En 1961, une archéologue ouvre un chantier sur un éperon du Var. Six ans plus tard, l’État classe le site au titre des monuments historiques, alors que la fouille est toujours en cours et que personne n’en connaît encore le résultat complet.
L’arrêté est daté du 18 mai 1967. La notice du ministère de la Culture protège les vestiges du village ancien et du château, sur les parcelles C 49 et 50, propriété de la commune. La fouille, elle, avait été ouverte en 1961 par Gabrielle Démians d’Archimbaud, et la notice d’inventaire régional la qualifie de l’un des premiers grands chantiers d’archéologie médiévale en France.
Un village entier posé sur une crête
Le castrum Saint-Jean est un éperon barré à environ 600 mètres d’altitude, dominant le bassin de Saint-Maximin. Château et village y tiennent d’un seul tenant, sur la crête, sur près de 13 000 mètres carrés. Le dépliant du Pays d’art et d’histoire Provence Verte Verdon le résume d’une ligne : sur un éperon dominant le bassin de Saint-Maximin, 600 m d’altitude.
Ce que la fouille a rendu lisible, c’est précisément cela : non pas un château avec un village à ses pieds, mais un ensemble indissociable, dont les îlots d’habitation s’organisent sur la pente contre les défenses. La notice d’inventaire parle d’une quinzaine d’îlots. Le nombre exact de maisons dégagées, lui, n’est établi par aucune source consultable, et il n’est donc pas avancé ici.
| Élément | Ce qu’en disent les notices | Source |
|---|---|---|
| Protection | classé par arrêté du 18 mai 1967 | notice de protection |
| Objet protégé | vestiges du village ancien et du château | notice de protection |
| Construction principale | seconde moitié du XIIe siècle | notice de protection |
| Mobilier découvert | fin XIIe au premier quart du XVe siècle | notice d’inventaire |
| Surface du site perché | près de 13 000 mètres carrés | notice d’inventaire |
| Ouverture de la fouille | à partir de 1961 | notice d’inventaire |
Le village d’avant le village d’avant
Rougiers n’a pas deux sites mais trois. Le premier bourg castral se trouvait au lieu-dit Piégu, sur un éperon voisin à 614 mètres, occupé à l’âge du Fer puis de nouveau à l’Antiquité tardive, avec un mobilier daté des Ve et VIe siècles sur environ 10 000 mètres carrés. Il en reste les vestiges d’une tour rectangulaire en moellons liés à la chaux et d’habitations sommaires liées à l’argile.
Le nom apparaît vers 1040, sous la forme castellum vel villa de Rothgerium, quand le vicomte de Marseille Fouque et son épouse Odile donnent la moitié de leurs droits à l’abbaye Saint-Victor de Marseille. L’abbaye installe un prieuré mais ne prendra jamais le contrôle de la seigneurie. Vers 1150, une guerre menée par Guillaume de Signes, détenteur de l’autre moitié des droits, détruit le site, qui est déserté. Ses descendants reconstruisent ensuite, sur l’éperon voisin : ce sera le castrum Saint-Jean.
Trois sites successifs répartis sur environ un kilomètre et demi, et à chaque fois le même mouvement : on descend.
Comment un village se déperche
La notice d’inventaire décrit un glissement, pas une catastrophe. À partir du milieu du XIVe siècle, l’habitat commence à quitter la crête. Un hameau se forme autour de l’église Saint-Honorat, puis un village s’installe au début du XVe siècle au bord de la route, là où se trouve le bourg actuel. Le dépliant du Pays d’art et d’histoire nomme les étapes : le Vieux Rougiers, ou Pays Haut, s’étendra ensuite vers la plaine pour former le village actuel, et l’office de tourisme ajoute le toponyme du dernier site, les Quatre Cantons.
La fin est documentée par une seule phrase d’une seule notice : en 1540, le castrum ne compte plus que deux maisons, et il est abandonné peu après. Faute de seconde source, cette date est donnée ici pour ce qu’elle est, l’information d’un inventaire régional, et non comme un fait établi par recoupement.
Ce que le relief dit du déménagement : les relevés altimétriques de l’Institut national de l’information géographique et forestière donnent 602 mètres au castrum et environ 359 mètres devant la mairie, au centre du village actuel, pour 1 150 mètres de distance horizontale. Les habitants ont donc descendu près de 245 mètres de dénivelé, sur un peu plus d’un kilomètre.
Pourquoi cette fouille compte
Le chantier de Rougiers a pesé bien au delà du Var. La monographie qui en est issue, Les fouilles de Rougiers, contribution à l’archéologie de l’habitat rural médiéval en pays méditerranéen, est publiée en 1980 aux Éditions du Centre national de la recherche scientifique : 724 pages, plus de trente pages de bibliographie. Elle prolonge une thèse soutenue en 1978 à Paris I, sous un autre titre, Rougiers, village médiéval de Provence, approches archéologiques d’une société méditerranéenne.
Deux comptes rendus scientifiques, en 1983 et 1984, en font une référence pour l’archéologie de l’habitat. Gabrielle Démians d’Archimbaud a par ailleurs donné un guide grand public du site en 1987. Un détail dit l’époque, mais il faut le prendre pour ce qu’il est : la main-d’oeuvre venue des mines de bauxite voisines est rapportée par des sites d’amateurs, et par aucune des deux notices du ministère.
Le mot qui circule parfois, village fouillé en totalité, ne figure dans aucune source officielle consultée. La formule des notices est plus prudente et suffit : une fouille commencée en 1961 et poursuivie durant une quinzaine d’années, l’un des premiers grands chantiers d’archéologie médiévale en France.
Le mobilier sorti de terre a fait la réputation du chantier autant que les murs. Les décomptes publiés ne concordent pas d’une source à l’autre, qu’il s’agisse des monnaies ou des tessons de céramique, et aucune n’explique l’écart. Aucun de ces décomptes ne vient d’une source officielle ou scientifique consultable, et aucun ordre de grandeur n’est donc avancé ici. Ce qui est établi, c’est l’usage qui en a été fait : la notice d’inventaire liste monnaies, céramiques, verre et outillage, et la fouilleuse a consacré avec Maurice Picon, en 1987, un article de méthode aux données céramiques de Rougiers.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la lecture est immédiate. Une crête calcaire, un plateau sommital occupé par les ruines, la masse boisée du massif de la Sainte-Baume en arrière-plan, et à un peu plus d’un kilomètre en contrebas, le village d’aujourd’hui avec ses 1 697 habitants sur 2 084 hectares. Les deux Rougiers se voient dans le même cadre, séparés par six siècles.
Les murs de la chapelle ont été restaurés à la fin des années 1990, travaux publiés dans la revue Archéologie médiévale. Le site est annoncé accessible toute l’année par l’office de tourisme, avec les restrictions d’accès aux massifs forestiers qui s’appliquent de juin à septembre dans le Var.
Reste la chronologie singulière de ce dossier. Un site classé en 1967 pour ce qu’une fouille commencée six ans plus tôt avait déjà montré, et dont la publication de référence ne paraîtra que treize ans après le classement. L’État a protégé avant de savoir.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée du castrum de Rougiers et notices d’inventaire général de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sur le second bourg castral et sur le site de Piégu ; Pays d’art et d’histoire Provence Verte Verdon, parcours Rougiers, novembre 2020 ; office de tourisme Provence Verte Verdon ; notice de la Bibliothèque nationale de France pour la monographie de 1980 ; données Insee par geo.api.gouv.fr ; relevés altimétriques IGN.

