Contre le flanc ouest de la cathédrale du Mans est dressé un menhir de grès de 4,55 mètres. Il a été installé là en 1778, après la destruction d’un dolmen voisin, et il est classé monument historique depuis 1889 : la pierre levée est protégée au même titre que l’édifice qui l’abrite.
La cathédrale Saint-Julien du Mans est l’une des plus grandes cathédrales de l’époque gothique-romane de France et un témoignage médiéval du gothique angevin. Commencée sous l’épiscopat de Vulgrin, qui ordonne un nouvel édifice en 1056, elle fut achevée vers 1430, et sa tour, qui culmine à 64 mètres, en fait l’édifice le plus haut de l’agglomération mancelle.
Un édifice qui s’est effondré une fois
La fondation remonterait au IVe ou au Ve siècle, sous l’épiscopat d’Innocent. Cette première cathédrale est arasée quand l’évêque Vulgrin ordonne, en 1056, la construction d’un nouveau bâtiment, dont il choisit lui-même l’emplacement, à l’opposé du mur d’enceinte nord de la ville. Dix ans après le début de cette construction, l’édifice s’écroule.
Les successeurs reprennent l’œuvre. L’évêque Arnaud, en fonction dès 1067, relance le chantier, et en 1081 le chœur et la crypte sont bâtis, de même que les fondations du transept et de ses tours. De cette reconstruction il ne reste aujourd’hui qu’un fragment d’arc du transept nord.
En 1085, l’évêque Hoël décide d’achever les travaux de son prédécesseur et, admiratif du travail normand, fait appel à des ouvriers de cette région : les tours et les bas-côtés de la nef sont achevés dans ce style.
Un détail dit la place de l’édifice dans l’économie de la ville. Pendant cette longue construction, les pèlerins ne peuvent approcher les reliques de saint Julien, premier évêque du Mans, et l’économie mancelle en souffre ; les habitants obligent alors l’architecte à ouvrir l’édifice aux visiteurs, ce qui est fait le 17 octobre 1093, une partie achevée étant montrée au public.
Il s’agit d’un menhir en grès d’une hauteur de 4,55 mètres, classé au titre des monuments historiques depuis 1889.
Deux incendies, puis un chœur trop haut
La cathédrale est considérée comme pleinement achevée en 1120, la dédicace étant célébrée par l’évêque Hildebert de Lavardin en présence du comte Foulques d’Anjou et de la comtesse Erembourg du Maine. Grande pour l’époque, elle est comparable à une grande église d’aujourd’hui. En 1128, leur fils Geoffroy Plantagenêt y épouse Mathilde, héritière du trône d’Angleterre, et il y sera enterré ; leur propre fils, le futur Henri II, y est baptisé.
Le feu frappe deux fois. En 1134, un orage déclenche un incendie qui détruit toutes les maisons de la colline Plantagenêt et touche la cathédrale ; quatre ans plus tard, un autre incendie frappe de nouveau la ville et l’édifice. La nef centrale et la tour sud sont alors refaites, et la nef devient une réalisation romane de 55 mètres de long sur 23 de largeur.
La reconstruction est l’occasion d’essayer de nouvelles techniques. La croisée d’ogives est adoptée pour rebâtir la voûte, les piliers sont réhabilités, des baies plus hautes et plus grandes sont insérées, et un grand portail sculpté est ouvert sur le flanc sud de la nef, face à la rue principale, où il n’a pas bougé depuis. Le nouvel évêque Guillaume de Passavant dédicace l’ensemble le 18 avril 1158.
Les travaux reprennent en 1220 pour une raison de confort liturgique : l’ancien chœur paraît trop sombre et trop étroit. Le nouveau doit être, selon l’évêque, large et magnifique ; il comportera treize chapelles rayonnantes, et dès 1217 le mur d’enceinte sud de la ville avait été détruit dans cette perspective. Parmi les trois seuls noms d’architectes conservés dans les archives figure Jehan de Chelles, qui avait travaillé au chantier de Notre-Dame de Paris. Le chœur est achevé en avril 1254.
| Date | Étape | Ce qu’elle change |
|---|---|---|
| 1056 | Vulgrin ordonne un nouvel édifice | l’ancienne cathédrale est arasée |
| dix ans plus tard | effondrement du chantier | la construction est reprise à partir de 1067 |
| 1120 | première cathédrale pleinement achevée | dédicace devant les comtes d’Anjou et du Maine |
| vers 1120 | vitrail de l’Ascension | le plus ancien vitrail en place |
| avril 1254 | achèvement du chœur gothique | dix mètres plus haut que le reste |
| vers 1430 | achèvement du transept nord | la cathédrale prend son visage actuel |
Relever la nef de dix mètres
Le nouveau chœur dépassait de dix mètres le reste de l’édifice, et les chanoines ont fini par trouver que cette construction à deux vitesses rendait l’ensemble assez laid, la rencontre des genres entre parties rénovées et non rénovées amoindrissant la splendeur du bâtiment.
La solution retenue est radicale : relever le transept et la nef de dix mètres pour les mettre à la hauteur du chœur. Les travaux sont entamés dès 1385 par l’architecte Jehan le Mazçon, et le transept sud est achevé vers 1392, année de l’arrivée du roi Charles VI au Mans.
La suite est une affaire de guerre et d’argent. En 1403 commencent les travaux du transept nord, mais la guerre de Cent Ans arrête les constructions ; en 1419, la cathédrale menace de s’effondrer et ses fondations doivent être consolidées ; le transept nord n’est achevé que vers 1430, et c’est à cette date que l’édifice prend le visage que l’on connaît. Les projets d’agrandissement formés après la guerre, dont l’exhaussement de la nef, ne seront pas mis en œuvre, les caisses étant vides.
Les pertes ultérieures ne viennent pas des guerres. Le jubé voulu par le cardinal Philippe de Luxembourg est détruit en 1562, celui du XVIIe siècle et l’horloge astronomique le sont au XVIIIe, et l’évêque Louis-André de Grimaldi, entiché de modernité, ferme la cathédrale de 1768 à 1771 pour couvrir le sol de marbre, badigeonner les murs en gris bleu et débarrasser l’édifice de ce qu’il appelait ses vieilleries. Les murs ne seront décapés qu’au XIXe siècle.
Au XXe siècle, en revanche, aucun bombardement ne touche le bâtiment lors des deux guerres mondiales. La cathédrale, classée monument historique par la liste de 1862, reste un chantier quasi permanent de rénovation, attaquée par la pollution de l’air et sujette au vieillissement naturel ; en novembre 2020, 2,5 millions d’euros ont été annoncés pour des travaux.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la cathédrale se lit comme deux bâtiments mis bout à bout. La nef romane, trapue, s’achève sur un transept et un chœur gothiques à treize chapelles rayonnantes, et l’on voit à la jonction la couture de l’opération de 1385, quand il a fallu relever de dix mètres la partie la plus ancienne.
La vue d’ensemble montre aussi le site, qui est un promontoire entre un vallon et la Sarthe, sur la butte du Vieux-Mans. L’édifice marque la fin de la Grande Rue, voie principale de la vieille ville, et il est orienté selon un axe du nord-ouest vers le sud-est.
Elle rappelle enfin que ce promontoire était occupé avant les évêques. Le menhir de 4,55 mètres adossé au flanc ouest, installé place Saint-Michel en 1778 après la destruction du dolmen de la Pierre au lait, atteste la présence ancienne de mégalithes sur place. En novembre 2019, des fouilles ont par ailleurs permis de trouver un reliquaire de plomb en forme de cœur dans la chapelle haute dite des anges musiciens.
À voir autour
- Fontevraud : la nécropole des Plantagenêts, devenue prison
- La cathédrale de Laon : sept tours prévues, cinq construites
- Le menhir de Champ-Dolent : 9,30 mètres et 50 tonnes
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice de la cathédrale Saint-Julien du Mans, Wikipédia en français.
