Les blockhaus du Morbihan : l’île de Groix en concentre 67 à elle seule

Une casemate du mur de l'Atlantique dans les dunes de Gâvres, dans le Morbihan
Un ouvrage bétonné à Gâvres, dans le Morbihan. Photo : Mike Finn from Worcester, United Kingdom, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Sur les 331 ouvrages bétonnés relevés dans le Morbihan, 67 sont sur l’île de Groix. Un ouvrage sur cinq du département tient donc sur une île que l’on traverse à pied.

Le Morbihan compte 331 ouvrages militaires bétonnés relevés, répartis sur 32 communes. Le département en compte plus de deux cent cinquante : la fortification ne touche donc qu’une fraction du territoire.

Tout tient autour d’une rade

La liste des communes les mieux pourvues dit l’essentiel. Groix vient en tête avec 67 ouvrages, suivie de Ploemeur avec 43, Larmor-Plage avec 36 et Gâvres avec 23. À elles quatre, elles totalisent 169 ouvrages, soit plus de la moitié du département.

Ces quatre communes ont un point commun : elles bordent la rade de Lorient ou la ferment. Ploemeur et Larmor-Plage tiennent la rive ouest, Gâvres la presqu’île qui barre l’entrée à l’est, et Groix la commande par le large.

La suite de la liste ne change pas la logique. Guidel et Lorient comptent 17 ouvrages chacune, Erdeven et Plouhinec 14, Lanester 13. On reste dans le même périmètre, à l’exception notable de Beignon, avec 12 ouvrages, qui se trouve à l’intérieur des terres.

DonnéeNombrePart du département
ouvrages relevés331100 %
portant un nom7824 %
communes concernées32sur l’ensemble du département
signalés comme historiques19760 %
déclarés en ruine ou abandonnés72 %
reliés à un article encyclopédique82 %
signalés comme ouverts à la visite10 %
Le relevé départemental, calculé ouvrage par ouvrage.

Pourquoi une île reçoit un cinquième des ouvrages

Groix n’est pas un gros territoire. Que s’y trouve un ouvrage sur cinq du département n’est pas un accident de relevé, c’est une conséquence de sa position : l’île est posée devant la rade, à quelques milles au large, et une batterie installée là bat les approches du port.

C’est ce qu’aucune position de la côte ne permet. Depuis le rivage, on tient l’entrée ; depuis l’île, on tient la mer avant l’entrée. La différence vaut une fortification entière.

Le relevé signale par ailleurs deux abris pour sous-marins dans le département. Ce sont les ouvrages les plus massifs de toute la catégorie, et leur présence explique à elle seule la densité exceptionnelle de la rade.

Les quatre communes les mieux pourvues bordent toutes la rade de Lorient.

CommuneOuvrages relevésPart du département
Groix6720 %
Ploemeur4313 %
Larmor-Plage3611 %
Gâvres237 %
Guidel175 %
Lorient175 %
Erdeven144 %
Plouhinec144 %
Lanester134 %
Beignon124 %
Les 10 communes qui comptent le plus d’ouvrages relevés.

Quelle sorte d’ouvrages

Au-delà de la position, une étiquette renseigne le type de l’ouvrage. Elle n’est remplie que pour 40 des 331 ouvrages du département, soit 12 %. C’est peu, mais cela suffit à montrer ce que recouvre le mot blockhaus, qui désigne dans l’usage courant des constructions très différentes.

Type d’ouvrageNombrePart des types renseignés
dépôt de munitions1742 %
petit poste de tir bétonné718 %
abri pour le personnel38 %
emplacement de pièce d’artillerie38 %
nid de mitrailleuse25 %
tobrouk25 %
abri pour sous-marins25 %
Les types les plus fréquents parmi les 40 ouvrages dont le type est renseigné.

Ces catégories ne se valent pas. Un dépôt de munitions, un abri pour le personnel et un emplacement de pièce d’artillerie n’ont ni la même taille, ni la même fonction, ni la même visibilité sur le terrain. Les compter ensemble sous un seul mot fait perdre l’essentiel de ce que le relevé contient.

Ce que le relevé ne dit pas

78 ouvrages portent un nom, soit 24 %. Les 253 autres n’en ont pas. Ils comptent dans les totaux, leur position est connue, mais rien ne les désigne : ni numéro de batterie, ni modèle, ni fonction.

Sept ouvrages seulement sont déclarés en ruine ou abandonnés, et un seul est signalé comme ouvert à la visite. Il ne faut pas en conclure que le reste est en bon état ou accessible : l’absence d’étiquette ne dit rien, elle signale seulement que personne ne l’a renseignée.

Le même raisonnement vaut pour les huit ouvrages reliés à un article encyclopédique. Ce sont les plus documentés, donc les plus connus, et il serait faux d’en conclure qu’ils sont les plus importants : ils sont seulement ceux dont quelqu’un a pris la peine d’écrire l’histoire.

C’est la limite de ce genre de données. Elles sont excellentes pour dire où sont les ouvrages et combien il y en a, médiocres pour dire ce qu’ils sont devenus.

Comment ces chiffres sont obtenus

Chaque ouvrage est compté individuellement, à partir du relevé collaboratif OpenStreetMap, sous licence ODbL. Ce n’est pas un inventaire officiel : il enregistre ce que des contributeurs ont relevé sur le terrain, et sa finesse varie fortement d’un département à l’autre. Un département peu couvert paraîtra donc moins fortifié qu’il ne l’est.

Les communes sont obtenues en plaçant chaque point dans le polygone communal publié par l’API du découpage administratif. C’est la méthode qui donne les chiffres des pages déjà en ligne, et elle a été appliquée ici à l’identique.

Deux séries de données présentes sur les pages précédentes manquent ici : le rattachement de chaque ouvrage à un système fortifié, ligne Maginot ou mur de l’Atlantique, et la desserte par un chemin ou une route à moins de cinquante mètres. Les fichiers qui les portaient ne sont plus disponibles, et ces colonnes ont été retirées plutôt que reprises d’un état antérieur, qui ne correspondrait plus aux totaux publiés ici.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la concentration saute aux yeux. Les points se massent sur une vingtaine de kilomètres de côte autour d’une seule rade, et le reste du département, pourtant vaste et largement littoral, en est presque vide.

La vue montre aussi la logique de l’installation : les ouvrages suivent le trait de côte et les hauteurs qui le dominent, et ils se resserrent là où le chenal se rétrécit.

Elle rappelle enfin ce que ces positions défendaient. Pas un territoire, un port, et plus précisément un port militaire dont les installations souterraines valaient, pour l’occupant, plus que la ville au-dessus.

Ailleurs dans la rubrique

Pour aller plus loin : Le portail Blockhaus et la page Quels blockhaus se visitent.

Sources : relevé collaboratif OpenStreetMap sous licence ODbL, extrait et agrégé ouvrage par ouvrage ; API du découpage administratif pour les contours communaux ; comptage réalisé pour tete-en-ciel.com le 14 octobre 2026.

Questions fréquentes

Combien d'ouvrages dans le Morbihan ?

331 ouvrages militaires bétonnés relevés, répartis sur 32 communes. Le département compte plus de 250 communes : la fortification se concentre donc sur une petite partie du territoire, celle qui borde la mer.

Pourquoi Groix en compte-t-elle autant ?

67 ouvrages sur 331, soit un cinquième du département, pour une île de quelques kilomètres carrés. Groix ferme la rade de Lorient par le large : une batterie installée là bat les approches du port, ce qu'aucune position de la côte ne permet.

Quelles communes viennent ensuite ?

Ploemeur avec 43 ouvrages, Larmor-Plage 36, Gâvres 23, puis Guidel et Lorient 17 chacune. Toutes bordent la rade de Lorient ou son approche immédiate.

Combien portent un nom ?

78 sur 331, soit 24 %. Un ouvrage sans nom existe autant que les autres : il compte dans les totaux, sa position est connue, mais rien ne le désigne dans le relevé.

Y a-t-il des abris pour sous-marins ?

Le relevé en signale deux. Ce sont les ouvrages les plus massifs de la catégorie, sans commune mesure avec un nid de mitrailleuse ou un tobrouk, et ils expliquent à eux seuls la densité de la rade.

Combien sont en ruine ?

Sept ouvrages sont déclarés en ruine ou abandonnés, et un seul est signalé comme ouvert à la visite. L'immense majorité n'est ni l'un ni l'autre : elle est simplement là, sans statut.

Ces chiffres sont-ils officiels ?

Non. Ils proviennent du relevé collaboratif OpenStreetMap, sous licence ODbL, agrégé ouvrage par ouvrage. Ce n'est pas un inventaire du ministère : il enregistre ce que des contributeurs ont relevé, et sa finesse varie d'un département à l'autre.
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