Mis à jour le 8 octobre 2026 : Territoire minier de Beaubrun et tournages de films au puits fermé.
Le 5 avril 1973, les câbles du puits Couriot sont coupés. L’équipe descendue une dernière fois pour éteindre les pompes ne peut donc pas remonter par là : elle ressort par le puits Rochefort, un kilomètre plus loin. Couriot était le dernier puits en activité sur la commune de Saint-Étienne.
Le site, qui couvre quinze hectares et trente avec ses crassiers, constitue aujourd’hui le vestige le mieux préservé et le plus complet de l’activité houillère du bassin stéphanois. Classé monument historique en janvier 2011, il abrite un musée depuis 1991.
Un puits conçu pour descendre à un kilomètre
L’ambition de départ était considérable. À partir de 1907, la Société anonyme des Mines de la Loire conçoit un puits de nouvelle génération, Châtelus 3, destiné à exploiter une couche de charbon à coke conséquente, la huitième Grüner, que l’on espère alors atteindre à la profondeur record d’un kilomètre.
Le fonçage s’achève en 1914 à 727,25 mètres, et le chevalement est ripé au-dessus du puits. L’entrée en guerre arrête tout. Le puits est définitivement baptisé en 1917 du nom du président de la société, Henry Couriot, et entre en fonctionnement en 1919. Sa recette inférieure se situe à 116 mètres sous le niveau de la mer, soit 643 mètres de profondeur.
Autour du puits, l’entreprise organise aussi la ville. Dès 1911, les Mines de la Loire s’associent à d’autres partenaires pour lancer un programme de logement, la Ruche immobilière, destiné à héberger la main-d’œuvre du futur puits. Elles achètent parallèlement cinq kilomètres carrés de terrains alentour pour prévenir l’étalement urbain de Saint-Étienne, ce qui a durablement limité le développement du secteur ouest de la ville.
À cette date, Couriot est le dernier puits sur la commune de Saint-Étienne à cesser son activité.
Soixante-dix-neuf morts en 1887
Avant Couriot, le secteur était morcelé entre petites compagnies. Vers 1840, la concession de Beaubrun était exploitée par trois d’entre elles, dont les Mines Grangette, théâtre d’une catastrophe en 1839 qui provoqua une inondation et l’abandon de l’exploitation pendant plusieurs décennies. À l’emplacement actuel du puits se dressait alors le château du Clapier, démoli vers 1860 avec le hameau du même nom.
La date qui change tout est 1887. Une terrible explosion de poussière, dans le quartier d’exploitation situé entre Châtelus 1 et Culatte, coûte la vie à soixante-dix-neuf mineurs. L’événement fait les gros titres, l’émotion est grande, les dégâts sont importants, et le puits est fermé.
C’est cette fermeture qui ouvre la voie à la concentration : la petite compagnie de Beaubrun est absorbée le 3 juin 1893 par la Société anonyme des Mines de la Loire, sous l’influence d’Henry Couriot, qui voit sans doute dans la position stratégique du site et dans ses réserves des possibilités de développement à long terme. Autrement dit, le grand puits moderne naît d’une catastrophe.
La raison géologique de cette activité est ancienne. Un anticlinal rejette au jour trois couches exploitables à faible profondeur, celles du faisceau de Beaubrun, et l’exploitation du charbon y est attestée depuis le XVIIIe siècle. Les anciennes carrières du lieu-dit le Clapier ont d’ailleurs fourni le grès nécessaire aux travaux souterrains jusque dans les années 1930.
| Date | Étape | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| 1887 | explosion de poussière | 79 mineurs tués, le puits est fermé |
| 3 juin 1893 | absorption de la compagnie de Beaubrun | sous l’influence d’Henry Couriot |
| 1907 | conception de Châtelus 3 | un puits visant la profondeur record d’un kilomètre |
| 1914 | fin du fonçage à 727,25 mètres | la guerre interrompt les travaux |
| 1919 | mise en service | recette inférieure à 643 mètres de profondeur |
| 5 avril 1973 | fermeture | dernier puits en activité de la commune |
| janvier 2011 | classement monument historique | l’ensemble du site est protégé |
Des bâtiments organisés en plateformes
Les installations de jour devaient résoudre un problème de circulation : faire passer sur le même espace les hommes, le charbon et le matériel. Le site a donc été organisé en plateformes, installées à l’emplacement d’anciennes carrières, pour séparer les flux aux abords du puits.
Les bâtiments de lavage et de triage occupaient la plateforme basse, appelée le plâtre ; ils ont été démolis en 1969. Ceux de la plateforme intermédiaire subsistent, et datent pour l’essentiel de la Première Guerre mondiale, pour le bâtiment administratif, la chaufferie, l’ancienne lampisterie, la salle de la machine et le petit lavabo, puis de l’après-guerre pour le grand lavabo et la lampisterie de 1948.
Dans sa configuration la plus récente, le puits pouvait accueillir près de 2 000 mineurs et plusieurs centaines d’ouvriers au jour. Le site a longtemps été la vitrine de la Société anonyme des Mines de la Loire, dont il était le siège. Il fut le puits le plus important du bassin jusqu’aux années 1930, et resta après la nationalisation de 1946 le siège administratif du secteur Ouest. Son histoire sociale est aussi celle d’un lieu de pouvoir : le maréchal Pétain y vient en visite et y prononce un discours le 1er mars 1941 ; en octobre 1948, pendant la grève, la garde mobile occupe le site.
La fin se joue en quatre ans. En 1969, le chevalement en béton du puits Châtelus I est foudroyé ; en 1971 commence le démantèlement de Couriot ; en 1973 les câbles sont coupés. Le musée ouvre en 1991 et présente depuis décembre 2014 trois espaces permanents, dont un grand plan-relief du bassin de la Loire réalisé pour l’Exposition universelle de 1889.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, Couriot se lit comme un escalier. Les trois plateformes, taillées dans d’anciennes carrières, étagent les bâtiments du bas vers le haut, et le chevalement marque le point où toute cette organisation converge. Rien n’est décoratif : chaque niveau correspond à un flux, les hommes, le charbon, le matériel.
La vue aérienne montre aussi ce que la ville a hérité de la mine. Les crassiers, qui doublent la surface du site, forment deux reliefs artificiels, le second élevé grâce à une ligne de skips installée au jour en 1948. Et les cinq kilomètres carrés achetés par la compagnie dessinent encore la limite ouest de l’urbanisation stéphanoise.
Depuis 2013, l’ancien plâtre est devenu un parc urbain portant le nom de Joseph Sanguedolce. La reconversion suit le même chemin qu’ailleurs en France : le site minier devient paysage, comme le carreau Wendel à Petite-Rosselle, et comme le patrimoine de l’ocre dans les mines de Bruoux.
Un territoire disputé avant la concentration
Le site occupé plus tard par Couriot relevait de l’ancienne commune de Montaud, puis, par scission, de la commune de Beaubrun, qui exista de 1842 à 1855 avant d’être intégrée à Saint-Étienne. Vers 1810, l’activité extractive y restait limitée comparée à celle de Villars, à l’est de Saint-Étienne, à Saint-Jean-Bonnefonds, et surtout à la vallée du Gier, qui produisait alors près de la moitié du charbon français. À cette date, Beaubrun ne connaissait qu’une exploitation par fendue, rendue difficile par des travaux anciens à l’origine d’inondations parfois meurtrières.
Outre les Mines Grangette, la concession de Beaubrun comptait vers 1840 la compagnie des Mines Ranchon, au sud, qui exploitait par un puits et une fendue en bordure du quartier de Tardy, et la Compagnie Parisienne, à l’ouest, de taille modeste, avec deux puits alors en fonçage. Ces petites sociétés rejoignirent d’autres compagnies pour fonder en 1845 les Houillères de Saint-Étienne, avant d’être absorbées la même année par la grande compagnie des Mines de la Loire. En 1854, la dissolution du monopole par Napoléon III fit naître la compagnie des Mines de Beaubrun, émanation des Mines de la Loire et des Mines de Montrambert et la Béraudière, exploitant deux faisceaux de charbon séparés par la faille de Malacussy. L’ouverture de la gare du Clapier, en 1857, offrit de nouveaux débouchés au charbon extrait localement. Le puits Châtelus 2 commença à être foncé en 1870.
Des tournages de cinéma au parc paysager
Entre la fermeture du site et l’ouverture du musée, les bâtiments ont servi de décor à deux films : Le Juge Fayard dit Le Shériff, d’Yves Boisset, avec Patrick Dewaere, en 1977, puis Le Brasier, d’Éric Barbier, sorti en 1991. Le réaménagement de l’ancien « plâtre » en parc urbain, livré en 2013, fut conduit par les agences Gautier + Conquet et Archipat, ainsi que par le paysagiste Michel Corajoud.
À voir autour
- Le carreau Wendel : 10 000 tonnes par jour et 5 000 mineurs, en Moselle
- Les mines d’ocre de Bruoux : 40 kilomètres de galeries dans le Vaucluse
- La Grande Forge de Buffon : une usine intégrée de 1768
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice du musée de la mine de Saint-Étienne, Wikipédia en français.

