Huit kilomètres de long, 722 mètres au point le plus haut, et plus de six cents voies d’escalade aménagées sur les parois : les Dentelles de Montmirail doivent leur nom et leur réputation sportive au même phénomène, l’érosion de dalles calcaires dressées à la verticale.
Les Dentelles de Montmirail, dans le Vaucluse, forment une chaîne de montagne qui marque la limite occidentale des monts de Vaucluse. Elles se situent au nord de Carpentras, au sud de Vaison-la-Romaine et à l’ouest du mont Ventoux, et leur point culminant est la crête de Saint-Amand, à 722 mètres.
Trois chaînes parallèles
Le massif a la forme d’un triangle. Il est délimité au nord-est par la crête de Saint-Amand, au nord-ouest par la plaine de l’Ouvèze, au sud par celle du Comtat Venaissin et, à l’est, par le défilé qui mène du Barroux à Malaucène, une faille qui marque sa séparation d’avec les contreforts du Ventoux.
Sa position explique ses formes. Les Dentelles représentent l’extrémité sud-ouest des Baronnies, et leur emplacement en bordure de la vallée du Rhône les expose à une intense érosion, accentuée par l’hétérogénéité des dépôts sédimentaires. Orienté est-ouest, suivant le plissement pyrénéo-provençal, le massif présente une grande disparité entre sa partie septentrionale, aux bancs de calcaire très épais, et sa partie méridionale, faillée, aux dalles dressées verticalement et entrecoupées de dépressions.
Les dalles soulevées se comptent par chaînes, et il y en a trois, parallèles entre elles. La chaîne du Clapis, à 553 mètres, se déploie au sud et se fragmente en Grand Montmirail, la Salle et rocher Saint-Christophe ; les Dentelles Sarrasines, au centre, sont moins étendues mais plus élevées, à 667 mètres ; la Grande Montagne, dite aussi chaîne du Grand Travers, ferme le nord.
Le reste du relief suit la même logique. Les 5 000 hectares du massif présentent, dans leur partie nord, de lourdes croupes peu plissées qui s’affaissent doucement vers l’Ouvèze, et dans leur partie sud un relief plus contrasté au contact du Ventoux, avec des plis, des dépressions et des cuestas.
Leur qualificatif de dentelles provient de la forme obtenue par l’érosion de la roche.
Des murets pour apprivoiser le soleil et l’eau
Comme sur tout le pourtour de la Méditerranée, la culture en terrasses est ici une très ancienne pratique agricole. Appelées restanques en Provence, ces terrasses répondent à une difficulté précise : dans ces régions au sol souvent rare et pauvre, il faut apprivoiser à la fois le soleil et l’eau.
Le procédé cumule quatre avantages. Il débarrasse le sol des pierres qui empêchent toute plantation ; il réutilise ce matériau pour construire des murets en pierre sèche ; il nivelle le terrain et crée des bandes de terre arable ; et lors des pluies violentes, il permet de diminuer ou même d’éviter le ruissellement.
Ces terrasses servent une viticulture ancienne et réputée. Le massif se trouve au cœur de l’appellation côtes-du-rhône et s’est bâti une réputation pour la qualité de ses vins, ce qui a permis le développement de l’œnotourisme, avec une route des vins qui parcourt les Dentelles. Il est aussi réputé pour son huile d’olive, protégée par une appellation, et pour ses truffes.
Le muscat, lui, doit sa fortune aux papes. La présence pontificale à Avignon au XIVe siècle a permis de développer les muscadières, qui fournissaient les celliers de la cour pontificale, et le premier cadastre du Comtat Venaissin, dressé en 1414, en donne la contenance : 693 000 ceps. Cette même année, pour se procurer des liquidités, la Chambre apostolique fit vendre quelques muscadières.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Longueur du massif | environ 8 kilomètres | pour 5 000 hectares |
| Point culminant | crête de Saint-Amand, 722 m | les Dentelles Sarrasines à 667 m |
| Voies d’escalade | plus de six cents | sur des parois réputées mondialement |
| Sentiers balisés | une quinzaine de circuits, 40 km | dont le GR4 et le GRP des Dentelles |
| Muscadières en 1414 | 693 000 ceps | pour les celliers des papes d’Avignon |
| Monuments historiques | neuf | architecture civile et religieuse |
Des oppida pour tenir les routes
Avant les grimpeurs, ces crêtes ont servi à surveiller. Le site a d’abord contrôlé, par ses oppida, les routes unissant le nord et le sud entre la vallée du Rhône et le Ventoux, et des découvertes archéologiques majeures y ont été faites : une rare épée celte, une inscription celto-grecque, des statuaires gallo-romaines.
L’oppidum du Clairier, sur la commune de Malaucène, contrôlait le vieux chemin menant de Carpentras à Vaison par le flanc est du massif. Ce fut à la fois une forteresse et un lieu de culte : la crête, placée depuis le christianisme sous le vocable de saint Michel, fut sous l’Antiquité dédiée à Mars après l’avoir été au dieu celte Toutatis.
Les fouilles ponctuelles montrent une occupation du IVe siècle avant notre ère jusqu’au IIIe siècle, passant d’un habitat permanent, avec un puits identifié au XIXe siècle, à un refuge occasionnel. Les trois hectares du site sont aujourd’hui envahis de garrigue, qui laisse encore deviner la structure d’un village avec ses ruelles et ses intérieurs de cabanes, le sol jonché de fragments de poteries et de tuiles romaines.
Son rôle militaire est net : le site marquait la frontière entre les confédérations des Cavares et des Voconces, et il pouvait correspondre par feux avec l’oppidum des Courens, qui occupe environ sept hectares à 290 mètres d’altitude et domine Beaumes-de-Venise, contrôlant le chemin de Carpentras à Vaison par l’ouest du massif.
Le massif a conservé d’autres traces de cette profondeur historique : deux lieux de culte paléochrétiens datés du VIIe siècle, une abbaye de moniales aux sources du Trignon, la chapelle Saint-Hilaire, et neuf monuments historiques au total.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la lecture est immédiate : trois lignes de crêtes parallèles, orientées est-ouest, avec des dalles redressées qui dessinent en profil la découpe à laquelle le massif doit son nom. Entre ces lignes s’intercalent des dépressions cultivées, et les vignes montent jusqu’au pied des parois.
La vue d’ensemble montre aussi que ce petit massif est un belvédère tourné dans toutes les directions. Du col du Cayron, au départ de Gigondas, on domine la grande arête des Dentelles Sarrasines avec le Ventoux en vis-à-vis, les vignobles de Sablet et de Séguret au nord, la plaine de l’Ouvèze et le Plan de Dieu à l’est ; depuis Suzette, le Luberon barre l’horizon.
Elle fait enfin apparaître l’échelle réelle du terrain de jeu. Une quinzaine de circuits, soit 40 kilomètres de sentiers balisés, parcourent les 5 000 hectares, et deux grands itinéraires, le GR4 et le sentier de grande randonnée de pays des Dentelles, traversent le massif entre Séguret et Malaucène.
À voir autour
- Vaison-la-Romaine : à dix kilomètres au nord, 75 hectares de ville antique
- Le mont Ventoux : le voisin dont une faille les sépare
- Les Orgues d’Ille-sur-Têt : la même érosion, dans des sables
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice des Dentelles de Montmirail, Wikipédia en français.

