Une monnaie d’argent prise dans un joint d’argile a réglé une question que les érudits se posaient depuis le XIXe siècle. Le camp de Péran n’est pas romain.
Le camp de Péran se trouve près du hameau du même nom, sur la commune de Plédran, dans les Côtes-d’Armor. Il occupe un rebord de plateau à environ 160 mètres d’altitude, qui domine les vallées du Gouët et de l’Urne, à moins de dix kilomètres de la mer. Il est classé au titre des monuments historiques depuis 1875.
Un siècle et demi d’hypothèses
Le site a intrigué très tôt. Il est étudié entre 1820 et 1825, visité en 1841 par Bachelot de La Pylaie qui souligne l’intérêt d’y fouiller, puis examiné en 1846 et en 1866 à la demande du préfet du département.
L’attribution romaine tenait à un argument de géographie. Une importante voie romaine passe à environ 300 mètres à l’ouest du site, encore appelée aujourd’hui le Chemin de Noé, et elle reliait Corseul à Carhaix par Yffiniac. Un ouvrage fortifié au bord d’une voie romaine paraissait romain.
Deux lectures ont contredit cette évidence apparente. En 1861, Viollet-le-Duc avance dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française que les fortifications sont postérieures à l’époque romaine. Puis une étude britannique conduite en 1938 et 1939 sur les fortifications gauloises du quart nord-ouest de la France range le camp parmi les ouvrages du second âge du fer. Le camp est par ailleurs cartographié sur le plan cadastral de 1933.
| Élément | Mesure ou date |
|---|---|
| superficie | 1 hectare |
| dimensions de l’ellipse | 160 m du nord au sud, 140 m d’est en ouest |
| altitude | environ 160 mètres |
| profondeur du puits maçonné | 9 mètres |
| frappe du denier d’York | entre 905 et 925 |
| classement au titre des monuments historiques | 1875 |
Un rempart construit en couches, et brûlé
La défense n’est pas un simple mur. En partant de l’extérieur, on rencontre un fossé d’un mètre cinquante de profondeur, une levée de terre large de trois à quatre mètres à la base et très érodée dans sa partie haute, un petit fossé très étroit, un glacis d’argile formant un talus à 45 degrés, et enfin un rempart maçonné de pierres avec une armature de bois.
C’est cette armature qui explique l’état du mur. Le rempart a été vitrifié par un violent incendie : l’intensité de la combustion des pièces de bois de l’armature a entraîné une vitrification partielle des pierres et l’effondrement de l’enceinte, ce qui a valu au site d’être qualifié de château de verre.
L’intérieur était tenable dans la durée. Un puits maçonné de neuf mètres de profondeur fournissait de l’eau potable, ce qui change la nature du lieu : on n’y venait pas seulement se réfugier quelques heures.
Les Pierres Brûlées, et un débat de spécialistes
Avant d’être un site archéologique, le lieu était un toponyme. Il était connu dans la région sous le nom de Pierres Brûlées, ce qui décrivait exactement ce que l’on y voyait sans savoir l’expliquer.
Deux questions ont longtemps divisé les spécialistes. La première portait sur la vitrification : fallait-il y voir un mode de construction délibéré ou le résultat d’un incendie ? La seconde portait sur l’identité des bâtisseurs, Gaulois ou Romains. Le site était alors considéré comme un oppidum gaulois transformé ensuite en fort romain.
Les premières fouilles n’ont pas aidé à trancher. Entre 1820 et 1825, Rioust de l’Argentaye et Le Court de La Villethassetz étudient le site, mais le résultat de leurs travaux n’a jamais été publié. Geslin de Bourgogne y effectue des sondages en 1846 et en 1866, à la demande du préfet.
Les campagnes récentes ont montré que la réponse n’était pas à choisir entre deux hypothèses. Le camp a été occupé sur une longue période, depuis l’époque gauloise jusqu’aux incursions vikings, et l’intérêt majeur du site tient à son utilisation comme forteresse à la fin de la présence viking en Bretagne, au Xe siècle.
Le camp appartient aujourd’hui à la commune de Plédran et au département des Côtes-d’Armor, l’État lui ayant transféré sa propriété par une convention signée le 1er février 2008. Son côté oriental a été partiellement endommagé par la construction de la route.
Huit datations au carbone 14 placent la destruction du rempart dans la première moitié du Xe siècle.
La monnaie qui a tranché
Un denier d’argent a été retrouvé dans le joint d’argile d’un mur en pierres. Il a été frappé entre 905 et 925 à York, par les Vikings qui occupaient alors la ville.
La position de l’objet est ce qui compte. Une monnaie prise dans un joint n’a pas été perdue sur le sol après coup : elle était là quand le mur a été monté. Le mur ne peut donc pas être antérieur à la frappe. Les fouilles distinguent par ailleurs quatre grandes périodes d’occupation sur le site, à l’époque gauloise, au Xe siècle, au XIIIe siècle et au XIXe siècle.
Huit datations au carbone 14, effectuées sur des charbons de bois retrouvés entre les blocs de pierre de la base du rempart, convergent avec ce résultat : la destruction est intervenue durant la première moitié du Xe siècle. Cette implantation peut être mise en relation avec la bataille qui, selon la tradition, aurait opposé vers 936 à 940 Alain II, dit Barbetorte, à des Vikings retranchés dans un camp près de l’embouchure du Gouët.
Ce que les fouilles ont apporté : des campagnes menées entre 1983 et 1990 par une association de bénévoles, les Amis du Camp de Péran, puis une seconde série à partir de 1991 sous la direction de Jean-Pierre Nicolardot. Le matériel mis au jour, dont des pointes de lance, un étrier et un fer à cheval de petite taille, est conservé au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc et dans les collections de la DRAC.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’ellipse se lit encore dans le relief et dans la végétation, malgré l’érosion du sommet de la levée de terre.
La vue explique le choix du lieu. Un rebord de plateau à cent soixante mètres, dominant deux vallées et à moins de dix kilomètres de la mer, surveille à la fois les accès terrestres et l’arrière-pays d’un estuaire.
Elle situe enfin le camp par rapport au Chemin de Noé, à trois cents mètres à l’ouest. La proximité de la voie romaine est réelle, et c’est elle qui a longtemps égaré les interprétations.
À voir autour
- Le grand camp de César à Gergovie : deux mille six cents mètres de fossés
- Bibracte : cent trente-cinq hectares sur le mont Beuvray
- Colletière, au lac de Paladru : un habitat fortifié daté de 1007
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie et le dossier Côtes-d’Armor.
Sources : notice du camp de Péran, Wikipédia en français ; base Mérimée, notice PA00089399.

