Le 8 décembre 2025, l’État a inscrit au titre des monuments historiques l’hôtel de ville de Coucy-le-Château-Auffrique, dans l’Aisne, et le monument aux morts qui se dresse sur sa place. Ce sont les deux seules protections prononcées en France ce jour-là, et soixante-neuf mètres les séparent.
Ce chiffre de deux, nous l’avons établi dans deux corpus. Dans l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, deux seulement portent la date du 8 décembre 2025. Et dans la liste annuelle des immeubles protégés publiée au Journal officiel, qui recense deux cent quatre-vingt-quatorze protections pour l’année, la formule arrêté du 8 décembre 2025 n’apparaît que deux fois, dans ces deux mêmes entrées.
Deux protections pour toute la France ce jour-là, et les deux donnent sur la même place.
Un piège de décompte, et ce qui est réellement rare
Il faut d’abord écarter deux erreurs faciles.
La première est un piège de filtre : chercher la suite de caractères 8 décembre 2025 dans les libellés rend six notices, parce que quatre d’entre elles portent en réalité 18 décembre 2025, à Saint-Germain-du-Salembre, à Chillac, à Marseille et à Tarascon. Il faut une frontière de mot, ou interroger le champ de date structuré, pour retomber sur deux. Nous avons fait les deux.
La seconde erreur serait de croire qu’une journée à une seule commune est inhabituelle. Elle ne l’est pas : sur les douze mille deux cent six dates d’arrêté que porte le fichier, quarante-quatre virgule deux pour cent ne concernent qu’une commune.
Ce qui est rare, c’est le cumul. Deux protections le même jour et dans la même commune ne se produisent que cent soixante-quatre fois sur douze mille deux cent six dates, soit un virgule trois pour cent, et neuf fois seulement depuis 2020. Et sur l’année 2025 entière, vingt et un jours portent deux protections, dont un seul les place dans une même commune.
Deux salles différentes, et c’est l’arrêté qui tranche
L’arrêté protège les façades et toitures, la salle du conseil avec son décor peint dû à Robert La Montagne Saint-Hubert, le vestibule d’entrée et l’escalier avec sa rampe, sur la parcelle 46 de la section C.
Encore fallait-il savoir laquelle. Les publications du ministère de la Culture ne s’accordent pas entre elles, et nous sommes allés lire l’acte pour les départager.
| Texte | Ce qu’il écrit |
|---|---|
| arrêté préfectoral du 8 décembre 2025, au recueil des actes administratifs | Salle du conseil avec son décor peint dû à Robert La Montagne Saint-Hubert, en totalité |
| notice du ministère de la Culture, lue dans l’export national | salle du conseil avec son décor peint |
| liste publiée au Journal officiel, et page de la direction régionale | la salle des mariages avec son décor peint |
L’acte signé par le préfet de région écrit Salle du conseil. C’est donc la liste du Journal officiel qui s’écarte du texte qu’elle recense.
Du peintre, l’arrêté dit deux choses : il le qualifie de fresquiste de renom, et il justifie l’inscription par le témoignage de son oeuvre et par celui de l’action philanthropique américaine dans l’Aisne au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il ne date pas le décor et n’en donne pas le sujet, et aucune autre source que nous avons lue ne relie ce peintre à Coucy.
Le plus récent des deux cent quatre monuments aux morts
L’arrêté inscrit ce monument comme témoin de l’oeuvre du sculpteur Carlo Sarrabezolles, et pour une iconographie qui associe la figure du soldat de la Première Guerre mondiale au preux chevalier médiéval. Protéger un monument aux morts n’est pas courant, et nous l’avons mesuré avec deux filtres.
- Avec un filtre strict sur la dénomination, cent quatre-vingt-cinq notices de l’export sont des monuments aux morts, soit quatre dixièmes de pour cent.
- Avec un filtre plus large, deux cent quatre.
- Dans les deux ensembles, celui de Coucy porte la date de protection la plus récente. Nous avons vérifié qu’aucune des deux cent quatre notices ne porte de date réduite à une année, ce qui aurait faussé le tri.
Pour l’hôtel de ville, la formule exacte compte aussi. C’est le septième hôtel de ville protégé de l’Aisne et le plus récent du département, mais pas de France : celui de Martel a été protégé en avril 2026, celui de Calais en juillet 2026.
La commune compte sept notices au total, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, qui rendent exactement le même ensemble. Le département en compte six cent cinquante-cinq.
Deux actes, et non un seul
Restait la pièce maîtresse, et elle a fini par sortir.
La page du recueil des actes administratifs de la région pour l’année 2025 rend bien une erreur de serveur, comme celles de 2021 à 2024, alors que celle de 2026, à la même adresse à l’année près, fonctionne et sert plus de quatre cents liens. Mais les fascicules restent téléchargeables un à un, et les deux arrêtés figurent au recueil numéro R32-2025-678, publié le 19 décembre 2025.
Ce sont deux actes distincts du même jour, numérotés R32-2025-12-08-00157 pour l’hôtel de ville et R32-2025-12-08-00158 pour le monument aux morts, signés à Lille le 8 décembre 2025 par le préfet de région. Tous deux s’appuient sur l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 29 avril 2025, et tous deux notent que la commune est propriétaire depuis une date antérieure au 1er janvier 1956.
Vu du ciel, une place sur un éperon
Les deux notices sont à soixante-huit mètres sept l’une de l’autre, distance que nous avons calculée par la formule de haversine sur les coordonnées publiées. L’ancienne maison du Gouverneur est à soixante-dix-huit mètres, la porte de Laon à deux cent soixante-dix mètres, et le château à quatre cent sept mètres.
Les altitudes relevées au service d’altimétrie de l’État donnent cent vingt-cinq mètres un à la mairie et cent vingt-cinq mètres cinq au monument aux morts. Un dépliant de randonnée départemental annonce une altitude maximale de cent vingt-cinq mètres pour son circuit de deux kilomètres et demi, qui part face à la mairie : nos relevés tombent dessus.
Nous avons tiré quatre profils depuis la place pour mesurer l’éperon plutôt que de le décrire. Vers le nord, le terrain perd soixante-deux mètres quatre-vingt-huit sur six cent soixante-sept mètres. Vers l’ouest, soixante-treize mètres cinq sur mille trois cent quatorze mètres. Mais vers l’est, il remonte à cent quarante mètres trois.
Cette remontée impose une correction à l’image que l’on se fait du lieu : l’éperon n’est pas isolé de toutes parts. Le raccord au plateau se fait vers le nord-est, où le terrain ne descend pas sous cent dix-neuf mètres neuf sur huit cents mètres, alors que plein est il faut d’abord perdre cinquante-deux mètres avant la remontée.
Sources : notices PA02000123 et PA02000124 du ministère de la Culture, lues dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour les deux inscriptions du 8 décembre 2025, leurs libellés intégraux, la propriété communale et les coordonnées ; liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2025, publiée au Journal officiel du 23 juin 2026, lue sur le site de diffusion du droit et dans le fichier authentifié du Journal officiel, pour les deux seules occurrences de la formule arrêté du 8 décembre 2025 sur deux cent quatre-vingt-quatorze protections, et pour le libellé divergent nommant la salle des mariages et le monument aux morts non cadastré, ces deux canaux relevant du même ministère et ne faisant donc pas deux sources ; page de la direction régionale des affaires culturelles des Hauts-de-France, lue dans un instantané d’archive du 20 avril 2026, le site vivant ayant répondu par une indisponibilité ; dépliant de randonnée d’Aisne Tourisme, pour l’altitude maximale annoncée de son circuit de deux kilomètres et demi ; service d’altimétrie de l’IGN et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les altitudes, les quatre profils de versant et les quatre distances ; export national des immeubles protégés, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les deux notices du 8 décembre 2025 établies par deux filtres distincts, les six que rend un filtre par sous-chaîne, les douze mille deux cent six dates d’arrêté et la part de quarante-quatre virgule deux pour cent, les cent soixante-quatre dates à deux protections dans une même commune, les cent quatre-vingt-cinq et deux cent quatre monuments aux morts, les sept notices de la commune rendues par les deux voies et les six cent cinquante-cinq du département ; recueil des actes administratifs de l’État en Hauts-de-France numéro R32-2025-678, publié le 19 décembre 2025, dont nous avons retéléchargé le fichier et contrôlé l’empreinte, les pages d’actes étant des images sans couche de texte que nous avons rendues et lues par reconnaissance optique à trois cents points par pouce, pour le texte intégral des deux arrêtés, leurs deux numéros, leur signature à Lille le 8 décembre 2025 par le préfet de région, le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 29 avril 2025, la mention de propriété communale antérieure au 1er janvier 1956, les trois parties inscrites de l’hôtel de ville dont la salle du conseil, la section C et la parcelle 46, l’inscription en totalité du monument aux morts sans numéro de parcelle, le sculpteur Carlo Sarrabezolles, l’iconographie associant le soldat au preux chevalier médiéval, et le peintre Robert La Montagne-Saint-Hubert qualifié de fresquiste de renom avec la mention de l’action philanthropique américaine dans l’Aisne. Ne sont pas établis : les dates de construction de l’hôtel de ville et du monument aux morts, et la date comme le sujet du décor peint.

