Selon France 3, le niveau du lac de Vassivière était passé sous la cote 642 mètres le lundi 28 septembre 2026. Depuis le 29 septembre, les bateaux y sont interdits. Sur les rives découvertes de ce grand réservoir du Limousin, d’anciens chemins, une digue et des fondations de maisons ont reparu, engloutis lors de la mise en eau du lac, entre fin 1949 et 1951.
Vu du ciel, Vassivière dessine un plan d’eau très découpé, avec des presqu’îles boisées, trois îlots et une grande île au centre. Tout cela est pourtant l’œuvre d’un barrage. Le lac a été créé par EDF sur la Maulde, petite rivière du plateau de Millevaches, et il reste avant tout une réserve d’eau pour une usine hydroélectrique. Son niveau monte et descend au rythme de cette fonction, et la sécheresse de 2026 a fait remonter à la surface une partie du paysage noyé.
Un barrage de l’après-guerre pour une usine souterraine
Selon le mémoguide publié par EDF en 2012, la décision de développer l’hydroélectricité dans la vallée de la Maulde est prise à la fin de la Seconde Guerre mondiale, face à la hausse de la demande en électricité. Le barrage est construit entre fin 1946 et 1950. C’est un barrage poids rectiligne de 32,9 mètres de hauteur et de 233 mètres de crête, équipé de deux vannes clapets automatiques qui servent d’évacuateurs de crues. La monographie du Comité français des barrages et réservoirs donne de son côté une hauteur sur fondation de 38,9 mètres et une période de construction de 1947 à 1950.
Le barrage n’abrite aucune turbine. L’eau est captée dans le lac puis conduite vers l’usine souterraine du Mazet, à Peyrat-le-Château. EDF détaille le trajet :
- une galerie souterraine d’amenée de 2,6 km de long ;
- une conduite forcée de 610 mètres ;
- une hauteur de chute de 252 mètres jusqu’aux trois turbines Francis ;
- une puissance totale de 63 MW, avec des groupes mis en service entre décembre 1951 et mars 1952.
La Maulde seule ne suffisait pas à remplir un tel réservoir. EDF précise qu’il a fallu construire des barrages, des canaux et des galeries souterraines pour dériver une partie du débit de cours d’eau voisins. L’usine et le barrage appartiennent aujourd’hui à une chaîne de 18 barrages installée sur la Vienne, la Creuse, la Maulde et le Taurion.
Une mise en eau étalée et une quinzaine de foyers éteints
La date de naissance du lac varie selon les documents. EDF indique une mise en eau entre fin 1949 et juin 1951. L’office de tourisme de la Creuse retient la veille de Noël 1950, jour où les vannes sont fermées, avant un remplissage progressif jusqu’à 106 millions de mètres cubes. Ce volume figure aussi dans la documentation d’EDF, qui parle de près de 1 000 hectares d’étendue d’eau et classe Vassivière au 14e rang des lacs artificiels de France.
Sous l’eau sont restés des hameaux, des fermes et des moulins. Selon l’office de tourisme, une quinzaine de foyers se sont éteints lors de la mise en eau. Un reportage de France 3 Nouvelle-Aquitaine publié le 15 septembre 2026 cite le village de Villecros, englouti comme huit autres en 1950. Le lac doit lui-même son nom à la famille qui exploitait le domaine agricole de l’île, dont une grande partie des terres a été inondée.
Le phénomène n’est pas propre au Limousin. Dans les Alpes, l’ancien village de Tignes, englouti en 1952 sous le lac du Chevril, refait lui aussi surface lors des vidanges du barrage.
L’île de Vassivière, une colline devenue belvédère
La montée des eaux a isolé une colline couverte de prairies, de terres labourables et de bois, qui portait une maison de maître, des dépendances et une ferme. La fiche de la DREAL consacrée au site décrit trois sommets à 675, 692 et 711 mètres, et une longue passerelle réservée aux piétons et aux deux-roues qui relie l’île à Pierrefitte. L’île et des parties de berges forment un site inscrit depuis le 10 janvier 1964, sur 132 hectares au total. La route qui fait le tour du lac n’a été construite qu’en 1971 et 1972.
L’image rurale de l’île change en 1990 avec la construction d’un centre d’art contemporain confié à l’architecte italien Aldo Rossi, en collaboration avec Xavier Fabre. Le bâtiment associe une longue galerie et une tour tronconique en granit et en brique, que la DREAL compare à un phare. Le Centre Pompidou, qui conserve une maquette du projet, date celui-ci de 1988 à 1991 et le présente comme la seule œuvre d’Aldo Rossi construite en France. Autour, un parc de sculptures comptait environ 36 œuvres selon la même fiche de la DREAL.
Vidanges et baisses de niveau : ce que le lac a déjà montré
Le lac n’a jamais été un paysage figé : c’est un réservoir qui monte et qui descend. EDF s’est engagée auprès des préfets à maintenir la cote touristique de 647 mètres NGF du 1er avril au 31 août. Après cette date, l’eau stockée sert notamment à soutenir le débit de la Vienne en période d’étiage.
En 1995, le lac a été vidé pour l’entretien des ouvrages, selon l’office de tourisme de la Creuse. Plusieurs archives filmées gardent la trace de cette vidange :
- la cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine conserve un film 16 mm de Pierre Goetschel montrant le lac lors de sa vidange en septembre 1995 ;
- Télé Millevaches a tourné en décembre 1995 une promenade au fond du lac avec un ancien habitant, à la redécouverte du moulin et de la scierie de la Jassine ;
- la monographie du Comité français des barrages et réservoirs mentionne la même année des travaux sur le parement aval du barrage.
Les étés secs ont aussi fait baisser le lac. Le 25 octobre 2018, EDF annonçait l’interdiction de naviguer, par arrêté interpréfectoral, après l’atteinte de la cote 642 m NGF, à la suite d’une année marquée par une sécheresse historique. En septembre 2019, l’exploitant prévenait d’une baisse de 5 à 10 cm par jour jusqu’à la fin du mois pour soutenir la Vienne. En Bretagne, le lac de Guerlédan a été vidé pendant six mois en 2015, ce qui a rendu ses écluses noyées aux promeneurs.
Automne 2026 : quatre mètres de moins et des vestiges à découvert
Mi-septembre 2026, France 3 rapportait une baisse de 4 mètres du niveau du lac à cause de la sécheresse. Selon un second reportage publié le 1er octobre, le lac est passé sous la cote 642 mètres et perdait alors 10 à 15 cm par jour. Le syndicat mixte du lac a annoncé l’interdiction des bateaux à partir du 29 septembre, afin de soutenir le débit de la Vienne. La maire de Peyrat-le-Château y rappelait qu’EDF est engagée par convention à fournir de l’eau en aval.
Sur les berges découvertes, l’office de tourisme, cité par France 3, recense plusieurs types de vestiges :
- d’anciens chemins et une digue ;
- des fondations de maisons ;
- une ancienne cave voûtée ;
- un ancien canal de moulin.
Il demande de ne pas déplacer les pierres. Les vases exposées restent un piège : France 3 a rapporté le 10 octobre qu’une personne âgée s’était enlisée au cours du premier week-end d’octobre. Les conseils donnés sont de rester sur les chemins aménagés, d’éviter les zones découvertes et de prévenir ses proches avant de partir.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Construction du barrage | fin 1946 à 1950 | EDF |
| Hauteur et crête | 32,9 m et 233 m | EDF |
| Volume du lac | 106 millions de m³ | EDF |
| Cote touristique | 647 m NGF du 1er avril au 31 août | EDF |
| Navigation interdite | 25 octobre 2018 et 29 septembre 2026 | EDF, France 3 |
Le lac n’a jamais été un paysage figé : c’est un réservoir qui monte et qui descend.
Ce que l’on ne sait pas encore
Plusieurs points restent flous. Les dates de mise en eau diffèrent d’un document à l’autre, entre fin 1949 pour EDF et la veille de Noël 1950 pour l’office de tourisme, et la hauteur du barrage n’est pas la même selon qu’on la mesure depuis la fondation ou non. Le nombre de villages engloutis varie selon qu’on compte des villages, des hameaux ou des foyers. Enfin, la maire de Peyrat-le-Château affirme qu’on n’a jamais baissé le niveau du lac à ce point, mais le niveau le plus bas atteint à l’automne 2026 et la date de remontée à la cote normale dépendront des pluies des prochaines semaines.

