Sept mille cinq cents hectares, 340 millions de mètres cubes d’eau saumâtre, six cents établissements conchylicoles et plus de douze mille tonnes d’huîtres par an. L’étang de Thau est le plus grand plan d’eau d’Occitanie, et chaque été, il risque de manquer d’oxygène.
Cette lagune de l’Hérault, que l’on appelle aussi bassin de Thau, est séparée du golfe du Lion par un cordon de sable littoral reliant le volcan d’Agde au mont Saint-Clair, à Sète. Son nom d’étang vient simplement de la traduction littérale du terme occitan estanh.
Un creux tectonique, pas une simple dépression
Sa taille et sa profondeur la distinguent des autres lagunes de la région, et l’explication est structurale. La lagune est le synclinal d’un plissement dont l’anticlinal est la montagne de la Gardiole, au nord-est : c’est le creux d’un pli géologique, ce qui lui donne des fonds que les lagunes littorales ordinaires n’ont pas.
Les chiffres le confirment. La profondeur moyenne est d’environ cinq mètres, mais un tiers des fonds dépasse 5,50 mètres, on trouve des fosses de dix mètres, et le point le plus profond, une trentaine de mètres, correspond à la source de la Vise, aussi appelée trou de la Bisse.
L’alimentation en eau est un équilibre entre cinq sources. La pluie apporte 48 millions de mètres cubes par an, le ruissellement des ruisseaux 30 millions, la source sous-marine de la Vise 9 millions, le canal du Midi débouche dans la lagune au lieu-dit les Onglous, à Marseillan, et la Méditerranée entre par deux graus à Marseillan et deux canaux à Sète, pour un volume compris entre 0,75 et 3,7 millions de mètres cubes par jour.
Le niveau et la salinité bougent donc en permanence. La marée méditerranéenne, bien que faible, fait sentir son influence, le niveau baisse par vent du nord et monte quand souffle le vent de mer, et la salinité est faible de février à juin, plus forte de juillet à janvier.
La température de l’eau de la lagune a monté de 2 °C en 25 ans seulement, de 1975 à l’an 2000.
Mille deux cents hectares de tables
La conchyliculture est l’activité qui structure la lagune. Environ 600 établissements y sont installés, produisant plus de 12 000 tonnes d’huîtres par an et employant quelque 2 000 personnes, sur plus de 1 200 hectares : c’est le premier centre conchylicole de Méditerranée.
Cette activité impose une organisation stricte de l’espace. La navigation des bateaux fluviaux n’est autorisée que sur un chenal, la vitesse est limitée à 25 nœuds sur une grande partie de la lagune et à 5 nœuds près de la côte, seuls les navires professionnels de pêche et de conchyliculture peuvent mouiller, les embarcations rapides à moteur sont interdites, et les lotissements conchylicoles sont réservés aux exploitants, baignade et plongée interdites. Les navires de plaisance ont obligation d’emprunter des couloirs transversaux. Une zone a même été réservée à l’écopage des hydravions bombardiers d’eau.
La fragilité, elle, est biologique. Le milieu est fermé, riche en nutriments, et ses sédiments chargés de matière organique sont une source de dioxyde de carbone et de méthane, ce qui rend la lagune vulnérable à des crises régulières de dystrophisation. Celles-ci peuvent conduire à une anoxie mortelle pour une part importante des coquillages élevés, principalement en été : localement, on les appelle les malaïgues.
La pollution ajoute son risque propre. Elle pèse sur l’activité et entraîne parfois des interdictions de commercialisation des huîtres et des moules, comme ce fut le cas pour la première fois du 13 décembre 1989 au 18 janvier 1990. La qualité de l’eau fait l’objet d’un suivi par l’Ifremer.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Superficie | environ 7 500 hectares | le plus grand plan d’eau d’Occitanie |
| Volume d’eau | 340 millions de m3 | profondeur moyenne d’environ 5 mètres |
| Point le plus profond | une trentaine de mètres | la source sous-marine de la Vise |
| Production d’huîtres | plus de 12 000 tonnes par an | 600 établissements, environ 2 000 emplois |
| Réchauffement mesuré | 2 °C entre 1975 et 2000 | évaporation et salinité en hausse |
| Communes riveraines | huit | de Sète à Marseillan |
Deux degrés en vingt-cinq ans
Le constat le plus préoccupant vient des mesures. Selon l’Ifremer, la température de l’eau de la lagune a monté de deux degrés en vingt-cinq ans seulement, de 1975 à l’an 2000, alors que la température de l’air augmentait et que les précipitations diminuaient.
Les conséquences s’enchaînent mécaniquement. Ce réchauffement accentue l’évaporation, laquelle a conduit à une augmentation de la salinité de l’eau, dans un milieu dont la température oscille déjà entre 0 et 24 degrés au fil de l’année. Pour des élevages de coquillages, chaque degré compte.
La lagune abrite pourtant une biodiversité remarquable. Elle est connue pour ses colonies d’hippocampes mouchetés et pour sa population de grande nacre, espèce en danger critique d’extinction dont elle constitue l’un des derniers refuges. Ce grand coquillage, jadis abondant en Méditerranée, était à l’origine de la soie de mer, assimilée à la Toison d’or mythologique à partir de l’Antiquité tardive.
Le tourisme ajoute sa pression. On estime à douze millions le nombre de nuitées autour du bassin, pour un chiffre d’affaires de 275 millions d’euros, et Balaruc-les-Bains, avec 60 000 curistes et accompagnants, est la deuxième station thermale de France. Les impacts relevés sont l’introduction d’espèces invasives qui détruisent les herbiers, les mouillages des bateaux de plaisance et les macro-déchets. La lagune est classée en zone Natura 2000 et fait l’objet d’un schéma d’aménagement et de gestion des eaux.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la lagune se lit comme un damier posé sur l’eau. Les tables conchylicoles dessinent des rectangles réguliers sur plus de 1 200 hectares, et les couloirs transversaux laissés libres pour la navigation forment des allées entre elles : c’est un paysage agricole, à ceci près qu’il est immergé.
La vue aérienne montre aussi la barrière qui rend tout cela possible. Le cordon de sable littoral, le lido, relie le volcan d’Agde au mont Saint-Clair de Sète, et c’est lui qui ferme la lagune et la sépare du golfe du Lion. Les deux graus de Marseillan et les deux canaux de Sète sont les seules communications avec la mer : toute la chimie de l’étang dépend de ces quatre passages.
Elle rend enfin visible la place de la lagune dans un réseau. À l’est, les étangs des Eaux-Blanches et d’Ingril, partiellement comblé ; à l’ouest, l’étang et le marais du Bagnas, réserve ornithologique propriété du Conservatoire du littoral ; et deux canaux majeurs, le canal du Midi qui y débouche et celui du Rhône à Sète qui la relie au fleuve. L’étang de Berre, à l’autre bout de la côte, connaît les mêmes problèmes d’eutrophisation, qu’on tente de corriger en rouvrant le tunnel du Rove.
À voir autour
- Le canal du Midi : il débouche dans la lagune au lieu-dit les Onglous
- Les marais salants de Guérande : un autre paysage d’eau exploitée
- La Camargue : 150 000 hectares entre eau douce et sel
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice de l’étang de Thau, Wikipédia en français ; suivis de l’Ifremer.
