photo : Pierre André Leclercq, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

En 1889, les ruines du château fort de Murol sont classées monument historique. Au-dessus du village, au pied du massif du Sancy, la forteresse posée sur son promontoire de basalte n’abrite plus personne depuis longtemps. Elle a servi de repaire de brigands, puis de carrière de pierres.

L’histoire du château de Murol, dans le Puy-de-Dôme, tient en trois verbes : construire, agrandir, abandonner. La notice officielle de protection, dans la base Mérimée du ministère de la Culture, reste laconique : elle désigne des « ruines du château fort », situe la campagne principale de construction au XIIIe siècle, rappelle le classement par liste de 1889 et précise que le monument est propriété de la commune. Le reste se reconstitue à partir des documents du château lui-même, d’un fonds d’archives rare laissé par un seigneur du début du XVe siècle, et de ce que les archéologues ont pu lire dans les murs.

Un promontoire de basalte au croisement de trois routes

Le château occupe le sommet d’un promontoire basaltique, selon les documents de visite édités par le site. La page historique du château indique qu’il a été fondé au XIe siècle et que sa vocation première était le commandement de trois routes régionales importantes. Elle décrit la seigneurie comme un territoire situé au cœur d’une région fertile, prospère et fortement peuplée, au carrefour de voies essentielles.

Le dépliant de la Route historique des châteaux d’Auvergne, édité en 2020, précise que le château surplombe les routes de Besse et de Chambon-sur-Lac, dont une ancienne voie romaine, et que sa forme est adaptée au piton rocheux sur lequel il est construit. Wikipédia décrit de même une enceinte intérieure polygonale qui épouse les contours du socle basaltique.

Ce n’est pas le seul relief volcanique du département associé à une histoire militaire : le site a aussi raconté le plateau de Gergovie, ancien fond de vallée devenu hauteur.

Les sources consultées s’accordent sur trois atouts du site :

  • une position dominante, au pied du massif du Sancy ;
  • le contrôle de routes régionales, dont une ancienne voie romaine selon le dépliant de 2020 ;
  • une base rocheuse qui dicte le plan de la forteresse, présentée comme un atout contre les attaques par le dépliant de 2020.

Du XIe au XIVe siècle, une construction dont les dates divergent

Sur l’origine, les documents ne disent pas la même chose. Le site officiel et ses dépliants de 2021 et 2025 parlent d’un château bâti à partir du XIe siècle. Le dépliant de la Route historique des châteaux d’Auvergne attribue la construction aux seigneurs de Chambe au XIIe siècle. La notice Mérimée, elle, retient le XIIIe siècle comme siècle de la campagne principale de construction. Wikipédia décrit de son côté un château agrandi et renforcé régulièrement entre le XIIe et le XVe siècle.

D’après l’article de Wikipédia consacré au château, la famille Chamba tenait Murol au XIIIe siècle en fief de l’évêque de Clermont, et l’héritière Surianne Chamba épousa en 1284 Guillaume Sans, venu de Limagne. Le nom de Murol aurait ensuite remplacé celui de Sans dans la famille. Selon le site du château, les seigneurs de Murol jouissent aux XIIIe et XIVe siècles d’une situation importante en Auvergne.

La guerre de Cent Ans touche la région. Le site officiel affirme que le château n’a jamais été pris par les Anglais, mais que les ravages de la peste ont provoqué l’abandon de nombreux villages alentour.

Guillaume de Murol, vingt ans de chantier et deux registres

Le personnage central de cette histoire est Guillaume de Murol. Les dépliants du château indiquent qu’il devient seigneur du domaine en 1383 et le reste jusqu’à sa mort en 1440. Selon la page historique, des travaux de renforcement sont menés dans les années 1390 par Guillaume II de Murol, qui, retiré sur ses terres après une vie de chevalier aventureux, traite pendant vingt ans toutes ses affaires lui-même, agrandit et restaure sa forteresse.

Le dépliant de la Route historique des châteaux d’Auvergne lui attribue, sous le nom de Guillaume de Sam, l’achèvement de la forteresse inférieure, la construction du donjon, de la deuxième chapelle et des bâtiments de l’Est, en reprenant les modes architecturales romanes. Ce document date ces travaux de 1380, soit trois ans avant la date d’accession donnée par les autres dépliants.

Murol se distingue aussi par ses archives. Guillaume tient deux registres où, selon le site, poésies et souvenirs personnels se mêlent aux chiffres, ainsi qu’un long testament autobiographique. Les dépliants présentent ce journal comme unique : aucun autre château en France ne disposerait d’un tel document. L’historien Pierre Charbonnier lui a consacré en 1973 une étude de 523 pages, publiée par l’Institut d’études du Massif central sous le titre « Guillaume de Murol, un petit seigneur auvergnat au début du XVe siècle ».

Ces registres servent aujourd’hui de base à la visite. Le parcours reconstitue la vie du château au début du XVe siècle, avec le cellier, le bureau de Guillaume et la chambre de son épouse Guyotte de Tournon, selon le dépliant 2025.

Les Estaing et la forteresse de l’artillerie

La seigneurie change de famille au XVe siècle. Wikipédia situe en 1455 le mariage de Gaspard d’Estaing et de Jeanne de Murol, dernière héritière de la maison, et date de la fin du siècle le passage du château aux Estaing. Le site officiel écrit qu’entre le XVe et le début du XVIIe siècle, la forteresse, propriété de la famille d’Estaing, continue à s’adapter aux évolutions militaires.

Les traces de cette adaptation sont décrites ainsi :

  • une vaste enceinte bastionnée au pied de la roche, attribuée à François Ier d’Estaing par la notice de Wikipédia ;
  • un palais de style Renaissance sur le côté est, avec un jardin suspendu, resté inachevé selon la même source ;
  • une couleuvrine de 1574 au nom de François d’Estaing, découverte ensevelie dans le château et présentée aux visiteurs selon le dépliant 2021.

Une couleuvrine est une pièce d’artillerie. Sa présence illustre la formule du site officiel, selon laquelle la forteresse a continué à s’adapter aux évolutions militaires sous les Estaing.

Abandon, brigands et carrière de pierres

La fin de Murol n’est pas un démantèlement. Le site officiel indique qu’il a été épargné par la politique de désarmement de Richelieu, puis par la Révolution française. Il perd ensuite peu à peu toute fonction résidentielle et devient successivement un repaire de brigands et une carrière de pierres. Le château n’a pas été démantelé sur ordre : il a perdu ses habitants, puis servi de carrière de pierres.

Le château n’a pas été démantelé sur ordre : il a perdu ses habitants, puis servi de carrière de pierres.

C’est en ruine que Guy de Maupassant le décrit dans son conte Humble drame. Le narrateur y découvre une « tour géante debout sur son pic » et, à l’intérieur, « un dédale de pierres ». Le parcours de Murol fait contraste avec celui de Pierrefonds, ruine reconstruite par Viollet-le-Duc pour Napoléon III : à Murol, l’option retenue a été de conserver la ruine.

La protection arrive en 1889 avec le classement. Selon le site du château, l’année suivante, son dernier propriétaire, Henri-Guillaume de Chabrol, le donne au département du Puy-de-Dôme, qui le cède à la commune de Murol en 1953. La commune en est toujours propriétaire, et la gestion est confiée à la société Kléber Rossillon. Dans un bilan publié en décembre 2023, ce gestionnaire annonçait 180 000 visiteurs pour l’année, un record en hausse de 12 %.

RepèreValeurSource
FondationXIe siècleSite du château
Campagne principale de constructionXIIIe siècleNotice Mérimée PA00092213
Guillaume de Murol seigneur1383 à 1440Dépliants du château
Couleuvrine de François d’Estaing1574Dépliant 2021 du château
Classement monument historique1889Notice Mérimée PA00092213
Fréquentation annoncée180 000 visiteurs en 2023Kléber Rossillon
Chiffres clés du château de Murol

Ce que l’on ne sait pas encore

Plusieurs points restent fragiles. La date de fondation varie selon les documents, du XIe au XIIIe siècle. Les travaux de Guillaume sont datés de 1380 par un dépliant et des années 1390 par le site officiel. La donation du comte de Chabrol est placée en 1890 par le site du château, tandis que Wikipédia écrit 1880. Le dépliant de la Route historique des châteaux d’Auvergne donne même 1958 pour le classement, alors que la notice Mérimée, qui fait foi juridiquement, indique 1889.

L’altitude pose aussi question. Le site officiel indique que Murol culmine à 1 050 mètres. Wikipédia situe de son côté le château « à près de mille mètres d’altitude ».

Enfin, l’étude archéologique dirigée par Dominique Allios, publiée en 2015 aux Presses universitaires de Rennes sous le titre « Murol, la forteresse muette », retrace les étapes de la construction et tente de les reconstituer à partir du silence des pierres, selon sa présentation.

Questions fréquentes

De quand date le château de Murol ?

Le site officiel le dit fondé au XIe siècle. La notice Mérimée du ministère de la Culture situe la campagne principale de construction au XIIIe siècle, et un dépliant de la Route historique des châteaux d'Auvergne parle du XIIe siècle.

Sur quelle roche le château est-il construit ?

Les documents du château décrivent un promontoire basaltique. Le plan de l'enceinte intérieure suit la forme de ce socle rocheux.

Qui était Guillaume de Murol ?

C'est le seigneur du domaine de 1383 à sa mort en 1440, selon les dépliants du château. Il a renforcé la forteresse et tenu deux registres mêlant comptes, poèmes et souvenirs, étudiés par l'historien Pierre Charbonnier en 1973.

Pourquoi le château est-il en ruine ?

Il n'a pas été démantelé : épargné par Richelieu puis par la Révolution, il a perdu sa fonction résidentielle. Il a ensuite servi de repaire de brigands puis de carrière de pierres, selon le site du château.

À qui appartient le château aujourd'hui ?

À la commune de Murol, qui l'a reçu du département du Puy-de-Dôme en 1953. Le site est géré par la société Kléber Rossillon.

Le château se visite-t-il ?

Oui, il est ouvert au public avec un parcours qui reconstitue la vie du château au XVe siècle. Les horaires changent selon la saison et sont publiés sur le site officiel du château.
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