Vauban a fait enlever le toit des tours : la ville close de Concarneau, 980 mètres de remparts

La ville close de Concarneau et ses remparts, dans le Finistère
La ville close de Concarneau et ses remparts, dans le Finistère. Photo Julien1978, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Julien1978, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Vers 1680, Vauban inspecte une cité fortifiée bretonne bâtie sur un îlot et ordonne une opération simple : enlever les toits des tours. Il faut de la place pour poser des plates-formes d’artillerie. Les travaux seront achevés en 1694, et il viendra les vérifier le 7 juin.

La ville close de Concarneau est une cité fortifiée des XVe et XVIe siècles construite sur un îlot, dans le Finistère. Elle est le cœur historique de la ville, qui s’est progressivement développée autour de l’îlot, et ses remparts la ceinturent sur une longueur totale d’environ 980 mètres.

Un îlot de 380 mètres sur 220

Les dimensions expliquent tout le reste. La ville close s’étend d’est en ouest sur 380 mètres dans sa plus grande longueur et du nord au sud sur 220 mètres dans sa plus grande largeur, mais sur une soixantaine de mètres seulement là où elle est la plus étroite. Les remparts de granite local ont une épaisseur moyenne de 2,5 à 3 mètres, et leurs mâchicoulis datent du XVe siècle.

L’entrée est un dispositif à elle seule. Elle est protégée par un premier ravelin rehaussé d’un parapet crénelé, relié à la demi-lune par un pont dormant, et ces structures sont reliées entre elles par un ensemble de six ponts de bois, trois ponts-levis et trois ponts dormants.

Les remparts sont percés de huit tours, neuf si l’on compte le Fer à cheval, et chacune a sa fonction. La tour du Gouverneur, sans doute ordonnée par le duc François II vers 1477, accueille le logis des capitaines puis du gouverneur ; la tour du Major abrite une salle basse servant de dépôt de munitions, notamment pour les barils de poudre, protégée par un couloir de guet, avec le logis du major à l’étage ; la tour Neuve, dite aussi du Moulin à poudre, a été édifiée pour protéger une section des remparts plus vulnérable à marée basse.

Les plus anciennes sont percées d’archères canonnières : la tour du Maure, du XVe siècle, en compte trois, comme la tour de la Fortune, l’une des plus anciennes de la cité. Le Fer à cheval, daté du XVIe siècle, a été comblé au XIXe, et des travaux de restauration y ont mis au jour les vestiges d’une tour du XIIIe siècle.

On démonte les toits des tours afin de permettre l’installation de l’artillerie sur des plates-formes.

Prise, reprise, reprise encore

L’îlot est habité bien avant d’être fortifié en pierre. Vers le Xe siècle, un prieuré y est établi par les moines de l’abbaye de Landévennec, sur la base de quelques maisons déjà présentes sur la partie haute, et les premières fortifications, en bois, défendaient ce monastère. C’est probablement le duc Jean II de Bretagne qui fait construire la première enceinte de pierre, vers 1285.

Dès lors, la place forte devient un enjeu. Pendant la guerre de Succession de Bretagne, les Anglais, venus au secours de Jean de Montfort, prennent la ville en 1342 ; il faudra attendre 1373, après trente années d’occupation, pour qu’Olivier Du Guesclin la reprenne pour le compte du roi de France Charles V.

Le XVe siècle est une alternance. Au milieu du siècle, le duc Pierre II fait reconstruire la muraille ; en 1488, après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, la ville close passe aux mains de Charles VIII avant d’être reprise par les Bretons ; en 1489, Jean II de Rohan l’assiège et la reprend au nom du roi ; et Anne de Bretagne, pour contrer l’emprise française sur le duché, fait appel aux Anglais, qui occupent la ville jusqu’en 1495.

Les remparts suivent ces secousses. Ils sont totalement repris entre 1451 et 1476 pour acquérir presque leur forme actuelle, Anne de Bretagne fait ériger la section surnommée du fer à cheval, puis vers 1540 on construit une courtine entre la tour du Major et la tour du Gouverneur et, vers 1580, le duc de Mercœur renforce l’ensemble d’une demi-lune devant la porte occidentale.

La violence religieuse frappe aussi. La cité est prise par les réformés le 17 janvier 1576, qui mettent à mort la garnison ; peu après, leurs chefs sont assassinés et la place reprise par les habitants des paroisses voisines. En juillet 1619, c’est le roi Louis XIII qui, mécontent du gouverneur, ordonne au gouverneur de Bretagne de prendre le contrôle de la cité : une armée est levée, assiège l’enceinte, et le gouverneur capitule.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Longueur des rempartsenviron 980 mètresautour d’un îlot de 380 m sur 220
Épaisseur des murs2,5 à 3 mètresen granite local, mâchicoulis du XVe siècle
Tours8, ou 9 avec le Fer à chevalplus plusieurs poternes ajoutées par Vauban
Ponts d’accèssix de bois, trois ponts-levis, trois dormantsune entrée protégée par un ravelin et une demi-lune
Reprise générale des remparts1451-1476presque la forme actuelle
Travaux de Vaubanachevés en 1694inspection le 7 juin de la même année
La ville close de Concarneau, dans le Finistère.

De la garnison aux sardinières

Jusqu’à la Révolution, Concarneau compte, en plus de sa garnison, une population de pêcheurs qui arment quelques dizaines de chaloupes. La pêche, essentiellement de la sardine pressée, séchée ou fumée, est expédiée par bateau vers Saint-Malo, Nantes, La Rochelle et jusqu’à Bordeaux, et par charrette vers les villes de l’intérieur.

Le port n’était alors qu’une vasière abritée par les remparts, où les chaloupes venaient hiverner. Ce détail résume l’économie du lieu : la fortification servait autant à protéger les bateaux qu’à tenir une position.

La révolution industrielle renverse la hiérarchie sociale de l’îlot. Des maisons bourgeoises sont édifiées le long des quais, hors des murs, et la ville close devient un quartier populaire abritant matelots et sardinières, tandis que la ville s’étend au-delà de ses remparts historiques. À partir de 1851, les premières conserveries spécialisées dans la sardine et le thon remplacent progressivement les fritures et les presses, faisant la fortune de quelques négociants.

Les peintres suivent. Entre le milieu du XIXe siècle et le milieu du XXe, la ville close fait l’objet de l’attention de ceux que l’on appelle le groupe de Concarneau.

Un bâtiment résume ce basculement vers le soin et le tourisme. La chapelle-hôpital de la Trinité, dans la ville close, est victime d’un incendie en 1917 ; une Américaine, Katerine Wylie, finance sa reconstruction en 1924 comme hôpital-dispensaire, et le bâtiment devient ensuite une maternité, jusqu’à la construction d’une autre maternité au début des années 1970.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la logique du lieu saute aux yeux : un îlot allongé au milieu d’un port, ceinturé sur 980 mètres, avec un seul système d’entrée à l’ouest et des ponts successifs. Tenir cet îlot, c’était tenir le mouillage, et c’est pourquoi la place a changé de mains si souvent.

La vue aérienne montre aussi l’adaptation à l’artillerie, qui est le grand chantier du XVIIe siècle. Les tours sans toit, plates, sont la signature des travaux conduits après la visite de Vauban, et l’on distingue les deux tours ajoutées de part et d’autre de la porte du Passage, ainsi que le fossé creusé entre courtine et demi-lune.

Elle fait enfin comprendre la place de l’îlot dans la ville actuelle, qui l’a entouré au lieu de le remplacer. Dans une émission de télévision diffusée en 2014, la ville close a été élue monument préféré des Français pour la Bretagne, devant les alignements de Carnac, le phare d’Eckmühl et Fort-la-Latte, et sixième au classement national.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de la ville close de Concarneau, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Quelles sont les dimensions de la ville close ?

Les remparts la ceinturent sur une longueur totale d'environ 980 mètres. L'îlot s'étend d'est en ouest sur 380 mètres dans sa plus grande longueur, et du nord au sud sur 220 mètres dans sa plus grande largeur, mais sur une soixantaine de mètres seulement dans sa largeur minimale. Les remparts, en granite local, ont une épaisseur moyenne comprise entre 2,5 et 3 mètres, et leurs mâchicoulis datent du XVe siècle.

Pourquoi Vauban a-t-il supprimé les toits des tours ?

Pour y installer l'artillerie. Vers 1680, il visite le site et ordonne des travaux destinés à améliorer le système de défense : on démonte les toits des tours afin de permettre l'installation de plates-formes d'artillerie, on construit deux tours supplémentaires de chaque côté de la porte du Passage ainsi que plusieurs poternes, et on creuse un fossé entre la courtine et la demi-lune. Les travaux sont achevés en 1694 et Vauban vient les inspecter le 7 juin de la même année.

Combien la cité compte-t-elle de tours ?

Les remparts sont percés par huit tours, neuf si l'on compte le Fer à cheval. En partant de l'entrée principale, on trouve la tour du Gouverneur, la tour du Major, la tour Neuve, la tour de la Porte au vin, la tour du Passage, la tour du Port aux chiens, le Fer à cheval, la tour du Maure et la tour de la Fortune.

Qui a possédé Concarneau ?

Beaucoup de monde, et souvent par la force. La première enceinte de pierre est probablement due au duc Jean II de Bretagne vers 1285 ; les Anglais prennent la ville en 1342 et l'occupent trente ans, jusqu'à ce qu'Olivier Du Guesclin la reprenne en 1373 pour Charles V ; elle passe à Charles VIII en 1488, est reprise par les Bretons, puis par Jean II de Rohan en 1489 au nom du roi, et Anne de Bretagne fait appel aux Anglais, qui l'occupent jusqu'en 1495. La cité fut aussi un temps la propriété de Fouquet.

Que s'est-il passé pendant les guerres de Religion ?

La cité est prise par les réformés le 17 janvier 1576 et la garnison est mise à mort. Peu de temps après, les chefs des assaillants sont assassinés et la cité reprise par les habitants des paroisses voisines. Concarneau devient ensuite une juridiction royale avec droit de prévôté et l'une des 42 villes de Bretagne à envoyer un député aux États de Bretagne.

Qu'est devenue la ville close ensuite ?

Un quartier populaire. Après la Révolution, des maisons bourgeoises sont édifiées le long des quais, hors des murs, et la ville close abrite matelots et sardinières tandis que la ville s'étend au-delà de ses remparts. À partir de 1851, les premières conserveries spécialisées dans la sardine et le thon remplacent progressivement les fritures et les presses à sardines.
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