La fosse 11-19 de Loos-en-Gohelle et ses trois terrils, monument historique et patrimoine mondial

Le chevalement de la fosse 11-19, à Loos-en-Gohelle
La fosse n° 11 - 19 des mines de Lens, à Loos-en-Gohelle. Photo : Jérémy-Günther-Heinz Jähnick, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Deux cônes de schiste noir dominent la plaine du Pas-de-Calais de 146 mètres. Ils ne sont pas un accident du relief : ce sont les déchets de quatre-vingt-douze ans d’extraction, et ils sont aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

La fosse no 11 – 19 des mines de Lens, à Loos-en-Gohelle, a produit du charbon de 1894 à 1986. Elle a aussi produit trois terrils, numérotés 74, 74A et 74B, alimentés aussi par d’autres fosses de la compagnie, qui occupent 90 hectares et représentent 24 millions de mètres cubes de roches stériles remontées avec le charbon.

Un puits de 1894, un second de 1954

Le chantier du puits no 11 commence dans les années 1890, au sud de la commune, près des limites avec Lens, à 1 600 mètres au sud du clocher de Loos-en-Gohelle. L’orifice est situé à 75 mètres d’altitude, le diamètre utile du puits est de 4,80 mètres, et le terrain houiller est atteint à 160 mètres de profondeur.

Le creusement n’a rien d’une formalité. Le niveau aquifère a été passé avec quelques difficultés à l’aide de quatre pompes de 55 centimètres de diamètre donnant six à huit coups par minute, pour une venue d’eau maximale de 7 000 hectolitres à l’heure. La fosse est baptisée en l’honneur de Pierre Destombes, administrateur de la compagnie, et l’exploitation commence le 1er juin 1894, avec un premier accrochage à 189 mètres.

Un puits d’aérage s’ajoute ensuite. Les travaux du no 11 bis commencent le 24 mars 1908, à 875 mètres au sud-ouest, sur un autre carreau ; la mise en fonction a lieu le 29 mai 1909, dès que le puits atteint 320 mètres. Les cités de la fosse s’édifient quelques années plus tard autour de ce second carreau.

La guerre efface tout. Pendant la Première Guerre mondiale, les installations de la fosse no 11, comme celles de toutes les autres, sont complètement détruites, et la reconstruction dure encore quelques années après la fin du conflit.

Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares et représentent 24 millions de mètres cubes.

Une fosse de concentration qui remonte 8 000 tonnes par jour

La seconde vie du site est une affaire d’organisation industrielle. La Compagnie des mines de Lens est nationalisée en 1946 et intègre le Groupe de Lens ; en 1952, celui-ci fusionne avec le Groupe de Liévin. Il faut alors ouvrir des fosses de concentration pour regrouper en quelques points l’extraction des multiples puits de l’ancienne compagnie, et le puits no 19 est entrepris à partir de 1954 à Loos-en-Gohelle, parce que la fosse occupe une position centrale.

Les chiffres changent d’échelle. Le puits no 19, large de 6,65 mètres parce qu’il est équipé de deux compartiments, atteint 585 mètres en 1957. Sa tour d’extraction mesure 66 mètres de hauteur et pèse 10 000 tonnes ; ses cages contiennent quatre plateaux pouvant emporter chacun une berline de 3 000 litres, et la salle des machines, installée au sommet de la tour, abrite deux machines d’extraction de 4 000 chevaux.

L’extraction commence en 1960 à l’étage de 475 mètres. Les fosses nos 2 – 2 bis, 3 – 3 bis, 4 et 9 cessent d’extraire et sont concentrées sur le 11 – 19, dont elles continuent d’assurer le service et l’aérage. La fosse no 12 est concentrée en 1966, l’extraction passant la même année de 475 à 585 mètres.

Le rendement dépasse les prévisions. L’année suivante, la fosse remonte 8 000 tonnes par jour alors qu’elle avait été conçue pour 6 000. Un nouvel accrochage est établi à 710 mètres en 1971, les skips sont remplacés par un convoyeur à bande pour la mise à terril, et la fosse no 7 – 7 bis des mines de Liévin y est concentrée en 1973.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Début de l’exploitation1er juin 1894terrain houiller atteint à 160 mètres
Puits no 19585 mètres en 1957, diamètre 6,65 mdeux compartiments, tour de 66 mètres
Tour d’extraction66 mètres, 10 000 tonnesmachines de 4 000 chevaux au sommet
Rendement en 19678 000 tonnes par jourprévu initialement pour 6 000
Fermeture31 janvier 1986puits remblayés en 1987, à 852 et 815 m
Terrils 74, 74A et 74B90 hectares, 24 millions de m3deux cônes d’environ 146 mètres de haut
Patrimoine mondial30 juin 2012353 éléments répartis sur 109 sites
La fosse no 11 – 19 des mines de Lens, à Loos-en-Gohelle.

Quand les déchets deviennent le monument

La fosse ferme le 31 janvier 1986. Les puits nos 11 et 19, profonds respectivement de 852 et 815 mètres, sont remblayés en 1987, et le lavoir est détruit. Mais l’essentiel des installations est conservé, puis rénové, ce qui est rare dans un bassin où l’on a longtemps effacé les traces.

La protection arrive vite. Une première inscription aux monuments historiques est prononcée le 6 mai 1992 pour le chevalement du puits no 11 et la tour d’extraction du no 19, mais cet arrêté a été annulé. La protection en vigueur est le classement du 21 décembre 2009, qui vise la tour et le bâtiment d’extraction du puits no 19 avec l’ensemble de son dispositif technique, le chevalement et le bâtiment d’extraction du puits no 11 avec le sien, et le bâtiment des machines du puits no 11.

Le 30 juin 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais entre au patrimoine mondial de l’Unesco, avec 353 éléments répartis sur 109 sites. La fosse 11 – 19 et ses trois terrils en constituent une partie, sous le numéro de site 63.

Le lieu a changé d’usage sans changer de forme. Culture commune, scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, y a été installée, et le carreau accueille désormais des activités qui n’ont plus rien à voir avec le charbon.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la lecture est immédiate : deux cônes réguliers et une table plate, posés sur une plaine sans relief. Les terrils nos 74 et 74A, dits 11 – 19 de Lens Est et Ouest, sont coniques ; le no 74B, dit 11 – 19 de Lens Nouveau, est tabulaire, parce que les méthodes de mise à terril ont changé en cours d’exploitation.

La hauteur se mesure de deux façons, et les deux chiffres circulent. Les deux cônes s’élèvent d’environ 146 mètres au-dessus du sol, pour une altitude de 187,50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ils figurent parmi les 339 terrils que compte la région.

La vue aérienne montre enfin ce que le sol ne dit pas : la vie qui a repris sur ces pentes. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, deux espèces de batraciens et reptiles, douze espèces de mammifères, neuf espèces de libellules et 53 espèces de papillons. Un terril n’est pas un sol, c’est un empilement de schiste qui chauffe et draine, et les espèces qui s’y installent ne sont pas celles de la plaine autour.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice de la fosse no 11 – 19 des mines de Lens, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Quand la fosse a-t-elle été creusée ?

Les travaux de la fosse no 11, dite Saint Pierre ou Pierre Destombes, commencent dans les années 1890 au sud de Loos-en-Gohelle, à 1 600 mètres au sud du clocher. L'orifice du puits est à 75 mètres d'altitude, son diamètre utile est de 4,80 mètres, et le terrain houiller est atteint à 160 mètres de profondeur. L'exploitation commence le 1er juin 1894.

Pourquoi un second puits en 1954 ?

Après la nationalisation de 1946 et la fusion des groupes de Lens et de Liévin en 1952, il devient nécessaire d'ouvrir des fosses de concentration pour regrouper l'extraction des multiples puits de l'ancienne compagnie. Le puits no 19 est entrepris à partir de 1954, à 80 mètres à l'est-nord-est du puits no 11, parce que cette fosse occupe une position centrale.

À quoi ressemble la tour d'extraction ?

Le puits no 19 a un diamètre de 6,65 mètres car il est équipé de deux compartiments, et atteint 585 mètres de profondeur en 1957. La tour d'extraction mesure 66 mètres de hauteur et pèse 10 000 tonnes. La salle des machines est située au sommet de la tour et abrite deux machines d'extraction de 4 000 chevaux.

Combien la fosse produisait-elle ?

Elle commence à extraire en 1960 à l'étage de 475 mètres. En 1967, elle atteint un rendement de 8 000 tonnes par jour, alors qu'elle avait initialement été prévue pour remonter 6 000 tonnes quotidiennes. Un nouvel accrochage est établi à 710 mètres en 1971.

Quand a-t-elle fermé ?

La fosse no 11 - 19 ferme le 31 janvier 1986. Les puits nos 11 et 19, respectivement profonds de 852 et 815 mètres, sont remblayés en 1987. Le lavoir est détruit, mais la plupart des installations ont été conservées puis rénovées.

Que valent les terrils sur le plan naturel ?

Les trois terrils s'étendent sur 90 hectares pour un volume de 24 millions de mètres cubes. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d'oiseaux, deux espèces de batraciens et reptiles, douze espèces de mammifères, neuf espèces de libellules et 53 espèces de papillons de jour et de nuit.

Depuis quand le site est-il protégé ?

Une inscription aux monuments historiques est prononcée le 6 mai 1992 pour le chevalement du puits no 11 et la tour d'extraction du no 19, mais cet arrêté a été annulé. La protection en vigueur est le classement du 21 décembre 2009, qui vise la tour et le bâtiment d'extraction du puits no 19, le chevalement et le bâtiment d'extraction du puits no 11, le bâtiment des machines du puits no 11 et leurs dispositifs techniques. L'ensemble figure parmi les 353 éléments répartis sur 109 sites inscrits le 30 juin 2012 au patrimoine mondial.
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