Le 22 septembre 1992, il tombe 300 millimètres de pluie en quatre heures sur les hauteurs de l’Ouvèze. La crue fait 37 morts à Vaison-la-Romaine et aux alentours. Le pont romain, une arche unique posée là depuis près de vingt siècles, ne bouge pas.
Vaison-la-Romaine est une commune du Vaucluse de 6 237 habitants, connue pour ses vestiges romains particulièrement riches, dont un grand théâtre et ce pont à arche unique, pour ses deux cathédrales, pour sa cité médiévale et ses hôtels particuliers. Elle se trouve à 27 kilomètres d’Orange, à 10 kilomètres du pied du mont Ventoux.
La capitale des Voconces
Au début de l’âge du fer, la région est habitée par les Ligures, et des vestiges d’habitat et de remparts laissés par la communauté agraire du premier âge du fer, entre le VIIIe et le Ve siècle avant notre ère, ont été découverts sur la rive gauche de l’Ouvèze, au bas de l’éperon rocheux. C’est sur cette hauteur, aujourd’hui occupée par la Haute-Ville, que se sont abritées ces populations, puis celto-ligures à partir de l’invasion des Voconces au IVe siècle avant notre ère.
À la fin de ce même siècle, Vasio Vocontiorum devient la capitale d’une tribu du peuple celtique des Voconces, qui occupait un territoire limité par la Durance au sud, l’Isère au nord, le couloir rhodanien à l’ouest et les Préalpes à l’est.
Après la conquête romaine, entre 125 et 118 avant notre ère, la cité des Voconces compte deux capitales, Luc-en-Diois et Vaison, et les Romains font de cette dernière l’une des villes les plus riches de la Gaule narbonnaise. Vasio devient une cité fédérée, et non une colonie romaine. Elle fut la patrie de l’historien Trogue Pompée, et Tacite en est probablement originaire.
L’urbanisme suit la descente des habitants vers la rive droite. La ville se structure à partir de noyaux agricoles qui se métamorphosent en habitations urbaines, lors de la création des voies de circulation et de l’édification des grands monuments publics dans la seconde moitié du Ier siècle : théâtre, pont, aqueduc, thermes. La paix romaine est propice à l’extension, et la cité connaît sa splendeur au IIe siècle, couvrant alors 70 à 75 hectares.
Le célèbre pont romain, qui a résisté à un bombardement allemand et à la crue du 22 septembre 1992.
Quinze hectares dégagés sur soixante-quinze
Les fouilles n’ont rendu qu’une partie de la ville. Quinze hectares de la cité gallo-romaine sont dégagés, et le reste demeure sous le Vaison actuel, ce qui explique la forme du site archéologique : deux grands secteurs ouverts, La Villasse à l’ouest et la colline de Puymin à l’est, séparés par la ville habitée.
Ce qui est visible suffit à comprendre le niveau de richesse. On y trouve la maison dite de l’Apollon lauré, le portique de Pompée, la maison au Dauphin, la maison du Buste en argent, la rue des boutiques, le forum, des immeubles de rapport et le théâtre romain, plus deux ensembles thermaux : les thermes du Sud, du IIe siècle, et les thermes du Nord, les mieux connus, construits au milieu du Ier siècle sur 2 000 mètres carrés.
D’autres vestiges échappent au regard, comme la villa du Paon, et le reste de la cité antique attend sous les rues. Le musée archéologique de site présente l’ensemble des objets trouvés lors des fouilles.
Ces fouilles ont des noms. Le chanoine Joseph Sautel, mort en 1955, en fut l’organisateur pendant la première moitié du XXe siècle, et il publia les découvertes de la colline de Puymin pour la période 1907-1933 ; elles furent financées par un mécène de la ville, Maurice Burrus.
La ville antique a aussi servi de carrière à la ville médiévale. Aux temps troublés du Moyen Âge, les habitants émigrent sur le rocher escarpé de la rive gauche, à l’abri des remparts et du château fort, et les remparts qui enserrent ce bourg ont été en partie édifiés avec des pierres provenant de la ville romaine.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Étendue de la ville antique | 70 à 75 hectares au IIe siècle | l’une des plus riches de Narbonnaise |
| Surface dégagée | 15 hectares | le reste est sous la ville actuelle |
| Thermes du Nord | 2 000 m2, milieu du Ier siècle | les mieux connus du site |
| Pluie du 22 septembre 1992 | 300 mm en quatre heures à Entrechaux | 179 mm à Vaison, 215 à Malaucène |
| Bilan humain de la crue | 37 morts et 4 disparus | 500 millions de francs de dégâts |
| Marché provençal | autorisé par le pape Sixte IV en 1483 | près de 500 commerçants en été |
Quatre heures de pluie, cinq heures de crue
L’Ouvèze, connue pour ses crues violentes, sépare la haute ville du XIIIe siècle de la ville moderne. La crue du 22 septembre 1992 s’est produite pendant les orages d’automne qui frappent les cours d’eau méditerranéens de moyenne montagne, ce que l’on appelle un épisode méditerranéen.
Les relevés disent l’intensité plus que la durée. En quatre heures, il est tombé selon les endroits 143 millimètres à Buis-les-Baronnies, 179 à Vaison, 215 à Malaucène et jusqu’à 300 à Entrechaux, tout près de la ville ; et il s’est écoulé à peine cinq heures entre l’inondation et l’amorce de la décrue.
Le bilan a marqué la région. Toute la nuit et durant plusieurs jours, les secouristes ont cherché les victimes : 37 décès, dont trois à Séguret, et quatre disparus, dont un corps retrouvé en novembre 1993. Les pertes matérielles se chiffrent à 500 millions de francs, soit un peu plus de 113 millions d’euros en valeur 2020.
Deux précisions importent pour comprendre. D’abord, l’événement semble avoir été amplifié par les modes d’occupation du sol et de gestion des lits des cours d’eau. Ensuite, l’histoire et l’analyse géomorphologique indiquent que l’Ouvèze avait déjà connu des crues aussi importantes : ce n’était donc pas un phénomène sans précédent.
Dans ce contexte, la tenue du pont romain n’est pas une anecdote. Cette arche unique, construite dans la seconde moitié du Ier siècle avec les autres grands monuments publics, a résisté à la crue de 1992 comme elle avait résisté à un bombardement allemand.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, Vaison se lit comme trois villes superposées et déplacées. Sur la rive gauche, le rocher de la Haute-Ville, bâti au Moyen Âge avec les pierres de l’antique et dominé par le château des comtes de Toulouse, édifié en 1195 par Raymond V. Sur la rive droite, la ville moderne, qui recouvre la ville gallo-romaine, et les deux clairières archéologiques de La Villasse et de Puymin.
La vue aérienne montre aussi les deux édifices romans à l’ouest de La Villasse, la chapelle Saint-Quenin et la cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth avec son cloître. Ce panorama urbain, où s’imbriquent vestiges antiques, bâtiments romans et constructions récentes, suggère les superpositions et les déplacements des occupations au cours des âges.
Elle explique enfin le cadre et le risque. La commune est entourée de sept collines couvertes de forêts et de vignes, les vignobles occupant à eux seuls près de la moitié de la surface communale, et c’est de ces reliefs que l’eau est descendue en 1992. Le théâtre antique, lui, sert toujours : tous les trois ans depuis 1953, les Choralies y réunissent cinq mille personnes venues chanter en polyphonie.
À voir autour
- Le théâtre antique d’Orange : à 27 kilomètres, le mur de scène conservé
- Le mont Ventoux : à 10 kilomètres, et 320 km/h au sommet
- Glanum : une autre ville antique, ensevelie puis exhumée
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de Vaison-la-Romaine, Wikipédia en français.
