Un octogone parfait dessiné en 1698 : Neuf-Brisach est la dernière ville que Vauban ait bâtie de zéro

Les fortifications octogonales de Neuf-Brisach, dans le Haut-Rhin
Neuf-Brisach (Haut-Rhin) et ses fortifications. Photo : FrDr, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Vue du ciel, Neuf-Brisach est un octogone parfait posé dans la plaine d’Alsace, avec une grille de rues régulière à l’intérieur et une couronne d’ouvrages défensifs autour. Ce dessin n’est pas le produit d’une croissance : la ville a été créée de toutes pièces à partir de 1698.

L’origine est diplomatique. Les traités de Ryswick, en 1697, mettent fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg et font perdre à la France la place forte de Brisach, sur la rive allemande du Rhin. Il s’ouvre alors un vide défensif entre Strasbourg et Mulhouse.

Une ville de paille, puis une ville de pierre

Une première tentative avait déjà eu lieu. Entre 1671 et 1682, une ville neuve est bâtie sur une île du Rhin, au niveau de Vieux-Brisach : 500 maisons pour 1 500 habitants, derrière huit fronts bastionnés. Surnommée la ville de paille, elle ne vit que quinze ans : le traité de Ryswick impose sa destruction, menée de 1698 à 1699.

Ses décombres ne sont pas perdus. Un canal est creusé spécialement pour les transporter jusqu’au chantier de la ville suivante, Neuf-Brisach, édifiée entre 1698 et 1702. Un autre canal est ouvert jusqu’aux Vosges pour acheminer le grès rose.

Trois projets, un choix royal

Louis XIV confie l’étude à Vauban et à Jacques Tarade. Trois projets lui sont soumis ; il retient le plan octogonal, avec huit tours bastionnées couvertes d’autant de contre-gardes, complétées de tenaillons, de grandes et de petites demi-lunes. La première pierre est posée le 18 octobre 1698, les fortifications sont achevées en 1702.

La ville met plus longtemps à se remplir que ses remparts à s’élever : la première pierre de l’église royale Saint-Louis date du 11 octobre 1731, l’édifice est achevé en 1736, et la mairie seulement en 1758.

DateÉtape
1697Traités de Ryswick, perte de Brisach
18 octobre 1698Pose de la première pierre
1702Achèvement des fortifications
1736Achèvement de l’église royale Saint-Louis
1814-1815Blocus autrichien de 106 jours
1870Siège de 33 jours, capitulation le 10 novembre
1992Dissolution de la garnison
7 juillet 2008Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
Trois siècles dans un périmètre qui n’a pas bougé.

Une ville qui ne peut pas grandir

C’est la conséquence la plus visible du plan. Le territoire communal se réduit à la ville nouvelle, à ses fortifications et à leurs emprises : Neuf-Brisach n’a aucune possibilité d’extension. Une ligne de chemin de fer a même été construite sur une partie des dehors.

Devenue allemande après 1870, la place voit ses fortifications largement modifiées à partir des années 1875 pour former le cœur d’une tête de pont sur le Rhin supérieur. Sévèrement touchée par les bombardements américains de 1945, la ville a depuis été restaurée. Sa garnison a été dissoute en 1992.

Ce que la vue aérienne explique

  • L’octogone, qui donne à chaque front la même longueur et le même angle de tir.
  • Les huit tours bastionnées, doublées de contre-gardes, marque du dernier système de Vauban.
  • La grille intérieure, découpée en îlots réguliers autour de la place d’armes centrale.
  • La couronne d’ouvrages extérieurs, demi-lunes et tenaillons, qui élargit la figure sans en rompre la symétrie.

Neuf-Brisach est considérée comme l’aboutissement de l’œuvre militaire de Vauban, et la dernière fortification qu’il ait construite à partir de rien. C’est ce qui lui a valu son inscription au patrimoine mondial, le 7 juillet 2008, parmi les douze sites majeurs du réseau Vauban.

Neuf-Brisach est considérée comme l’aboutissement de l’œuvre militaire de Vauban, et la dernière fortification qu’il ait construite à partir de rien.

La France compte d’autres villes dessinées d’un trait avant d’être habitées : la bastide de Monpazier, tracée en damier en 1284, et Fourcès, la seule bastide circulaire. Le plan y répond à une logique de peuplement ; ici, à une logique de tir.

À voir autour

  • Monpazier : le damier médiéval le mieux conservé
  • Fourcès : une bastide en cercle
  • Le Hackenberg : la fortification du XXe siècle, à 200 km de là

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice de Neuf-Brisach, Wikipédia en français ; réseau des sites majeurs de Vauban, liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

Pourquoi avoir construit une ville entière ?

Le traité de Ryswick, en 1697, fait perdre à la France la place forte de Brisach, sur la rive allemande du Rhin. Il en résultait un vide défensif entre Strasbourg et Mulhouse, que Louis XIV décide de combler par une ville neuve, à une demi-lieue du fleuve.

Qu'appelle-t-on le troisième système de Vauban ?

Sa dernière manière de fortifier, dont Neuf-Brisach est considérée comme la seule illustration complète : huit tours bastionnées couvertes de contre-gardes, avec tenaillons, grandes et petites demi-lunes.

D'où viennent les pierres ?

Un canal a été creusé spécialement jusqu'aux Vosges pour acheminer le grès rose. Les décombres de la ville précédente, Saint-Louis de Brisach, ont aussi été transportés par un canal creusé pour l'occasion.

La ville a-t-elle subi des sièges ?

Oui. Bloquée 106 jours par les Autrichiens en 1814-1815, elle est assiégée du 1er septembre au 10 novembre 1870 : sa garnison de 5 500 hommes et 108 canons résiste 33 jours avant de capituler.

Pourquoi la ville ne s'est-elle jamais étendue ?

Parce qu'elle est enclavée dans ses propres fortifications : le territoire communal se limite à la ville nouvelle, aux fortifications et à leurs emprises.
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