Vers 1680, Vauban inspecte une cité fortifiée bretonne bâtie sur un îlot et ordonne une opération simple : enlever les toits des tours. Il faut de la place pour poser des plates-formes d’artillerie. Les travaux seront achevés en 1694, et il viendra les vérifier le 7 juin.
La ville close de Concarneau est une cité fortifiée des XVe et XVIe siècles construite sur un îlot, dans le Finistère. Elle est le cœur historique de la ville, qui s’est progressivement développée autour de l’îlot, et ses remparts la ceinturent sur une longueur totale d’environ 980 mètres.
Un îlot de 380 mètres sur 220
Les dimensions expliquent tout le reste. La ville close s’étend d’est en ouest sur 380 mètres dans sa plus grande longueur et du nord au sud sur 220 mètres dans sa plus grande largeur, mais sur une soixantaine de mètres seulement là où elle est la plus étroite. Les remparts de granite local ont une épaisseur moyenne de 2,5 à 3 mètres, et leurs mâchicoulis datent du XVe siècle.
L’entrée est un dispositif à elle seule. Elle est protégée par un premier ravelin rehaussé d’un parapet crénelé, relié à la demi-lune par un pont dormant, et ces structures sont reliées entre elles par un ensemble de six ponts de bois, trois ponts-levis et trois ponts dormants.
Les remparts sont percés de huit tours, neuf si l’on compte le Fer à cheval, et chacune a sa fonction. La tour du Gouverneur, sans doute ordonnée par le duc François II vers 1477, accueille le logis des capitaines puis du gouverneur ; la tour du Major abrite une salle basse servant de dépôt de munitions, notamment pour les barils de poudre, protégée par un couloir de guet, avec le logis du major à l’étage ; la tour Neuve, dite aussi du Moulin à poudre, a été édifiée pour protéger une section des remparts plus vulnérable à marée basse.
Les plus anciennes sont percées d’archères canonnières : la tour du Maure, du XVe siècle, en compte trois, comme la tour de la Fortune, l’une des plus anciennes de la cité. Le Fer à cheval, daté du XVIe siècle, a été comblé au XIXe, et des travaux de restauration y ont mis au jour les vestiges d’une tour du XIIIe siècle.
On démonte les toits des tours afin de permettre l’installation de l’artillerie sur des plates-formes.
Prise, reprise, reprise encore
L’îlot est habité bien avant d’être fortifié en pierre. Vers le Xe siècle, un prieuré y est établi par les moines de l’abbaye de Landévennec, sur la base de quelques maisons déjà présentes sur la partie haute, et les premières fortifications, en bois, défendaient ce monastère. C’est probablement le duc Jean II de Bretagne qui fait construire la première enceinte de pierre, vers 1285.
Dès lors, la place forte devient un enjeu. Pendant la guerre de Succession de Bretagne, les Anglais, venus au secours de Jean de Montfort, prennent la ville en 1342 ; il faudra attendre 1373, après trente années d’occupation, pour qu’Olivier Du Guesclin la reprenne pour le compte du roi de France Charles V.
Le XVe siècle est une alternance. Au milieu du siècle, le duc Pierre II fait reconstruire la muraille ; en 1488, après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, la ville close passe aux mains de Charles VIII avant d’être reprise par les Bretons ; en 1489, Jean II de Rohan l’assiège et la reprend au nom du roi ; et Anne de Bretagne, pour contrer l’emprise française sur le duché, fait appel aux Anglais, qui occupent la ville jusqu’en 1495.
Les remparts suivent ces secousses. Ils sont totalement repris entre 1451 et 1476 pour acquérir presque leur forme actuelle, Anne de Bretagne fait ériger la section surnommée du fer à cheval, puis vers 1540 on construit une courtine entre la tour du Major et la tour du Gouverneur et, vers 1580, le duc de Mercœur renforce l’ensemble d’une demi-lune devant la porte occidentale.
La violence religieuse frappe aussi. La cité est prise par les réformés le 17 janvier 1576, qui mettent à mort la garnison ; peu après, leurs chefs sont assassinés et la place reprise par les habitants des paroisses voisines. En juillet 1619, c’est le roi Louis XIII qui, mécontent du gouverneur, ordonne au gouverneur de Bretagne de prendre le contrôle de la cité : une armée est levée, assiège l’enceinte, et le gouverneur capitule.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Longueur des remparts | environ 980 mètres | autour d’un îlot de 380 m sur 220 |
| Épaisseur des murs | 2,5 à 3 mètres | en granite local, mâchicoulis du XVe siècle |
| Tours | 8, ou 9 avec le Fer à cheval | plus plusieurs poternes ajoutées par Vauban |
| Ponts d’accès | six de bois, trois ponts-levis, trois dormants | une entrée protégée par un ravelin et une demi-lune |
| Reprise générale des remparts | 1451-1476 | presque la forme actuelle |
| Travaux de Vauban | achevés en 1694 | inspection le 7 juin de la même année |
De la garnison aux sardinières
Jusqu’à la Révolution, Concarneau compte, en plus de sa garnison, une population de pêcheurs qui arment quelques dizaines de chaloupes. La pêche, essentiellement de la sardine pressée, séchée ou fumée, est expédiée par bateau vers Saint-Malo, Nantes, La Rochelle et jusqu’à Bordeaux, et par charrette vers les villes de l’intérieur.
Le port n’était alors qu’une vasière abritée par les remparts, où les chaloupes venaient hiverner. Ce détail résume l’économie du lieu : la fortification servait autant à protéger les bateaux qu’à tenir une position.
La révolution industrielle renverse la hiérarchie sociale de l’îlot. Des maisons bourgeoises sont édifiées le long des quais, hors des murs, et la ville close devient un quartier populaire abritant matelots et sardinières, tandis que la ville s’étend au-delà de ses remparts historiques. À partir de 1851, les premières conserveries spécialisées dans la sardine et le thon remplacent progressivement les fritures et les presses, faisant la fortune de quelques négociants.
Les peintres suivent. Entre le milieu du XIXe siècle et le milieu du XXe, la ville close fait l’objet de l’attention de ceux que l’on appelle le groupe de Concarneau.
Un bâtiment résume ce basculement vers le soin et le tourisme. La chapelle-hôpital de la Trinité, dans la ville close, est victime d’un incendie en 1917 ; une Américaine, Katerine Wylie, finance sa reconstruction en 1924 comme hôpital-dispensaire, et le bâtiment devient ensuite une maternité, jusqu’à la construction d’une autre maternité au début des années 1970.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la logique du lieu saute aux yeux : un îlot allongé au milieu d’un port, ceinturé sur 980 mètres, avec un seul système d’entrée à l’ouest et des ponts successifs. Tenir cet îlot, c’était tenir le mouillage, et c’est pourquoi la place a changé de mains si souvent.
La vue aérienne montre aussi l’adaptation à l’artillerie, qui est le grand chantier du XVIIe siècle. Les tours sans toit, plates, sont la signature des travaux conduits après la visite de Vauban, et l’on distingue les deux tours ajoutées de part et d’autre de la porte du Passage, ainsi que le fossé creusé entre courtine et demi-lune.
Elle fait enfin comprendre la place de l’îlot dans la ville actuelle, qui l’a entouré au lieu de le remplacer. Dans une émission de télévision diffusée en 2014, la ville close a été élue monument préféré des Français pour la Bretagne, devant les alignements de Carnac, le phare d’Eckmühl et Fort-la-Latte, et sixième au classement national.
À voir autour
- Fort-la-Latte : un faux pont-levis et un four à boulets
- Neuf-Brisach : l’octogone que Vauban a dessiné en 1698
- Vaux-le-Vicomte : la maison de Fouquet, qui posséda aussi Concarneau
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice de la ville close de Concarneau, Wikipédia en français.

