La dernière équipe est remontée par un autre puits : Couriot, à Saint-Étienne, fermé en 1973

Chevalement du puits Couriot, à Saint-Étienne, dans la Loire
Le chevalement du puits Couriot, à Saint-Étienne, vu du carreau de la mine. Photo : Daniel VILLAFRUELA., CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 5 avril 1973, les câbles du puits Couriot sont coupés. L’équipe descendue une dernière fois pour éteindre les pompes ne peut donc pas remonter par là : elle ressort par le puits Rochefort, un kilomètre plus loin. Couriot était le dernier puits en activité sur la commune de Saint-Étienne.

Le site, qui couvre quinze hectares et trente avec ses crassiers, constitue aujourd’hui le vestige le mieux préservé et le plus complet de l’activité houillère du bassin stéphanois. Classé monument historique en janvier 2011, il abrite un musée depuis 1991.

Un puits conçu pour descendre à un kilomètre

L’ambition de départ était considérable. À partir de 1907, la Société anonyme des Mines de la Loire conçoit un puits de nouvelle génération, Châtelus 3, destiné à exploiter une couche de charbon à coke conséquente, la huitième Grüner, que l’on espère alors atteindre à la profondeur record d’un kilomètre.

Le fonçage s’achève en 1914 à 727,25 mètres, et le chevalement est ripé au-dessus du puits. L’entrée en guerre arrête tout. Le puits est définitivement baptisé en 1917 du nom du président de la société, Henry Couriot, et entre en fonctionnement en 1919. Sa recette inférieure se situe à 116 mètres sous le niveau de la mer, soit 643 mètres de profondeur.

Autour du puits, l’entreprise organise aussi la ville. Dès 1911, les Mines de la Loire s’associent à d’autres partenaires pour lancer un programme de logement, la Ruche immobilière, destiné à héberger la main-d’œuvre du futur puits. Elles achètent parallèlement cinq kilomètres carrés de terrains alentour pour prévenir l’étalement urbain de Saint-Étienne, ce qui a durablement limité le développement du secteur ouest de la ville.

À cette date, Couriot est le dernier puits sur la commune de Saint-Étienne à cesser son activité.

Soixante-dix-neuf morts en 1887

Avant Couriot, le secteur était morcelé entre petites compagnies. Vers 1840, la concession de Beaubrun était exploitée par trois d’entre elles, dont les Mines Grangette, théâtre d’une catastrophe en 1839 qui provoqua une inondation et l’abandon de l’exploitation pendant plusieurs décennies. À l’emplacement actuel du puits se dressait alors le château du Clapier, démoli vers 1860 avec le hameau du même nom.

La date qui change tout est 1887. Une terrible explosion de poussière, dans le quartier d’exploitation situé entre Châtelus 1 et Culatte, coûte la vie à soixante-dix-neuf mineurs. L’événement fait les gros titres, l’émotion est grande, les dégâts sont importants, et le puits est fermé.

C’est cette fermeture qui ouvre la voie à la concentration : la petite compagnie de Beaubrun est absorbée le 3 juin 1893 par la Société anonyme des Mines de la Loire, sous l’influence d’Henry Couriot, qui voit dans la position stratégique du site et dans ses réserves des possibilités de développement à long terme. Autrement dit, le grand puits moderne naît d’une catastrophe.

La raison géologique de cette activité est ancienne. Un anticlinal rejette au jour trois couches exploitables à faible profondeur, celles du faisceau de Beaubrun, et l’exploitation du charbon y est attestée depuis le XVIIIe siècle. Les anciennes carrières du lieu-dit le Clapier ont d’ailleurs fourni le grès nécessaire aux travaux souterrains jusque dans les années 1930.

DateÉtapeCe qu’elle apporte
1887explosion de poussière79 mineurs tués, le puits est fermé
3 juin 1893absorption de la compagnie de Beaubrunsous l’influence d’Henry Couriot
1907conception de Châtelus 3un puits visant la profondeur record d’un kilomètre
1914fin du fonçage à 727,25 mètresla guerre interrompt les travaux
1919mise en servicerecette inférieure à 643 mètres de profondeur
5 avril 1973fermeturedernier puits en activité de la commune
janvier 2011classement monument historiquel’ensemble du site est protégé
Le puits Couriot, à Saint-Étienne, de la catastrophe de 1887 à la fermeture.

Des bâtiments organisés en plateformes

Les installations de jour devaient résoudre un problème de circulation : faire passer sur le même espace les hommes, le charbon et le matériel. Le site a donc été organisé en plateformes, installées à l’emplacement d’anciennes carrières, pour séparer les flux aux abords du puits.

Les bâtiments de lavage et de triage occupaient la plateforme basse, appelée le plâtre ; ils ont été démolis en 1969. Ceux de la plateforme intermédiaire subsistent, et datent pour l’essentiel de la Première Guerre mondiale, pour le bâtiment administratif, la chaufferie, l’ancienne lampisterie, la salle de la machine et le petit lavabo, puis de l’après-guerre pour le grand lavabo et la lampisterie de 1948.

Le site a longtemps été la vitrine de la Société anonyme des Mines de la Loire, dont il était le siège. Il fut le puits le plus important du bassin jusqu’aux années 1930, et resta après la nationalisation de 1946 le siège administratif du secteur Ouest. Son histoire sociale est aussi celle d’un lieu de pouvoir : le maréchal Pétain y vient en visite et y prononce un discours le 1er mars 1941 ; en octobre 1948, pendant la grève, la garde mobile occupe le site.

La fin se joue en quatre ans. En 1969, le chevalement en béton du puits Châtelus I est foudroyé ; en 1971 commence le démantèlement de Couriot ; en 1973 les câbles sont coupés. Le musée ouvre en 1991 et présente depuis décembre 2014 trois espaces permanents, dont un grand plan-relief du bassin de la Loire réalisé pour l’Exposition universelle de 1889.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, Couriot se lit comme un escalier. Les trois plateformes, taillées dans d’anciennes carrières, étagent les bâtiments du bas vers le haut, et le chevalement marque le point où toute cette organisation converge. Rien n’est décoratif : chaque niveau correspond à un flux, les hommes, le charbon, le matériel.

La vue aérienne montre aussi ce que la ville a hérité de la mine. Les crassiers, qui doublent la surface du site, forment deux reliefs artificiels, le second élevé grâce à une ligne de skips installée au jour en 1948. Et les cinq kilomètres carrés achetés par la compagnie dessinent encore la limite ouest de l’urbanisation stéphanoise.

Depuis 2013, l’ancien plâtre est devenu un parc urbain portant le nom de Joseph Sanguedolce. La reconversion suit le même chemin qu’ailleurs en France : le site minier devient paysage, comme le carreau Wendel à Petite-Rosselle, et comme le patrimoine de l’ocre dans les mines de Bruoux.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.

Sources : notice du musée de la mine de Saint-Étienne, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Pourquoi la dernière équipe n'est-elle pas remontée par Couriot ?

Parce que les câbles du puits avaient été coupés le 5 avril 1973. L'équipe descendue pour éteindre les pompes est remontée par le puits Rochefort. Couriot était alors le dernier puits de la commune de Saint-Étienne à cesser son activité.

Quelle était la profondeur du puits ?

Le fonçage s'est achevé à 727,25 mètres en 1914. La recette inférieure se trouvait à 116 mètres sous le niveau de la mer, soit 643 mètres de profondeur. Le projet initial, lancé en 1907, visait une couche de charbon à coke que l'on espérait atteindre à la profondeur record d'un kilomètre.

Combien de personnes y travaillaient ?

Dans sa configuration la plus récente, le puits pouvait accueillir près de 2 000 mineurs et plusieurs centaines d'ouvriers au jour. Les installations devaient faire circuler sur le même espace les hommes, le charbon et le matériel.

D'où vient le nom de Couriot ?

Du président de la Société anonyme des Mines de la Loire, Henry Couriot. Le puits s'appelait Châtelus 3 et a été définitivement rebaptisé en 1917.

Que reste-t-il à voir ?

Le site couvre 15 hectares, 30 avec les crassiers, et constitue le vestige le mieux préservé et le plus complet de l'activité houillère du bassin stéphanois : grand lavabo, salle de la machine d'extraction, lampisterie, salle des compresseurs, atelier d'entretien des locomotives électriques.

Le site a-t-il servi au cinéma ?

Oui, entre la fermeture et l'ouverture du musée. Le Juge Fayard dit Le Shériff d'Yves Boisset, avec Patrick Dewaere, y a été tourné en 1977, et Le Brasier d'Éric Barbier est sorti en 1991.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut