Cinq clochers de tourmente protégés depuis 1992, aucune montjoie du mont Lozère : les repères du massif

Les crêtes du mont Lozère et ses chaos de granite
Les crêtes du mont Lozère : un plateau de granite où la neige efface tous les repères. Photo : Jcmarchand, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Sur le mont Lozère, deux patrimoines de repérage répondent au même danger : la tourmente, cette neige poussée par le vent dans laquelle on perd le chemin. L’un est protégé par l’État au titre des monuments historiques, l’autre pas.

Le patrimoine protégé est sonore. Cinq clochers de tourmente, bâtis par les habitants au début du dix-neuvième siècle et majoritairement en granite, sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 1992. Le Parc national des Cévennes en dénombre cinq sur les flancs du massif, et l’export national des immeubles protégés, 46 761 notices, confirme exactement ces cinq ouvrages.

Le patrimoine non protégé est visuel. Ce sont les montjoies du mont Lozère, ces pierres dressées qui jalonnent les chemins de transhumance pour les rendre lisibles sous la neige. Aucune ne figure parmi les 46 761 notices de l’export national : la seule notice qui porte la dénomination montjoie concerne Montmorillon, dans la Vienne, et aucune ne se trouve en Lozère. Et le mot draille, qui désigne le chemin lui-même, n’en rend aucune non plus.

Les repères qu’on entendait sont protégés. Les repères qu’on voyait ne le sont pas.

Une cloche toutes les quinze minutes, jour et nuit

Le parc national décrit précisément l’usage. La tourmente, écrit-il, ce sont de fortes chutes de neige accompagnées de violentes bourrasques de vent mais aussi un épais brouillard. Quand elle sévissait, la cloche était actionnée de jour comme de nuit, environ tous les quarts d’heure. Tel un phare dans la nuit, dit le parc, son tintement permettait à l’égaré de retrouver son chemin.

Les cinq ouvrages sont à Saint-Julien-du-Tournel pour trois d’entre eux, aux hameaux d’Auriac, d’Oultet et des Sagnes, à Saint-Étienne-du-Valdonnez pour celui de La Fage, et à Mas-d’Orcières pour celui de Serviès. Quatre ont été protégés le 17 juillet 1992, le cinquième le 4 septembre de la même année.

Une nuance de vocabulaire mérite d’être signalée, parce qu’elle revient partout. Le parc écrit que ces clochers sont classés monuments historiques. L’export national, lui, porte la mention inscrit, qui est un degré de protection moindre. C’est l’export qui fait foi.

RepèreStatutCe que rend l’export national
Clochers de tourmenteinscrits en 1992cinq notices, communes conformes
Montjoies du mont Lozèreaucune protection au titre des monuments historiqueszéro notice
Draillesaucune protection au titre des monuments historiqueszéro notice pour le mot draille
Pont du Pont-de-Montvertinscrit8 décembre 1950
Château de Grisacclassé et inscrit21 décembre 1984
Export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé commune par commune sur le massif.

Des pierres dont personne ne se souvient de l’origine

Sur les montjoies elles-mêmes, deux institutions parlent, l’une pour les décrire, l’autre sur le ton du conte, et ce qui est établi est modeste. L’Entente interdépartementale des Causses et des Cévennes, chargée de la gestion du bien inscrit au patrimoine mondial, les décrit comme des pierres dressées de 1,50 à 2 mètres de haut bordant des chemins de transhumance afin de marquer le chemin, mais aussi de se repérer en cas de brouillard ou de neige.

Le parc national, sur son portail de randonnée, évoque des cailloux pointus de 2,50 mètres de haut, mais dans un passage de conte qui invite le lecteur à se prendre pour un géant. C’est une image et non une mesure : nous ne retenons que la fourchette de l’Entente.

Ce qu’il faut se garder d’écrire : que ces pierres sont médiévales. Le parc écrit noir sur blanc que c’était il y a si longtemps que personne ne se souvient de leur origine. Le seul acte daté rattaché à des montjoies dans ces sources est, selon l’Entente, l’érection de montjoies en 1745 à La Can de l’Hospitalet par les États du Gévaudan, sur d’anciennes voies commerciales et non sur les chemins de transhumance du massif.

Le comptage, lui, reste introuvable. Nous n’avons trouvé aucun recensement publié, ni total, ni partiel, ni daté, ni signé. Ont été interrogés l’export national des monuments historiques, le site du parc et son portail de randonnée, celui de l’Entente, et l’atlas des paysages du parc, dont la fiche du grand ensemble Mont Lozère a été lue intégralement sans qu’y apparaisse une seule fois le mot montjoie.

Cette absence vaut pour les corpus interrogés, et pas au-delà. Le service de l’inventaire du patrimoine du Département de la Lozère et le service régional de l’archéologie d’Occitanie n’ont pas été interrogés directement, et c’est là qu’un tel inventaire aurait le plus de chances de dormir. Le Département annonce d’ailleurs sur son site procéder à un recensement méthodique de son patrimoine bâti et archéologique, sans y citer les montjoies.

  • Les 146 croix de Malte qui circulent désignent les bornes de l’ancienne commanderie hospitalière, que l’Entente décrit comme des pierres dressées d’un mètre de haut en général, sculptées d’une croix : un autre objet que les montjoies, et un chiffre qui vient d’un office de tourisme sans seconde source.
  • Les menhirs des Bondons, que des sources touristiques disent au nombre de près de deux cents et rattachent au Néolithique, sont un autre patrimoine, sans rapport avec les montjoies. L’export national en protège une partie : sept notices d’inscription de 1941 pour la commune.
  • Le maillage des drailles atteint près de 800 kilomètres selon le parc, qui signale que de nombreux tronçons se dégradent.

Mille six cent quatre-vingt-dix-neuf mètres, et trois noms

Le sommet est à 1 699 mètres, et deux institutions le confirment. Le répertoire de toponymes de l’institut géographique le localise, et son modèle altimétrique rend 1 699,11 mètres à ce point exact ; une grille de 121 points balayée autour ne donne aucune valeur au-delà de 1 685 mètres. La direction régionale de l’environnement écrit de son côté 1 699 mètres dans la fiche du site Natura 2000.

Curiosité administrative : le même point porte trois noms selon qui l’écrit. Sommet de Finiels pour l’institut géographique, pic du Finiels pour la direction régionale, signal de Finiels pour le parc national.

Le massif est une échine de granites mis en place il y a environ 305 à 310 millions d’années, et, selon l’association de géologues GéoLozère, le plus haut sommet non volcanique du Massif central. Le parc national, créé le 2 septembre 1970, y superpose une zone cœur de 937 kilomètres carrés sur trente-neuf communes et une aire d’adhésion de 2 180 kilomètres carrés sur cent quatorze. Le site Natura 2000 du mont Lozère couvre 11 778 hectares et, précise la direction régionale, se trouve intégralement inclus dans le cœur du parc.

Reste le climat, qui explique tout le reste. À la station de référence la plus proche, à 1 418 mètres et à trois kilomètres du sommet, la moyenne annuelle est de 6,9 degrés sur la période 1998-2020, avec 1 192,5 millimètres de précipitations et un record de 19,1 degrés sous zéro le 4 février 2012. Plus bas, au bourg du Bleymard, on compte 44,8 jours par hiver avec au moins un centimètre de neige au sol, et un maximum de cent centimètres le 4 février 2009. Ces deux derniers chiffres sont des calculs nôtres sur les relevés quotidiens bruts de Météo-France, vingt-cinq hivers de 1991 à 2019 pour la moyenne, et cent centimètres est le plus haut relevé vérifié de la série : ce ne sont pas des normales publiées. La fiche climatologique de la station à 1 418 mètres porte d’ailleurs la mention données non disponibles pour la neige.

Vu d’en haut, le mont Lozère est une échine plus qu’un pic : un dos large, que le parc décrit couvert d’une pelouse d’herbe rêche, de callune et de myrtille. Sur une montagne de cette forme, les cloches et les pierres dressées répondent au même besoin de repères. L’État a retenu les cloches.

Sources : Parc national des Cévennes, page « Quand la cloche sonnait dans la tourmente » du 27 février 2024, et fiche de randonnée du portail Destination Cévennes pour les montjoies ; Entente interdépartementale des Causses et des Cévennes, page du patrimoine matériel ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, interrogé par commune et par mot ; répertoire de toponymes et modèle altimétrique de l’institut national de l’information géographique et forestière ; fiche de synthèse du document d’objectifs du site Natura 2000 de la direction régionale de l’environnement d’Occitanie ; atlas des paysages du parc national, fiche du grand ensemble Mont Lozère ; fiches climatologiques de Météo-France pour les stations du Bleymard. Le nombre de montjoies n’a pas pu être établi : aucun recensement publié n’a été trouvé dans ces corpus.

Questions fréquentes

Que protège l'État sur le mont Lozère ?

Cinq clochers de tourmente, et c'est vérifiable deux fois. Le Parc national des Cévennes en dénombre cinq sur les flancs du massif, à Saint-Julien-du-Tournel pour trois d'entre eux, à Saint-Étienne-du-Valdonnez et à Mas-d'Orcières pour les deux autres. L'export national des immeubles protégés, soit 46 761 notices, confirme ces cinq ouvrages, tous protégés en 1992, quatre le 17 juillet et un le 4 septembre. Nuance de vocabulaire : le parc écrit qu'ils sont classés, l'export dit qu'ils sont inscrits, et c'est l'export qui fait foi.

Pourquoi une cloche sur une montagne ?

Pour guider dans la tourmente, c'est-à-dire, selon les mots du parc, de fortes chutes de neige accompagnées de violentes bourrasques de vent mais aussi d'un épais brouillard. Quand elle sévissait, la cloche était actionnée de jour comme de nuit, environ tous les quarts d'heure. Ces ouvrages, majoritairement en granite, ont été construits par les habitants au début du dix-neuvième siècle.

Et les montjoies, qu'est-ce que c'est ?

Des pierres dressées qui bordent les chemins de transhumance, pour marquer le chemin et permettre de se repérer en cas de brouillard ou de neige. L'Entente interdépartementale des Causses et des Cévennes les décrit de 1,50 à 2 mètres de haut. Le parc national évoque des cailloux pointus de 2,50 mètres, mais dans un passage de conte où l'on imagine un géant en train de les planter : ce n'est pas une mesure, et nous n'en tirons aucune hauteur. Leur fonction est décrite par l'Entente et suggérée par le parc, sur le ton du conte. Leur datation ne l'est pas, et le parc écrit lui-même que personne ne se souvient de leur origine.

Combien y en a-t-il ?

Nous ne le savons pas, et personne ne semble le savoir. Nous n'avons trouvé aucun recensement publié, ni total, ni partiel, ni daté, ni signé, dans l'export national des monuments historiques, sur le site du parc national, sur celui de l'Entente, ni dans l'atlas des paysages du parc, dont la fiche du grand ensemble a été lue intégralement. Cela ne prouve pas qu'aucun inventaire n'existe : le service de l'inventaire du Département de la Lozère et le service régional de l'archéologie n'ont pas été interrogés, et c'est là qu'un tel travail aurait le plus de chances de dormir. Attention au chiffre de 146 qui circule : il porte sur les bornes à croix de Malte de l'ancienne commanderie, un autre objet que les montjoies, et vient d'un office de tourisme sans seconde source.

Quelle est l'altitude du sommet ?

1 699 mètres, confirmés par deux institutions. Le répertoire de toponymes de l'institut géographique place le sommet et son modèle altimétrique rend 1 699,11 mètres à ce point exact, aucun des 121 points balayés autour ne dépassant 1 685 mètres. La direction régionale de l'environnement écrit de son côté 1 699 mètres dans la fiche du site Natura 2000. Le sommet porte toutefois trois noms selon qui l'écrit : sommet de Finiels pour l'institut géographique, pic du Finiels pour la direction régionale, signal de Finiels pour le parc.
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