Des bœufs grandeur nature sculptés dans les tours : la cathédrale de Laon, à 100 m au-dessus de la plaine

Les tours orientales de la cathédrale Notre-Dame de Laon, dans l'Aisne
Les tours orientales de la cathédrale Notre-Dame de Laon, dans l'Aisne. Photo : Uoaei1, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Sur les tours de la façade occidentale de la cathédrale de Laon, des bœufs grandeur nature sont sculptés dans la pierre. Ce ne sont pas des figures symboliques : ce sont les bêtes qui ont tiré les blocs depuis les carrières, à plus de quinze kilomètres, puis les ont hissés au sommet de la butte où l’édifice se dresse, cent mètres au-dessus de la plaine.

Notre-Dame de Laon, dans l’Aisne, est l’un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Construite après l’abbatiale de Saint-Denis, Noyon et Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris. Monument historique depuis 1840, elle n’est plus, administrativement, une cathédrale.

Quatre-vingts ans de chantier, cinq campagnes

Le site porte des édifices depuis longtemps. Une cathédrale carolingienne y a été consacrée le 6 septembre 800 en présence de Charlemagne, puis une cathédrale romane inaugurée le 25 décembre 1071 lors du deuxième couronnement du roi Philippe Ier. Celle-ci est incendiée lors de l’insurrection communale du 25 avril 1112, sans être détruite, et l’église réparée est redédiée en 1114.

L’édifice actuel commence en 1155 et se poursuit jusqu’en 1235. Le chantier débute par le chœur et le grand transept, afin de recevoir les nombreux pèlerins, et en 1164 on y procède à la translation des reliques de saint Béat.

La troisième campagne, entre 1175 et 1185, donne l’essentiel de la silhouette : le transept et ses portails, la tour-lanterne d’inspiration anglo-normande à la croisée, les cinq dernières travées de la nef pour contrebuter cette tour, et les deux tours du transept. La tour nord est dite Thomas Becket, en souvenir de son passage à Laon en 1163 ; la tour sud est celle de l’horloge. Vers 1180, on pose les vitraux de la rose nord, dite des arts libéraux.

La quatrième campagne achève la nef et la façade occidentale vers 1200. C’est à ce moment que Villard de Honnecourt dessine et explique les parties supérieures des tours et des tourelles octogonales, en donnant le dessin des flèches alors en projet. Une cinquième campagne, de 1205 à 1220, s’avère nécessaire pour reconstruire le chœur, trop petit avec ses trois travées, et lui donner le chevet plat de dix travées actuel. La dédicace a lieu vers 1235-1238, et en 1250 une flèche est élevée sur la tour sud-ouest.

Villard de Honnecourt, maître d’œuvre et dessinateur du XIIIe siècle, a dit qu’elles étaient les plus belles du monde.

Sept tours prévues, cinq debout

Le projet était ambitieux au point de rester inachevé. Sur les sept tours prévues, cinq s’élancent : les deux qui couronnent le bloc de façade ouest, la tour-lanterne à la croisée du transept, et deux tours aux extrémités du transept. Deux autres, semblables, n’ont été achevées qu’à hauteur de la toiture.

Leur réputation a voyagé. Villard de Honnecourt les disait les plus belles du monde, et l’on rapporte que l’architecte allemand Hermann Friedrich Waesemann s’en inspira dans la seconde moitié du XIXe siècle pour les plans du beffroi de l’hôtel de ville de Berlin. Les tours de la façade occidentale atteignent 56 mètres.

C’est là que se trouvent les bœufs. Les deux tours occidentales sont ornées de statues de bœufs grandeur nature, hommage aux bêtes qui ont acheminé les blocs de pierre depuis les carrières avoisinantes, notamment celles de Chermizy, située à plus de quinze kilomètres, et les ont montés au sommet de la montagne couronnée de Laon. La légende ajoute qu’épuisés par l’effort, les bœufs auraient été remplacés par un bœuf miraculeusement apparu.

L’édifice a aussi essaimé. Il a influencé les cathédrales de Bamberg pour les tours, de Magdebourg et de Limbourg pour l’élévation intérieure avec tribunes, et Chartres pour le transept, tout en reprenant des caractéristiques de Tournai et de Reims.

DateÉtapeCe qu’elle apporte
6 septembre 800consécration de la cathédrale carolingienneen présence de Charlemagne
25 avril 1112incendie lors de l’insurrection communalel’édifice roman est endommagé
1155début du chantier gothiqueil se poursuivra jusqu’en 1235
1205-1220reconstruction du chœurde trois à dix travées, chevet plat
1793démolitions révolutionnairesflèche sud-ouest, beffroi, sculptures
1853restauration confiée à Boeswillwaldla façade s’était tassée de 80 cm
1870explosion d’une poudrièrevitraux détruits, cinq cents morts
La cathédrale Notre-Dame de Laon, dans l’Aisne.

Ce que l’édifice a traversé

La liste des accidents est longue. Un tremblement de terre ébranle la flèche le 18 septembre 1692, la grande tempête de 1705 laisse des traces, et en 1772 on altère le portail central en surélevant son linteau, simplement pour laisser passer plus facilement le dais des processions.

En 1793, les révolutionnaires démolissent la flèche de la tour sud-ouest, le beffroi situé entre les deux tours de la façade occidentale et une partie des sculptures des portails. Au milieu du XIXe siècle, une restauration devient indispensable : la façade occidentale s’est tassée de quatre-vingts centimètres, et les travaux sont confiés en 1853 à l’architecte Émile Boeswillwald.

La catastrophe de 1870 est d’un autre ordre. L’explosion d’une poudrière détruit les vitraux et tue cinq cents personnes. Les morceaux des verrières orientales sont recueillis, mais la rosace nord perd la moitié de ses vitraux, et aucun vitrail des chapelles ne peut être récupéré. La restauration ne s’achève qu’en 1914.

Les deux guerres mondiales, elles, l’ont épargnée. Laon est occupée du 2 septembre 1914 au 13 octobre 1918, mais hors de la zone des combats, et la cathédrale ne subit aucune destruction. En avril 1944, lors des raids aériens britanniques sur la ville, l’intervention de l’abbé Robert Lavarte auprès du commandement allemand aurait permis l’évacuation des engins explosifs déposés autour de l’édifice.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, on comprend d’abord le relief. La cathédrale se dresse sur la montagne de Laon, la ville haute, qui surplombe la plaine de cent mètres. Cela explique tout le reste : l’effort de transport des pierres, les bœufs sculptés en remerciement, et la visibilité de l’édifice à grande distance.

La vue aérienne révèle ensuite une particularité de plan. La cathédrale possède trois grandes façades dotées de tours et de portails monumentaux : à l’ouest comme de coutume, mais aussi au sud et au nord. Peu d’édifices gothiques présentent cette triple entrée monumentale.

Elle montre enfin la croissance par greffes. Tout au long du XIVe siècle, vingt-sept chapelles ont été construites entre les contreforts, puis fermées progressivement par des clôtures de pierre entre 1555 et 1697. Avec la façade du croisillon sud, partiellement modifiée au XIVe siècle, ce sont les parties de l’édifice qui ne datent pas de la première époque de sa construction.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de la cathédrale Notre-Dame de Laon, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Pourquoi des bœufs sur une cathédrale ?

Pour rendre hommage à ceux qui ont acheminé les blocs de pierre depuis les carrières avoisinantes, notamment celles de Chermizy située à plus de 15 kilomètres, puis les ont montés au sommet de la montagne couronnée de Laon. Selon la légende, épuisés par l'effort, les bœufs auraient été remplacés par un bœuf miraculeusement apparu.

Combien de tours comptait le projet ?

Sept. Cinq s'élancent aujourd'hui : les deux de la façade ouest, la tour-lanterne à la croisée du transept et deux tours aux extrémités du transept. Deux autres tours semblables n'ont été achevées qu'à hauteur de la toiture.

Quelle est sa place dans l'histoire du gothique ?

Elle est l'un des premiers édifices majeurs du style, construite après l'église abbatiale de Saint-Denis, la cathédrale de Noyon et celle de Sens, et contemporaine de Notre-Dame de Paris. Elle a influencé les cathédrales de Bamberg pour les tours, de Magdebourg et de Limbourg pour l'élévation intérieure, et celle de Chartres pour le transept.

Pourquoi le chœur a-t-il été rebâti ?

Parce qu'il était trop petit. Profond de seulement trois travées, il s'est rapidement révélé insuffisant, et une cinquième campagne de travaux, de 1205 à 1220, a donné le chœur à chevet plat de dix travées que l'on connaît aujourd'hui.

Qu'a-t-elle perdu en 1870 ?

Ses vitraux. L'explosion d'une poudrière a provoqué leur destruction ainsi que la mort de cinq cents personnes. Les morceaux des verrières orientales ont été recueillis, mais la rosace nord a perdu la moitié de ses vitraux et aucun vitrail des chapelles n'a pu être récupéré. Les travaux de restauration ne se sont achevés qu'en 1914.

Est-elle encore cathédrale ?

Non, au sens strict. Le diocèse de Laon ayant été absorbé en 1801 par celui de Soissons, l'édifice est aujourd'hui une simple église paroissiale, et il appartient à la commune de Laon, alors que la cathédrale de Soissons appartient à l'État.
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