Le 30 juin 1940, huit jours après la signature de l’armistice, l’équipage du Simserhof dépose les armes. En 1940, il n’avait jamais été attaqué directement par les troupes allemandes, et il a fallu un ordre de l’état-major français, apporté par le lieutenant-colonel Simon, pour qu’il consente à sortir.
Le gestionnaire actuel du site et une base documentaire qui cite un carton du service historique de la Défense concordent sur la date et sur le porteur de l’ordre, le lieutenant-colonel Simon, que seule la base documentaire dit mandaté par la commission d’armistice. Rien n’établit que ces deux textes soient indépendants l’un de l’autre. Le fait est simple à énoncer et difficile à se représenter : un ouvrage intact, un équipage qui ne s’estime pas vaincu, et une guerre déjà terminée au-dessus de lui.
Ce qu’il y avait sous la colline
Huit blocs de combat et deux blocs d’entrée, mille huit cents mètres des entrées aux blocs selon les versions de 2006 et 2021 du site du gestionnaire (sa version de 2018 écrit de 800 à 1 500 mètres), cinq kilomètres de galeries selon sa version de 2018. Ces chiffres viennent du seul gestionnaire, et le gestionnaire et la base documentaire concordent sur le nombre de blocs.
L’autonomie électrique est le point le mieux documenté, et le plus parlant. L’ouvrage exigeait 500 kilowatts et disposait de quatre groupes de 175 kilowatts chacun. Le réseau civil a été coupé le 10 juin 1940, et dès le passage sur groupes le chauffage a été sacrifié : il fallait l’énergie ailleurs. Une interconnexion prévue vers l’ouvrage voisin n’a jamais été posée.
À l’intérieur circulait un vrai train, sur une voie de soixante centimètres à traction électrique, posée en 1934, avec quatre locotracteurs et cinquante-cinq wagons en 1939. En décembre 1947, il n’en restait qu’un seul en état. Un détail mérite au passage d’être rectifié : un schéma à plan incliné et tapis roulant a été étudié par le service technique régional, puis abandonné. Il n’y a pas de plan incliné ici.
Sur les quatre cent vingt-huit notices de monuments protégés en Moselle, aucune ne concerne un ouvrage de la ligne Maginot.
Trois ouvrages protégés sur toute la ligne
Le décompte patrimonial est la trouvaille la plus nette de ce dossier, parce qu’il se vérifie ligne à ligne. L’export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices, ne rend aucune notice pour la commune de Siersthal ni pour le nom de l’ouvrage.
Et à l’échelle du pays, l’export ne contient que trois ouvrages fortifiés de la ligne protégés : celui de La Ferté, inscrit en 1980, celui de Schoenenbourg, inscrit en 1992 puis 1993, et celui de l’Agaisen, inscrit en 2016. Tous inscrits, aucun classé. Le Hackenberg ne l’est pas davantage. Sur les huit notices contenant le mot Maginot, trois ne sont que des adresses de rues.
Une précision de méthode s’impose ici, et elle limite ce que l’on peut écrire : cet export ne couvre que les monuments historiques, ni l’Inventaire général ni les sites classés. On peut donc dire non protégé au titre des monuments historiques, et rien de plus.
| Élément | Fait | Source |
|---|---|---|
| Reddition | 30 juin 1940, sur ordre de l’état-major français | gestionnaire et base documentaire |
| Blocs | huit de combat, deux d’entrée | les deux sources, concordantes |
| Galeries | cinq kilomètres, 1 800 m jusqu’aux blocs (la version 2018 du site écrit 800 à 1 500 m) | gestionnaire |
| Électricité | quatre groupes de 175 kW pour 500 requis | base documentaire |
| Voie intérieure | soixante centimètres, 4 locotracteurs, 55 wagons | base documentaire, état de 1939 |
| Protection | aucune au titre des monuments historiques | export de 46 761 notices |
Les munitions, et un chiffre à ne pas répéter
Au 14 juin 1940, l’ouvrage disposait de 64 000 coups de 75, 8 000 de 135 et 16 000 de 81. Le cessez-le-feu intervient à zéro heure trente le 25 juin. Sur le nombre de coups effectivement tirés, trois énoncés se contredisent et nous les attribuons plutôt que de trancher : un officier d’artillerie avance, pour toute la campagne, environ 14 000 obus de 75, 2 000 bombes de 81 et 1 000 obus de 135.
Un chiffre circule en revanche sous une forme fausse. Les 13 500 obus que l’on lit attribués à la seule journée du 24 juin sont donnés par le gestionnaire sur quatre jours. L’écart n’est pas anodin, et nous ne le reproduisons pas.
Pourquoi il n’est pas en ruine
La suite explique l’état actuel du lieu. Les Allemands en font un dépôt de torpilles et prélèvent deux groupes électrogènes. En 1944, la garnison allemande compte huit officiers et soixante-dix hommes. Les combats de reprise se déroulent du 6 au 19 décembre, les blocs 1, 5 et 6 étant percés le 14, les entrées prises le 16, l’ouvrage abandonné le 19 à une heure trente.
Sur cette chronologie, la base documentaire wikimaginot et la chronique de combat de la 44e division d’infanterie américaine donnent décembre et la 44e division, là où le site du gestionnaire (versions archivées de 2018 et 2021) et une encyclopédie collaborative écrivent novembre et la 100e. Nous suivons les deux premières.
Ce qui explique tout le reste : à partir de 1950, le Génie répare l’ouvrage et l’entretient en état de marche jusqu’à la fin des années 1990. Le Simserhof n’est pas un vestige abandonné en 1945, c’est une installation militaire qui a fonctionné pendant un demi-siècle encore.
Propriété de l’intercommunalité depuis le 12 janvier 2012, il a rouvert au public le 10 juillet 2002, le casernement et l’usine étant visitables depuis juin 2005. La première demi-saison avait attiré 41 207 visiteurs. Depuis, seuls des chiffres d’événements sont publiés, comme les plus de quatre mille visiteurs d’une soirée d’octobre 2024, selon le président de la communauté de communes.
Vu d’en haut, il n’y a presque rien à voir, et c’est le sujet. Une colline boisée des Vosges du Nord, et des cloches de béton qui affleurent à peine entre les arbres. Le sentier de surface mesure 9 964,7 mètres, longueur relevée au mètre près par le parc naturel régional, pour deux cent quinze mètres de dénivelé positif. Dessous, cinq kilomètres de galeries qu’aucune photographie aérienne ne montrera jamais.
Deux chiffres manquent à ce tableau et nous ne les inventons pas. La profondeur sous roche d’abord : trois valeurs incompatibles circulent, vingt-cinq, vingt-sept et trente mètres. La longueur de la voie ferrée intérieure ensuite, qui n’apparaît que dans un résumé de moteur de recherche renvoyant à une fiche que nous n’avons pas ouverte.
Sources : pages de la communauté de communes du Pays de Bitche, gestionnaire et propriétaire depuis 2012, dont les versions successives de son site sont traitées comme une source unique ; base documentaire wikimaginot.eu, citant le carton 33N72 du service historique de la Défense et les travaux de Roger Bruge ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; fiche de randonnée du Parc naturel régional des Vosges du Nord pour la longueur du sentier ; fiche Musées Grand-Est pour la fréquentation de 2002 ; recensement de l’Insee pour la commune. L’autonomie en vivres et en eau n’a pas été trouvée, malgré la lecture intégrale de la fiche documentaire et de trois captures archivées du site officiel : c’est une absence de résultat et non une preuve d’absence.

