Le 20 avril 2026, le préfet de la région d’Île-de-France a inscrit au titre des monuments historiques l’ensemble des vestiges de l’ancien hôtel-Dieu de Gonesse, dans le Val-d’Oise, sur une parcelle unique de 775 mètres carrés. L’acte en remplace un autre, du 23 juillet 1937, qui ne protégeait que le cloître à arcades.
Son considérant, que nous avons lu dans le recueil de la préfecture de région, dit que les vestiges sont le plus ancien témoignage de la tradition hospitalière à Gonesse, et que seules les arcades avaient été identifiées, alors que subsistent une partie de la grande chapelle, les caves, le mur de soutènement sur rue, et la forme du parcellaire. L’État les qualifie de rares en Île-de-France, sans décompte : c’est son appréciation, nous la rapportons sans la reprendre.
La forme du parcellaire est rangée parmi les vestiges. C’est pour cela que l’acte protège un terrain, et pas seulement des murs.
Sept cent soixante-quinze mètres carrés, et une référence à jour
L’article premier de l’arrêté écrit 775 mètres carrés, et le plan cadastral rend la même valeur pour la parcelle AK 321 de Gonesse. Ce n’est pas une confirmation par une seconde institution : l’IGN republie le cadastre de la direction générale des finances publiques, donc l’acte et le plan citent le même enregistrement. Ce que le contrôle établit, c’est que cette référence est à jour, ce qui n’allait pas de soi. Notre calcul sur le contour donne 779 mètres carrés, un demi pour cent de plus, et l’IGN précise que cette donnée n’a pas fait l’objet de corrections géométriques.
Pour situer ce terrain, nous avons interrogé sa section entière : trois cent trente-neuf parcelles, de contenance médiane 218 mètres carrés. Celle de l’hôtel-Dieu est plus grande que quatre sur cinq d’entre elles.
Une note de 1993 restée accrochée à la fiche
La notice du ministère porte cette mention : cadastre et adresse indiqués dans une demande de permis de construire établie par la mairie en 1993. Le ministère dit d’où il tient sa donnée, ce qui est un aveu de méthode plutôt qu’une faute.
Est-ce courant ? Sur les quarante-six mille sept cent soixante et une notices de l’export, seize mentionnent un permis de construire, et nous les avons lues une à une. Elles se partagent exactement par le champ qui les porte, sans recoupement : huit citent le permis dans l’historique du bâtiment, pour dater un chantier ou nommer un architecte, et huit dans les observations de la fiche. Parmi ces dernières, six y ont pris leur référence cadastrale, dont deux aussi leur adresse ; une y a pris le vocable de son église, et une dernière constate au contraire qu’aucun permis n’a été retrouvé.
Dans quatre de ces six cas, le permis est postérieur à la protection : le ministère est allé chercher dans un dossier d’urbanisme récent le cadastre d’un monument protégé avant guerre, mise à jour ordinaire. Gonesse est l’un des deux seuls cas inverses, et le seul des 46 761 à réunir les quatre traits : la mention porte sur le cadastre et sur l’adresse, le permis est antérieur à la protection, et la référence qu’il a fournie n’est plus celle de l’acte.
Car cette référence est morte. La fiche porte C 1362 pour 1993 et AK 321 pour 2026. Nous avons interrogé le cadastre de Gonesse sur chaque section à une seule lettre, de A à G : aucune ne rend de parcelle. La section C a disparu du découpage communal, et la note de 1993 est restée sur la fiche alors que son objet n’existait plus. Nous n’avons pas trouvé le document d’arpentage qui expliquerait ce changement, et nous ne le datons donc pas.
Trois inventaires de ce qui reste, et ils ne se superposent pas
Un dernier désaccord, que nous ne tranchons pas. L’arrêté de 1937 et la notice du ministère parlent d’un cloître à arcades. L’Inventaire général décrit ces arcades et ces piliers comme les vestiges de la cour intérieure d’un bâtiment rectangulaire bordant la rue, ce qui n’est pas un cloître, et ajoute qu’il ne reste que cela. L’arrêté de 2026, lui, énumère quatre éléments, dont un mur de soutènement qui n’apparaissait dans aucune liste antérieure, et il ne reprend pas le pignon que le ministère mentionnait en 1992. Trois descriptions du même site, par trois services de l’État, et elles ne coïncident pas.
Sources : arrêté IDF-2026-04-20-00013 du 20 avril 2026, lu en entier dans le recueil spécial IDF-047-2026-04 de la préfecture d’Île-de-France, pour l’article premier, la contenance, la substitution à l’arrêté de 1937 et le considérant ; notice PA00080072 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, 46 761 notices, interrogé le 6 novembre 2026, pour le champ d’observations, les deux références cadastrales et les décomptes de notices citant un permis de construire, lues une à une ; service du plan cadastral de l’IGN, qui republie le cadastre de la direction générale des finances publiques et ne constitue donc pas une confirmation indépendante des contenances que l’acte tire du même cadastre, pour l’actualité de la référence AK 321, l’absence de section à une lettre à Gonesse et les 339 parcelles de la section, nos calculs de surface et de rang étant les nôtres. Ne sont pas établis : le sens de l’avis du 7 octobre 2025, que l’acte vise sans le qualifier ; la date et la cause du changement de référence cadastrale ; laquelle des deux adresses vient du permis de 1993 ; l’état, la visibilité et l’accessibilité actuels des vestiges. Le texte de l’Inventaire général cité ici vient de sa diffusion par le ministère, le portail régional étant protégé par un dispositif anti-robot que nous n’avons pas contourné.

