Deux cônes de schiste noir dominent la plaine du Pas-de-Calais de 146 mètres. Ils ne sont pas un accident du relief : ce sont les déchets de quatre-vingt-douze ans d’extraction, et ils sont aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.
La fosse no 11 – 19 des mines de Lens, à Loos-en-Gohelle, a produit du charbon de 1894 à 1986. Elle a aussi produit trois terrils, numérotés 74, 74A et 74B, alimentés aussi par d’autres fosses de la compagnie, qui occupent 90 hectares et représentent 24 millions de mètres cubes de roches stériles remontées avec le charbon.
Un puits de 1894, un second de 1954
Le chantier du puits no 11 commence dans les années 1890, au sud de la commune, près des limites avec Lens, à 1 600 mètres au sud du clocher de Loos-en-Gohelle. L’orifice est situé à 75 mètres d’altitude, le diamètre utile du puits est de 4,80 mètres, et le terrain houiller est atteint à 160 mètres de profondeur.
Le creusement n’a rien d’une formalité. Le niveau aquifère a été passé avec quelques difficultés à l’aide de quatre pompes de 55 centimètres de diamètre donnant six à huit coups par minute, pour une venue d’eau maximale de 7 000 hectolitres à l’heure. La fosse est baptisée en l’honneur de Pierre Destombes, administrateur de la compagnie, et l’exploitation commence le 1er juin 1894, avec un premier accrochage à 189 mètres.
Un puits d’aérage s’ajoute ensuite. Les travaux du no 11 bis commencent le 24 mars 1908, à 875 mètres au sud-ouest, sur un autre carreau ; la mise en fonction a lieu le 29 mai 1909, dès que le puits atteint 320 mètres. Les cités de la fosse s’édifient quelques années plus tard autour de ce second carreau.
La guerre efface tout. Pendant la Première Guerre mondiale, les installations de la fosse no 11, comme celles de toutes les autres, sont complètement détruites, et la reconstruction dure encore quelques années après la fin du conflit.
Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares et représentent 24 millions de mètres cubes.
Une fosse de concentration qui remonte 8 000 tonnes par jour
La seconde vie du site est une affaire d’organisation industrielle. La Compagnie des mines de Lens est nationalisée en 1946 et intègre le Groupe de Lens ; en 1952, celui-ci fusionne avec le Groupe de Liévin. Il faut alors ouvrir des fosses de concentration pour regrouper en quelques points l’extraction des multiples puits de l’ancienne compagnie, et le puits no 19 est entrepris à partir de 1954 à Loos-en-Gohelle, parce que la fosse occupe une position centrale.
Les chiffres changent d’échelle. Le puits no 19, large de 6,65 mètres parce qu’il est équipé de deux compartiments, atteint 585 mètres en 1957. Sa tour d’extraction mesure 66 mètres de hauteur et pèse 10 000 tonnes ; ses cages contiennent quatre plateaux pouvant emporter chacun une berline de 3 000 litres, et la salle des machines, installée au sommet de la tour, abrite deux machines d’extraction de 4 000 chevaux.
L’extraction commence en 1960 à l’étage de 475 mètres. Les fosses nos 2 – 2 bis, 3 – 3 bis, 4 et 9 cessent d’extraire et sont concentrées sur le 11 – 19, dont elles continuent d’assurer le service et l’aérage. La fosse no 12 est concentrée en 1966, l’extraction passant la même année de 475 à 585 mètres.
Le rendement dépasse les prévisions. L’année suivante, la fosse remonte 8 000 tonnes par jour alors qu’elle avait été conçue pour 6 000. Un nouvel accrochage est établi à 710 mètres en 1971, les skips sont remplacés par un convoyeur à bande pour la mise à terril, et la fosse no 7 – 7 bis des mines de Liévin y est concentrée en 1973.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Début de l’exploitation | 1er juin 1894 | terrain houiller atteint à 160 mètres |
| Puits no 19 | 585 mètres en 1957, diamètre 6,65 m | deux compartiments, tour de 66 mètres |
| Tour d’extraction | 66 mètres, 10 000 tonnes | machines de 4 000 chevaux au sommet |
| Rendement en 1967 | 8 000 tonnes par jour | prévu initialement pour 6 000 |
| Fermeture | 31 janvier 1986 | puits remblayés en 1987, à 852 et 815 m |
| Terrils 74, 74A et 74B | 90 hectares, 24 millions de m3 | deux cônes d’environ 146 mètres de haut |
| Patrimoine mondial | 30 juin 2012 | 353 éléments répartis sur 109 sites |
Quand les déchets deviennent le monument
La fosse ferme le 31 janvier 1986. Les puits nos 11 et 19, profonds respectivement de 852 et 815 mètres, sont remblayés en 1987, et le lavoir est détruit. Mais l’essentiel des installations est conservé, puis rénové, ce qui est rare dans un bassin où l’on a longtemps effacé les traces.
La protection arrive vite. Une première inscription aux monuments historiques est prononcée le 6 mai 1992 pour le chevalement du puits no 11 et la tour d’extraction du no 19, mais cet arrêté a été annulé. La protection en vigueur est le classement du 21 décembre 2009, qui vise la tour et le bâtiment d’extraction du puits no 19 avec l’ensemble de son dispositif technique, le chevalement et le bâtiment d’extraction du puits no 11 avec le sien, et le bâtiment des machines du puits no 11.
Le 30 juin 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais entre au patrimoine mondial de l’Unesco, avec 353 éléments répartis sur 109 sites. La fosse 11 – 19 et ses trois terrils en constituent une partie, sous le numéro de site 63.
Le lieu a changé d’usage sans changer de forme. Culture commune, scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, y a été installée, et le carreau accueille désormais des activités qui n’ont plus rien à voir avec le charbon.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la lecture est immédiate : deux cônes réguliers et une table plate, posés sur une plaine sans relief. Les terrils nos 74 et 74A, dits 11 – 19 de Lens Est et Ouest, sont coniques ; le no 74B, dit 11 – 19 de Lens Nouveau, est tabulaire, parce que les méthodes de mise à terril ont changé en cours d’exploitation.
La hauteur se mesure de deux façons, et les deux chiffres circulent. Les deux cônes s’élèvent d’environ 146 mètres au-dessus du sol, pour une altitude de 187,50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ils figurent parmi les 339 terrils que compte la région.
La vue aérienne montre enfin ce que le sol ne dit pas : la vie qui a repris sur ces pentes. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, deux espèces de batraciens et reptiles, douze espèces de mammifères, neuf espèces de libellules et 53 espèces de papillons. Un terril n’est pas un sol, c’est un empilement de schiste qui chauffe et draine, et les espèces qui s’y installent ne sont pas celles de la plaine autour.
À voir autour
- Le carreau Wendel : 10 000 tonnes par jour et 5 000 mineurs
- Le puits Couriot : 727 mètres sous Saint-Étienne
- Les ardoisières de Trélazé : 400 ouvriers au fond en 1855
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice de la fosse no 11 – 19 des mines de Lens, Wikipédia en français.

