L’arrêté du 7 juillet 2025 protège l’église de Jublains, mais pas pour elle-même. Il la protège, selon ses propres termes, en totalité en tant qu’écrin des vestiges qu’elle contient : des thermes romains.
Jublains, en Mayenne, est l’antique Noviodunum, capitale de la cité des Aulerques Diablintes. La ville antique couvrait une vingtaine d’hectares, 23 selon le dossier de visite du département, environ 25 selon le musée.
Une église protégée pour ce qu’elle cache
La formule administrative mérite d’être citée exactement. L’arrêté inscrit les vestiges des bains des thermes romains, en totalité, contenus sous l’église Saint-Gervais et Saint-Protais et sous le parvis, ainsi que l’église elle-même, en totalité en tant qu’écrin des vestiges.
Cette dernière expression est inhabituelle. Les monuments historiques protègent d’ordinaire un édifice pour son architecture, son histoire ou son décor. Ici, le bâtiment visible est protégé parce qu’il sert de boîte à ce qui est enfoui dessous.
La hiérarchie est donc inversée par rapport à ce que voit le visiteur. L’église est l’enveloppe, les thermes sont l’objet, et c’est l’enveloppe qui a permis à l’objet de nous parvenir. L’enveloppe visible aujourd’hui, elle, est récente : l’église a été entièrement reconstruite en 1877.
La protection est récente et la commune en est propriétaire. Il s’agit d’une inscription, et non d’un classement, c’est à dire du premier niveau de protection au titre des monuments historiques.
| Élément | Valeur | Précision |
|---|---|---|
| arrêté | 7 juillet 2025 | inscription au titre des monuments historiques |
| objet protégé | les thermes et leur écrin | l’église, en totalité, comme écrin |
| construction des thermes | fin du Ier siècle | transformés en église au Ve |
| superficie de la ville antique | 23 hectares | selon le dossier de visite ; environ 25 ha selon le musée ; îlots d’environ 70 m de côté |
| temple du sanctuaire | 30 m sur 20 m | rebâti en pierre vers 66 à 68 |
| bâtiment central fortifié | murs épais, épaisseur non publiée | quatre tours carrées, vers 200 |
| propriétaire | la commune |
Des thermes devenus église
La séquence est simple à énoncer et rare à observer. Les thermes publics sont bâtis vers la fin du Ier siècle. Au cours du Ve, le bâtiment est transformé en église.
C’est cette transformation qui explique la conservation exceptionnelle des maçonneries. Un édifice antique abandonné sert de carrière ; un édifice antique réaffecté est entretenu, réparé, surveillé, parce qu’on s’en sert encore.
Le résultat est un empilement que l’arrêté de 2025 prend enfin en compte dans son ensemble. Pendant longtemps, l’église et les vestiges relevaient de regards séparés : l’un pour les historiens de l’art, l’autre pour les archéologues.
Un édifice antique abandonné sert de carrière. Un édifice réaffecté est entretenu.
Une ville neuve sur un sanctuaire gaulois
Le nom antique dit le programme. Noviodunum signifie Ville Neuve, et l’urbanisation commence vers le début de notre ère, notamment à partir du règne de Tibère, entre 14 et 37.
Mais le site n’était pas vierge : un sanctuaire gaulois, édifié en bois, est attesté dès le IVe siècle avant notre ère, au nord et à l’extérieur de la ville antique. L’agglomération se forme donc à proximité d’un lieu de culte existant, que le sanctuaire monumental remplacera au même endroit.
Le sanctuaire est rebâti en pierre vers 66 à 68 après notre ère, date donnée par les pièces de monnaie découvertes lors des fouilles. Le temple mesurait 30 mètres de long, 20 de large et environ 20 de haut, dont 3 mètres seulement sont conservés.
La ville qui s’organise autour forme, selon le dossier de visite du département, un quadrilatère de 23 hectares, découpé en îlots d’environ 70 mètres de côté, avec ses monuments publics alignés sur une perspective monumentale de 800 mètres de long : temple, forum, thermes, théâtre.
Un théâtre offert par un particulier : la dédicace conservée au musée nomme le donateur. On y lit qu’un certain Orgétorix a offert l’édifice à ses concitoyens sur ses propres deniers, selon la traduction du dossier de visite du département, qui relève un patronyme à consonance gauloise. C’est une pratique connue de l’évergétisme antique, et le bloc de calcaire portant la dédicace est daté de la seconde moitié du Ier siècle. Deux théâtres se sont d’ailleurs succédé au même endroit, et le premier avait une forme quasiment circulaire, que le dossier départemental juge extrêmement originale, les théâtres romains étant d’ordinaire semi-circulaires.
Protéger ce qu’on ne voit pas
La décision de 2025 pose une question que les monuments historiques rencontrent rarement de façon aussi nette : comment protéger ce qui n’est pas visible ? Un sous-sol archéologique relève en principe d’un autre dispositif que les monuments historiques.
La solution retenue consiste à protéger les deux à la fois, mais en les distinguant par leur motif. Les vestiges sont protégés pour eux-mêmes ; l’église est protégée parce qu’elle les abrite et les a conservés.
L’arrêté précise d’ailleurs l’emprise, qui déborde le bâtiment : les vestiges des bains sont protégés sous l’église et sous le parvis, tels que représentés sur un plan joint à l’acte.
Un bâtiment dont on ignore la fonction
Le complexe fortifié de Jublains résulte de trois étapes emboîtées. Un bâtiment central en granite local est bâti vers 200, avec d’épais murs et quatre tours d’angle carrées, puis il est enveloppé par un rempart de terre vers 290, puis par une muraille de pierre entreprise à partir de 295 et restée inachevée.
Sa fonction reste indécise, et c’est un point sur lequel il faut être honnête. Le dossier départemental propose un entrepôt fortifié au nom de l’administration impériale, destiné à stocker des marchandises et des métaux, mais l’hypothèse reste une hypothèse.
Le chantier de restauration ouvert le 6 février 2023 a commencé par un nettoyage des murs qui, selon le département, a permis de redécouvrir les couleurs des différents mortiers. Une étude du bâti par des archéologues a suivi en 2024, avant la restauration des maçonneries, et l’ensemble s’accompagne d’un suivi archéologique régulier.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le village actuel et la ville antique se superposent sans coïncider. Le quadrilatère restitué par les archéologues déborde le bourg d’aujourd’hui, et les monuments publics s’alignent selon une trame que les rues modernes ignorent.
La vue rend aussi lisible ce que l’arrêté de 2025 a protégé. L’église paraît un édifice ordinaire au milieu de son bourg ; rien, vu d’en haut, ne signale qu’elle est posée sur des thermes romains.
Elle montre enfin le complexe fortifié à l’écart, avec ses enveloppes successives. C’est, selon le département, l’édifice le plus spectaculaire du site, et celui dont l’ampleur se lit le mieux sans fouille.
Le découpage en îlots d’environ 70 mètres de côté est une restitution d’archéologues, pas un relief visible : plus aucun mur ne le matérialise. Les terrains enherbés du site constituent, selon le département, une exceptionnelle réserve pour les archéologues, et les fouilles de quartiers urbains s’y poursuivent depuis les années 1990.
Et la perspective monumentale, qui alignait temple, forum, thermes et théâtre sur 800 mètres de long, explique pourquoi ces quatre points ne sont pas dispersés au hasard. La ville a pourtant commencé autrement : la première agglomération s’est développée sans schéma préconçu, et la trame géométrique n’arrive que dans la seconde moitié du Ier siècle.
À voir autour
- Vieux-la-Romaine : la capitale des Viducasses
- Le Camp de César de Laudun : un forum et une basilique
- Le théâtre d’Autun : le plus grand connu en Gaule
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA53000046, pour l’arrêté du 7 juillet 2025, la formule d’écrin des vestiges, la commune propriétaire et la nature de la protection ; dossier de visite et pages du conseil départemental de la Mayenne, propriétaire et gestionnaire du site, pour la superficie de la ville antique, la chronologie du sanctuaire, la dédicace du théâtre, le complexe fortifié et le chantier de 2023 ; publication Laissez-vous conter Jublains pour la reconstruction totale de l’église en 1877 et pour les débuts de l’agglomération.

