Au fond d’un vallon de Plédéliac, dans les Côtes-d’Armor, cinq tours de granite se reflètent dans des douves. Le château n’a plus de toiture : en 1793, la forteresse des Tournemine a été pillée, démantelée puis incendiée. Elle a ensuite servi de carrière de pierre jusqu’au début du XXe siècle, avant de devenir l’un des sites patrimoniaux du Département.
Le château de la Hunaudaye n’a rien d’un décor reconstruit. Le dossier de l’Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne le décrit comme un château fort de plan pentagonal irrégulier, à cinq tours reliées par des courtines continues, sans donjon, entouré de douves contenues par une contre-escarpe. Son histoire tient en trois temps : une construction au XIIIe siècle, une reconstruction après la guerre de Succession de Bretagne, puis la ruine à la Révolution avant le sauvetage du XXe siècle.
Un château bâti pour surveiller une frontière intérieure
Selon le site officiel du château, la forteresse est construite vers 1220 par Olivier Tournemine. Elle protège alors la frontière est du Penthièvre, le pays de Lamballe, en conflit avec le Poudouvre, la région de Dinan. Le premier château ne survit pas au XIVe siècle : il est détruit en 1341, pendant la guerre de Succession de Bretagne, une guerre civile qui ravage le duché pendant une vingtaine d’années.
La reconstruction commence à la fin du XIVe siècle sous Pierre Tournemine. Les dates varient selon les documents officiels, ce qui oblige à les présenter côte à côte :
- le site du château indique que Pierre Tournemine entame la reconstruction à la fin du XIVe siècle et que les trois plus larges tours datent de cette époque ;
- l’Inventaire évoque une reconstruction peu après la guerre, puis une seconde campagne au début du XVe siècle, vers 1405-1410, confiée à un maître de l’œuvre nommé Hersart ;
- la notice Mérimée du ministère de la Culture situe la reconstruction complète dans la seconde moitié du XVe siècle, en conservant deux tours primitives ;
- la notice Mérimée signale deux tours primitives conservées et intégrées à la nouvelle enceinte ; l’Inventaire attribue, au conditionnel, la petite tour ouest et la tour sud-est à la première campagne.
Cinq tours, pas de donjon et une cheminée de 18 mètres
Le plan qui nous est parvenu est celui de la reconstruction. L’Inventaire le classe parmi les châteaux forts à défense verticale, de type sans donjon. L’entrée se faisait par un pont-levis flanqué d’une tour, un dispositif que le dossier présente comme préfigurant le système du châtelet. La partie reconstruite au début du XVe siècle est percée de canonnières. Le site officiel résume ce chantier en disant qu’il a tenu compte des innovations militaires.
À l’intérieur, l’essentiel des espaces habités a disparu. Adossé aux courtines ouest, un logis aujourd’hui ruiné abritait une salle dotée d’une cheminée monumentale de 18 mètres de long. La chapelle occupait l’étage supérieur de la tour sud-est. Au-dessus de l’entrée subsiste un blason muet, et d’autres écus portent les armes des Tournemine, écartelé d’or et d’azur.
- murs en granite, en moellon et en pierre de taille ;
- quatre étages carrés et des voûtes d’arêtes, d’après la fiche de l’Inventaire ;
- les vestiges d’un escalier tournant à retours dans le logis ouest ;
- douves contenues par une contre-escarpe, au creux d’un vallon.
L’apogée des Tournemine, puis le lent déclin
À la fin du XVe siècle, la famille devient puissante en Bretagne. Le domaine est érigé en baronnie en 1487 en faveur de François Tournemine, lieutenant général pour le duc, précise l’Inventaire. Au XVIe siècle, d’après le site du château, la seigneurie s’étend sur plus de 80 paroisses, sans compter de nombreuses terres et seigneuries dans le Trégor et autour de Nantes. Pendant les troubles de la Ligue, de 1592 à 1598, le château est épargné : les camps opposés conviennent de sa neutralité.
La dernière transformation date du début du XVIIe siècle. Sébastien de Rosmadec, alors propriétaire, fait construire dans le logis ouest un escalier dont la porte porte un décor Renaissance, avec une colonne à chapiteau ionique. Le site officiel le présente comme la dernière construction réalisée pour mettre le château au goût du jour. Ensuite, le monument est de moins en moins entretenu et ses terres sont vendues peu à peu. La seigneurie passe aux Rieux en 1631, puis en 1783 aux la Moussaye-Carcouët et, l’année suivante, aux Talhouët. La baronnie est alors démembrée.
1793 : pillé, démantelé, incendié
La Révolution achève le château. Le site officiel écrit que, soupçonné de pouvoir devenir une place forte pour les Chouans, il est pillé et incendié. L’Inventaire va plus loin : selon son dossier, le château est pillé, démantelé puis incendié en 1793 par son propriétaire, le comte de Talhouët, futur maire de Rennes, pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Chouans. Lors de la restauration au titre des Monuments historiques, les toitures n’ont pas été restituées.
Après 1793, le château n’est plus qu’une carrière de pierre, exploitée jusqu’au début du XXe siècle. Le site officiel le qualifie alors d’irrémédiablement ruiné. Les ruines attirent pourtant des visiteurs. Le plus célèbre, d’après le site officiel, est Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, passionné d’architecture médiévale. Les habitants de la région en font un lieu de rencontres, de pique-niques et de fêtes.
Après 1793, le château n’est plus qu’une carrière de pierre, exploitée jusqu’au début du XXe siècle.
Du classement de 1922 au chantier de 2005
Le tournant survient en 1922. Selon le site du château, l’effondrement de la courtine nord en 1922 alerte les pouvoirs publics, qui classent le monument puis l’acquièrent en 1930. La notice Mérimée donne les deux actes : le château est classé monument historique par décret du 18 février 1922, et la parcelle dite Les Glacis, qui l’entoure, par arrêté du 27 novembre 1930.
Classé et acquis, le château reste pourtant à l’abandon. De 1930 à 1970, rapporte l’association du château, ronces et lierre prennent le dessus. En 1943, les ruines servent d’abri à des réfractaires et à des maquisards. L’accès est interdit trente ans après l’acquisition, le site étant devenu trop dangereux. Dans les années 1970, un crédit exceptionnel de 500 000 francs est accordé au titre des Monuments historiques pour la restauration, la consolidation et la sécurité, et 30 000 francs par le secrétariat d’État au Tourisme pour une passerelle à l’emplacement du pont-levis. Une association se forme alors pour assurer le gardiennage et les visites.
Le grand chantier arrive plus tard. D’après la page consacrée à la restauration, la plus grande campagne débute en 2005 et dure quatre ans. Faute d’images anciennes ou de plans d’archives, reconstruire les parties ruinées était impossible. L’architecte Marie-Suzanne de Ponthaud a donc proposé un aménagement contemporain, intégré au bâti historique.
- cinq tours accessibles au public ;
- un parcours de visite qui emprunte les anciens chemins de ronde ;
- un espace de 100 mètres carrés pour les expositions temporaires ;
- une salle pédagogique pour les scolaires et les ateliers d’enfants.
Resté propriété de l’État pendant 80 ans, le château a été transféré au Conseil départemental des Côtes-d’Armor en 2008, après la loi de décentralisation de 2003. La notice Mérimée précise que la convention a été signée le 1er février 2008. La gestion est restée à l’association, qui rassemble des bénévoles et une équipe salariée. Dans le même département, près du cap Fréhel, une autre forteresse médiévale se visite : le fort la Latte et son faux pont-levis.
| Date | Ce qui se passe | Source |
|---|---|---|
| vers 1220 | construction par Olivier Tournemine | site du château |
| 1341 | destruction pendant la guerre de Succession de Bretagne | site du château |
| 1487 | érection du domaine en baronnie | Inventaire, site du château |
| 1793 | pillage, démantèlement et incendie | Inventaire |
| 18 février 1922 | classement monument historique | notice Mérimée |
| 1er février 2008 | transfert de propriété au Département | notice Mérimée |
Ce que les sources ne tranchent pas
Plusieurs points de l’histoire de la Hunaudaye restent discutés. Le premier tient à la chronologie de la reconstruction : fin du XIVe siècle pour le site officiel, début du XVe pour l’Inventaire, seconde moitié du XVe pour la notice Mérimée. Le deuxième concerne l’incendie de 1793. L’Inventaire l’attribue au propriétaire lui-même, le site du château se contente de dire qu’il a été pillé et incendié, sans nommer d’auteur. Enfin, la date d’entrée dans le domaine de l’État diffère : 1930 pour le site officiel, l’époque du classement de 1922 pour l’Inventaire. Même la création de l’association varie d’une page à l’autre, 1976 ou 1977.
Ces écarts ne changent pas l’essentiel : un château fort reconstruit pour la guerre, délaissé à partir du XVIIe siècle, détruit à la Révolution, puis classé et restauré au XXe siècle. Pour l’automne 2026, le site du château annonce une réouverture du 17 octobre au 1er novembre, tous les jours de 14 h 30 à 18 h, avec un billet adulte à 6 euros. Pour une autre forteresse médiévale dont la chute s’est jouée sur un détail, voir notre article sur le siège de Château-Gaillard en 1204.

