En 1960, le siège Wendel pouvait remonter jusqu’à 10 000 tonnes de charbon par jour, avec 5 000 mineurs. Trente ans plus tard, les cinq puits avaient cessé d’extraire et le premier chevalement était démantelé. Ce qui reste à Petite-Rosselle, en Moselle, est aujourd’hui le site charbonnier le plus complet conservé en France.
Le lieu regroupe deux carreaux voisins, Wendel et Vuillemin, qui n’exploitaient pourtant pas le même gisement : une faille les séparait. Avant la nationalisation de 1946, ces deux sièges d’extraction appartenaient à la Compagnie des houillères de Petite-Rosselle. Le site constitue l’un des trois points d’ancrage français de la Route européenne du patrimoine industriel.
Un gisement découvert de l’autre côté de la frontière
Le gisement houiller sarro-lorrain a d’abord été reconnu en Sarre. Il est exploité du côté français à partir de 1856 à Petite-Rosselle, la concession étant tenue par Charles de Wendel et James Georges Tom Hainguerlot. La famille de Wendel était alors à la tête de l’empire sidérurgique français, et le charbon lorrain alimentait ses hauts fourneaux.
Le chantier progresse puits par puits. Un sondage est réalisé en 1856, puis de 1862 à 1864 on creuse le puits de l’Urselsbrunn sur son emplacement, un puits de recherche de 138 mètres. Le fonçage du puits Wendel no 1 commence en 1865 et l’ouvrage est mis en service trois ans plus tard. Le puits Wendel no 2, commencé la même année, est achevé à 218 mètres en octobre 1871 et assure l’aérage de l’exploitation.
Le carreau Vuillemin suit le même rythme : le fonçage du puits no 1 commence en 1867 pour une entrée en exploitation en 1876, et le second puits est foncé de 1881 à 1889.
Le 26 novembre 1876, un incendie se déclare dans la veine Henri. Il faudra condamner cette portion de la mine, et le feu ne sera éteint que trois ans plus tard.
Des machines de 3 800 chevaux
La découverte, en 1935, d’un gisement de charbon gras en grande profondeur décide du creusement du puits Wendel no 3. Interrompus par la Seconde Guerre mondiale, les travaux reprennent en 1947 et s’achèvent en 1952, à 900 mètres de profondeur.
Les charbonnages étant nationalisés en 1946, le carreau Wendel est modernisé, et les chiffres techniques donnent la mesure de cet investissement. Les puits Vuillemin no 1 et Wendel no 1 sont ravalés de 1950 à 1955 et reçoivent de nouveaux chevalements métalliques ainsi que des machines d’extraction électriques à tambour bicylindroconique Venot, actionnées par des moteurs de 3 160 chevaux. Le puits Wendel no 2 reçoit une installation similaire, avec une poulie Koepe et un skip de 10,5 tonnes.
Le puits Wendel no 3 entre en service en 1953. Son chevalement est équipé de quatre molettes, il reçoit deux skips de 13 tonnes chacun et deux cages à quatre plateaux, mis en mouvement par deux machines d’extraction électriques de 3 800 chevaux. Deux ans plus tard, un lavoir moderne avec flottation des schlamms est installé sur le site.
| Repère | Donnée | Ce que cela représente |
|---|---|---|
| Début de l’exploitation française | 1856 | un gisement d’abord reconnu en Sarre |
| Profondeur du puits Wendel no 3 | 900 m, achevé en 1952 | l’accès au charbon gras découvert en 1935 |
| Extraction quotidienne en 1960 | jusqu’à 10 000 tonnes | avec un effectif de 5 000 mineurs |
| Machines d’extraction du puits 3 | deux moteurs de 3 800 ch | deux skips de 13 tonnes, deux cages à quatre plateaux |
| Fin de l’extraction | 1962 pour Vuillemin, 1989 pour Wendel | fermeture définitive le 31 mai 1991 |
| Chevalement classé | puits Wendel no 2, en 1998 | le plus ancien chevalement métallique du bassin |
La fermeture, puits par puits
L’arrêt ne se fait pas d’un coup mais par étapes, et c’est ce qui rend le site lisible aujourd’hui. Les puits Vuillemin 1 et 2 cessent l’extraction en 1962. Les puits Wendel 1, 2 et 3 s’arrêtent en 1989. Le siège Wendel reste ensuite utilisé pour le service jusqu’à la fermeture définitive, le 31 mai 1991.
Le démantèlement commence immédiatement : le chevalement du puits no 1 est démonté en novembre 1990. Celui du puits no 2 est épargné, et pour une bonne raison : c’est le plus ancien chevalement métallique du bassin. Il est classé aux monuments historiques en 1998. Le puits Wendel no 3, lui, est fermé en 2001.
Entre-temps, la reconversion s’organise. Un Centre de culture scientifique, technique et industrielle du bassin houiller lorrain est créé en 1985, rassemblant des particuliers, des associations de conservation du patrimoine et des représentants de la direction régionale des affaires culturelles. En 1988, les houillères lui confient le carreau Vuillemin-Wendel, et la décision de réaliser un musée sur cet emplacement est prise en 1991, l’année même de la fermeture.
Un musée qui fait descendre le visiteur
La rénovation se fait petit à petit à partir de 1993, pour permettre la visite du public. Le musée de la mine du carreau Wendel ouvre ses portes en 2006, avec un parti pris : faire découvrir les galeries de l’intérieur, en immersion.
En 2012, une nouvelle partie est ouverte, celle qui manquait pour comprendre le métier : le passage que les mineurs empruntaient depuis l’entrée sur le carreau jusqu’à la descente dans le puits. Le musée Les Mineurs Wendel est officiellement inauguré le 17 septembre 2012, et il bénéficie du label Musée de France ainsi que de son appartenance au réseau des Grands Sites de Moselle.
Le lieu a aussi servi de décor à une mémoire collective. De 2005 à 2011, au pied du puits Vuillemin, le spectacle son et lumière Les Enfants du Charbon, écrit et mis en scène par Sylvie Dervaux, a réuni 300 figurants et techniciens bénévoles autour de 27 tableaux, et attiré plus de 100 000 spectateurs, dont un public transfrontalier.
Une exposition de 2014 a exploré un aspect moins visible de la vie minière, les jardins. Les logements construits par les compagnies jusqu’au milieu du XXe siècle comportaient systématiquement un jardin par famille, pour se nourrir et se distraire après le travail, et un jardin de mineur grandeur nature a été reconstitué sur le parc pour l’occasion.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le carreau se lit comme un plan d’usine, ce qu’il était. Les chevalements marquent l’emplacement des puits, les bâtiments d’extraction et le lavoir s’alignent selon le trajet du charbon, et les voies ferrées relient l’ensemble au reste du bassin. Rien n’est décoratif : chaque volume correspond à une étape, du fond jusqu’au wagon.
La vue aérienne fait aussi comprendre pourquoi deux carreaux si proches ont coexisté. Ils ne travaillaient pas le même gisement, séparé par une faille, et chacun avait donc besoin de ses propres installations d’extraction, d’aérage et de traitement.
C’est cette complétude qui a justifié la conservation. Là où la plupart des sites miniers français ont été rasés, Petite-Rosselle a gardé ses bâtiments, ses machines et son chevalement de 1871, ce qui en fait un équivalent industriel de ce qu’est la Grande Forge de Buffon pour le XVIIIe siècle : un site où le processus entier reste lisible.
À voir autour
- La Grande Forge de Buffon : l’usine intégrée du XVIIIe siècle, en Côte-d’Or
- Le Familistère de Guise : loger les ouvriers, l’autre versant de l’industrie
- Le Hackenberg : dans la même Moselle, des kilomètres de galeries militaires
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice du musée du carreau Wendel, Wikipédia en français ; Pierre-Christian Guiollard, Les chevalements des houillères françaises, 1993.
