La réserve des Sept-Îles est passée d’environ 280 à 19 700 hectares par le décret de juillet 2023

L'île Rouzic et sa colonie de fous de Bassan, dans la réserve des Sept-Îles
L'île Rouzic, dans la réserve des Sept-Îles. Photo : JackyM59, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

La réserve des Sept-Îles couvrait environ 280 hectares depuis 1976. Un décret du 19 juillet 2023 l’a portée à près de 19 700. Elle a été multipliée par soixante-dix en une signature.

L’archipel se trouve au large de Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor. Le nouveau périmètre s’étend du plateau des Triagoz jusqu’à l’île Tomé.

Soixante-dix fois plus grande

Le décret numéro 2023-640 du 19 juillet 2023, publié au Journal officiel du 21 juillet, fixe le chiffre dans son premier article : la superficie totale de la réserve est d’environ 19 700 hectares, dont 71 hectares de surface cadastrée, le reste étant constitué d’espace maritime.

Cette dernière précision est la clé. Le changement d’échelle est presque entièrement marin. Le ministère écrit de son côté que la partie terrestre a doublé, pour atteindre 80 hectares, un chiffre qui ne recoupe pas les 71 hectares de surface cadastrée du décret, et qu’aucune des deux sources n’explique.

L’ancien périmètre disait son époque. L’arrêté du 18 octobre 1976 énumérait les îles une par une avec leurs contenances cadastrales, l’île Bono pour 21 hectares 2 ares 80 centiares, l’île aux Moines pour 9 hectares 38 ares 30 centiares, et ainsi de suite. On protégeait des cailloux et leurs estrans.

Le décret de 2023 protège de l’eau. Il reporte le périmètre sur des cartes marines du service hydrographique et océanographique de la Marine, au 1/70 000 et au 1/25 000, et non plus seulement sur des plans cadastraux.

ÉlémentValeurPrécision
superficie avantenviron 280 haarrêté du 18 octobre 1976
superficie aprèsenviron 19 700 hadécret du 19 juillet 2023
surface cadastrée71 hale reste est maritime
surface terrestre80 haelle a doublé
zone de protection renforcéeenviron 130 haau nord-ouest de l’île Rouzic
fermeture de cette zonedu 1er avril au 31 aoûtcinq mois par an
emprise d’ouest en estdes Triagoz à l’île Tomél’île Tomé est le seul ajout terrestre
rang2e de France métropolitainederrière les Bouches de Bonifacio
La réserve des Sept-Îles d’après l’arrêté de 1976 et le décret de 2023.

Ce que le ministère dit, et ce qu’il écrit

Un point demande de la prudence. La page du ministère chargé de la mer titre que la réserve devient la plus grande de l’hexagone, et écrit dans son corps de texte qu’elle devient la deuxième plus vaste de France métropolitaine, derrière les Bouches de Bonifacio.

Les deux affirmations ne peuvent pas être vraies ensemble. La formulation exacte, celle que le texte finit par donner, est qu’elle est la plus grande sur le continent : les Bouches de Bonifacio sont en Corse.

Nous retenons donc le corps du texte et non le titre. C’est le genre d’écart qui se propage très vite, parce qu’un titre se recopie plus facilement qu’un paragraphe.

Sur 19 700 hectares, 71 seulement sont cadastrés. Tout le reste est de la mer.

Pourquoi étendre vers le large

L’objet de la protection a changé de nature. L’arrêté de 1976 visait les oiseaux et interdisait la chasse, le débarquement, le port d’armes, l’introduction d’espèces. Il raisonnait en îles.

Le décret de 2023 vise le fond de la mer. Sa notice justifie l’extension par la protection du patrimoine naturel marin, notamment les forêts de laminaires et les champs de gorgones, c’est à dire des habitats sous-marins qu’aucun périmètre terrestre ne pouvait couvrir.

Le chiffre qui justifie l’opération est d’inventaire : un millier d’espèces habitant les fonds marins ont été recensées sur les plateaux rocheux des Triagoz et des Sept-Îles, dont dix pour cent identifiées à enjeux.

Le cœur du dispositif reste pourtant minuscule à l’échelle du nouveau périmètre. Une zone de protection renforcée d’environ 130 hectares, au nord-ouest de l’île Rouzic, y est interdite à toute activité du 1er avril au 31 août.

D’où viennent les chiffres d’oiseaux : les effectifs que l’on lit partout, plus de 25 000 couples d’oiseaux marins, onze espèces nicheuses régulières, 86 pour cent de l’effectif de l’archipel concentré sur la seule île Rouzic, une cinquantaine de phoques gris et 70 pour cent des naissances de France métropolitaine, figurent dans un dossier de presse signé de l’État. Mais ce dossier ne porte aucune bibliographie, aucune année de relevé, et ses deux contacts sont un agent de la direction régionale de l’environnement et le responsable de la réserve, salarié de la Ligue pour la protection des oiseaux, et aucun des deux n’y est présenté comme un contact scientifique. Or la réserve est gérée par la Ligue pour la protection des oiseaux depuis 1976. Ces chiffres sont donc ceux du gestionnaire, repris par l’État, et non deux sources qui se confirmeraient l’une l’autre.

Ce que l’extension change pour le public

Moins qu’on ne pourrait croire, et pas toujours dans le sens attendu. Les estrans des îles Malban et Rouzic étaient déjà interdits depuis 1976, et l’extension n’y change rien.

Le dossier de presse présente comme un assouplissement l’accès libre toute l’année aux deux plages de l’île aux Moines, au pied de la cale et au nord de la caserne. L’arrêté de 1976 était en réalité plus large : il laissait libres le débarquement et la circulation sur toute l’île aux Moines, quand le décret de 2023 limite la circulation aux cheminements balisés.

L’île Tomé, seul espace terrestre ajouté, voit en revanche son interdiction de débarquement, qui relevait jusque-là d’un arrêté municipal, reprise au titre de la réserve. Ses estrans ne restent accessibles que quelques heures autour de la basse mer.

La démarche a été longue : annoncée au comité consultatif du 5 décembre 2017, engagée au printemps 2018 sous pilotage de la sous-préfecture de Lannion, et conclue par une inauguration le 25 août 2023 à Perros-Guirec.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, l’ancien périmètre et le nouveau n’ont plus rien de comparable. Le premier se résumait à des taches de roche au large ; le second est une nappe qui va du plateau des Triagoz à l’île Tomé.

La vue rappelle aussi pourquoi l’île Rouzic concentre l’essentiel de la vie : c’est elle qui porte l’unique colonie française de fous de Bassan. Le dossier de presse décrit la zone de protection renforcée comme un cône qui englobe les hauts fonds dits Les Vieilles, et précise que le trou de Rouzic en a été volontairement écarté pour laisser observer la colonie.

Elle montre enfin ce que l’extension ne montre pas. L’essentiel de ce qui est désormais protégé, les laminaires et les gorgones, se trouve sous la surface : la carte a changé, le paysage non.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.

Sources : décret numéro 2023-640 du 19 juillet 2023 portant redéfinition du périmètre et de la réglementation de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, publié au Journal officiel du 21 juillet 2023, pour les superficies, les coordonnées du périmètre, la création de la zone de protection renforcée et les cartes de référence ; arrêté du 18 octobre 1976 pour le périmètre d’origine, les contenances île par île et la gestion confiée à la Ligue pour la protection des oiseaux ; dossier de presse de l’État d’août 2023 pour les effectifs de faune, qui sont ceux du gestionnaire, pour l’emprise décrite du plateau des Triagoz à l’île Tomé, et pour la superficie de 130 hectares de la zone de protection renforcée et son orientation ; ministère chargé de la mer pour le rang de la réserve.

Questions fréquentes

De combien la réserve a-t-elle grandi ?

D'un facteur soixante-dix. Elle couvrait environ 280 hectares depuis 1976 ; le décret numéro 2023-640 du 19 juillet 2023, publié au Journal officiel du 21 juillet, a porté sa superficie totale à environ 19 700 hectares.

Est-ce la plus grande de France ?

Non, et le ministère se contredit sur ce point dans une même page : son titre annonce la plus grande de l'hexagone, son texte écrit la deuxième plus vaste de France métropolitaine, derrière les Bouches de Bonifacio. La formule exacte est qu'elle est la plus grande sur le continent.

Qu'est-ce qui a été ajouté ?

De la mer, presque uniquement. Sur les 19 700 hectares, 71 seulement sont cadastrés, le reste étant de l'espace maritime. Le seul espace terrestre ajouté est l'île Tomé.

Pourquoi étendre une réserve à oiseaux vers le large ?

Parce que l'objet de la protection a changé. Le décret vise le patrimoine naturel marin, notamment les forêts de laminaires et les champs de gorgones, que l'ancien périmètre, limité aux îles et à leurs estrans, ne couvrait pas.

Qu'est-ce que la zone de protection renforcée ?

Un cône d'environ 130 hectares au nord-ouest de l'île Rouzic, d'après le dossier de presse de l'État, où toute activité est interdite du 1er avril au 31 août, soit cinq mois par an, à l'exception des opérations scientifiques du gestionnaire et des missions de police, de secours et de lutte contre les pollutions. Le décret, lui, écrit seulement autour de l'île Rouzic et ne donne aucune superficie.

Qui gère la réserve ?

La Ligue pour la protection des oiseaux, et ce depuis l'origine : l'arrêté de 1976 lui confiait déjà la gestion et prévoyait que le directeur de la réserve soit nommé sur sa proposition. C'est une précision qui compte pour lire les chiffres de faune, qui viennent tous du gestionnaire.

Que s'est-il passé en 2022 ?

La colonie de fous de Bassan a été gravement touchée par l'influenza aviaire hautement pathogène. L'État indique que les derniers survols confirment une perte globale de 50 pour cent des effectifs.
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