Le lac d’Issarlès occupe un cratère d’explosion, et son niveau monte et descend de plus de vingt mètres selon la saison. En été, il est tenu à 998 mètres par obligation réglementaire. Le 3 janvier 2024, il était à 977.
Vingt et un mètres d’écart, et ce qui apparaît alors n’est pas une vasière mais les falaises intérieures du cratère, que l’eau cache le reste de l’année. Un journaliste les a photographiées ce jour-là.
Deux sources distinctes établissent le régime du lac : un travail universitaire soutenu en juin 2020, qui relève une oscillation entre 960 et 1 001 mètres selon la régulation de l’exploitant et une prise d’eau à cinquante mètres sous le niveau, et un reportage de radio publique du 4 janvier 2024. Elles convergent sans se citer.
Une précision de méthode s’impose : ces cotes viennent en dernière analyse du cahier des charges de la concession, auquel l’accès nous a été refusé. Nos deux sources en sont donc deux lectures secondes du même règlement, et non deux mesures indépendantes.
Un lac devenu réservoir en 1954
Avant les travaux menés de 1947 à 1954, le niveau du lac était stable, autour de 997 mètres. Le chiffre remonte à un sondage de 1898, transmis par deux relais successifs jusqu’au travail de 2020.
Et c’est ici que la chronologie devient savoureuse. Le lac a été classé au titre des sites le 16 janvier 1935, soit dix-neuf ans avant l’aménagement. L’État a donc classé pour son paysage un lac dont le niveau ne bougeait pas, puis a autorisé qu’on le fasse monter et descendre de vingt mètres.
Son bassin versant artificiel est soixante-cinq fois plus grand que son bassin versant naturel.
Soixante-cinq fois son bassin naturel
Le chiffre qui dit le mieux ce que l’aménagement a fait à ce lac est celui-là : son bassin versant anthropique, c’est-à-dire le territoire dont les eaux lui sont amenées par des ouvrages, est soixante-cinq fois plus grand que son bassin versant naturel. Il vient du travail universitaire de 2020.
Autrement dit, ce n’est plus la pluie tombée autour du cratère qui remplit le lac, mais un réseau de galeries. Et ces galeries font quelque chose de remarquable : elles passent sous la ligne de partage des eaux. Les trois retenues de l’aménagement sont sur le bassin de la Loire, et l’eau est envoyée vers l’Ardèche, donc vers la Méditerranée. On fait passer une eau atlantique de l’autre côté.
Un mot de vocabulaire, pour finir sur ce point : l’usine s’appelle usine de Montpezat, du nom de la commune où elle se trouve, et non centrale du lac d’Issarlès. Le lac est le réservoir, pas l’usine.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Cote d’été | 998 mètres, tenue du 15 juin au 15 septembre | travail universitaire de 2020 |
| Cote du 3 janvier 2024 | 977 mètres | radio publique, photographies du jour |
| Plancher autorisé | 960 mètres | deux sources concordantes |
| Niveau avant 1954 | stable autour de 997 mètres | sondage de 1898, par relais |
| Bassin versant artificiel | soixante-cinq fois le naturel | travail universitaire de 2020 |
| Site classé | 16 janvier 1935, 91,23 hectares | fiche régionale de l’environnement |
Deux chiffres que nous ne donnons pas
La profondeur d’abord. Les travaux scientifiques retiennent 108 mètres, valeur appuyée sur un sondage de 1898 et sur l’implantation des carottages. Une fiche régionale écrit environ 138 mètres. L’écart est de trente mètres et personne ne l’explique, nous ne choisissons donc pas.
L’âge ensuite. Les 80 000 ans que l’on lit partout ne sont pas établis. Une universitaire avance 50 000 à 60 000 ans par thermoluminescence, et sa précision est plus intéressante que son chiffre : le lac n’a jamais été précisément daté jusqu’à présent.
Nous ne reprenons pas non plus le rang de troisième lac naturel le plus profond de France, que nous n’avons retrouvé que dans une encyclopédie collaborative. Deux formulations sont attribuables, l’une des plus profonds de France selon la fiche régionale, sans critère énoncé, et le plus profond lac de maar de France selon un spécialiste, avec un critère explicite.
Pourquoi la baignade n’est surveillée qu’en été : la période de baignade surveillée coïncide avec celle où l’exploitant doit tenir la cote. L’office de tourisme donne une baignade surveillée en juillet et août et une base nautique. Nous n’avons pas pu lire les relevés sanitaires officiels, dont le site ne rend qu’une page vide.
Vu d’en haut, le lac est un disque presque parfait d’un kilomètre de diamètre environ, posé à quelque mille mètres d’altitude, sans ruisseau qui y entre ni qui en sorte. C’est la signature d’un maar, un cratère creusé par la rencontre du magma et de l’eau souterraine. En hiver, ce disque se borde d’un anneau clair : la roche que l’eau découvre, et qui donne la mesure de ce que l’exploitation a changé dans ce paysage.
Comment se creuse un cratère de ce genre
Un maar ne se forme pas comme un cone volcanique. Il naît d’une rencontre : le magma qui monte atteint une nappe d’eau souterraine, l’eau se vaporise brutalement, et l’explosion creuse un entonnoir dans le terrain préexistant au lieu d’édifier un relief. C’est pourquoi le lac d’Issarlès est en creux dans un plateau, et non au sommet d’une montagne.
Cela explique aussi l’absence d’exutoire. Le cratère n’a ni ruisseau entrant ni ruisseau sortant. Son bassin versant naturel est petit, au point que celui que lui apportent aujourd’hui les galeries est soixante-cinq fois plus grand. Le seul lien naturel connu avec l’extérieur est une résurgence à l’ouest, qui relie ses eaux à la Loire.
Sur l’âge de cette explosion, nous avons dit notre prudence. Il faut y ajouter une remarque de la chercheuse qui propose la fourchette la plus basse : ce n’est pas seulement que les 80 000 ans sont incertains, c’est que le lac n’a jamais fait l’objet d’une datation précise. L’un des lacs les plus connus d’Ardèche n’a donc pas d’âge établi.
Sources : Victor Arricau, mémoire de master soutenu le 30 juin 2020 à l’université Toulouse Jean Jaurès, laboratoire GEODE, sous la direction d’Emmanuel Chapron ; reportage de la radio publique régionale du 4 janvier 2024, avec photographies prises la veille ; fiche de présentation du site classé de la direction régionale de l’environnement d’Auvergne-Rhône-Alpes ; sondage de Delebecque de 1898, connu par deux relais successifs ; datation par thermoluminescence avancée par une chercheuse de l’université Clermont Auvergne ; office de tourisme pour la baignade, page consultée le 26 octobre 2026 ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture. Les documents de l’exploitant, qui porteraient les cotes officielles de première main, nous ont été refusés.

